Irradiés

Je clôture pour un petit moment mon cycle Dyschroniques avec deux nouvelles d’auteurs de SF connus et traitant du risque nucléaire. 

faute_de_temps Faute de temps m’a d’abord laissé perplexe. Sa quatrième de couverture — ne jamais lire les quatrièmes de couverte — indique un texte plutôt mystique en déclarant : « John Brunner imagine un monde hanté par le ressentiment des générations futures ». En fait, John Brunner imagine une histoire quasi policière qui conduit notre héros sur les traces du futur.

Tout commence par la découverte d’un vagabond à moitié mort devant la porte d’un médecin. Un médecin pas comme les autres, puisqu’il est le seul à connaitre la maladie dont est atteint ledit vagabond. Son fils est mort quelque temps plutôt du même mal. Cette maladie est induite par un contact avec des radiations nucléaires qui transforment l’organisme de l’individu le rendant incapable de supporter certaines nourritures. Cette maladie et ses malades sont le cœur du récit. Elle nous montre comment la société peut se transformer physique et culturellement, mais aussi l’inconséquence des puissantes entreprises.
On peut regretter une fin maladroite surtout en comparaison d’une enquête si finement menée.

les_retombeesLes retombés nous parle aussi de nucléaire, mais de façon plus urgente. Nous sommes clairement dans un récit inspiré par Tchernobyl. L’histoire se déroule en France, le souffle de l’explosion vient de balayer une zone géographique. Nous suivons un groupe de survivants. Leur traversée du nuage et puis leur prise en charge par l’armée. Les questionnements sont déplacés par rapport aux deux autres textes que j’ai lus sur le sujet: Canard, Pigeon et Patinette et Faute de temps. Andrevon s’intéresse moins à la menace invisible et à la transformation physique qu’elle engendre qu’à la réaction humaine. Comment les humains vont-ils faire face à cette crise ? La réponse n’est pas joyeuse. L’auteur nous laisse imaginer, peut-être un peu trop, la gestion de la crise et le « retour au calme ». Beaucoup de pistes lancées et très eu de rattrapés.

 Faute de temps, John Brunner, 2015, 7€
Les Retombes, Jean-Pierre Andrevon, 2015, 7€
Le Passager clandestin/dyschroniques

Insurrection en centre commercial

Embarras. 

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Nocturama nous emmène dans Paris. Ses métros et ses rues. Le spectateur, comme les personnages, est amené à déambuler. L’incertitude ce que l’on voit et de ce que les personnages vont commettre nous pénétré. Le film se veut immersif. Silencieux. Nous regardons les actes et les gestes.

Il y a si peu d’indice sur ce que l’on voit qu’on les traque. Le moindre regard apparait comme un évènement.

Les lieux visités et donc ciblés nous révèlent une intention politique. Ces jeunes déambulant ne seraient pas complètement nihilistes. On voudrait les situer dans la lignée « gauchiste », mais rien ne viendra le confirmer totalement.

Le groupe est disparate, des âges et des parcours différents. Rien ne les rapproche. Quelques flashbacks nous montrent leur rencontre, une soirée où ils fomentent leurs plans. Aucun mot de sympathie, aucun sentiment ne transpire. Les mots qui sortent de leurs bouches ne semblent pas vraiment être les leurs. Ces personnages sont des marionnettes mal articulées par un réalisateur qui refuse de choisir un sujet. L’insurrection, on ne la verra que retransmise à la télé. Les terroristes, rien d’humain ne suintera de leur jeu.

Bertrand Bonelli enferme ses personnages dans une posture que ces personnages ne quitteront jamais. La deuxième partie du film qui se déroule dans un centre commercial aurait pu donner lieu à un relâchement, mais non. Leur méfait commis, ces jeunes terroristes font face à l’attente avec stoïcisme. Bien sûr, baigné au cœur du consumérisme de luxe, ils ne se privent pas, mais rien d’éclatant. Ils changent de vêtement, dinent, jouent, regardent la télé et écoute la musique. Cette dernière vient compenser le silence de nos apprentis terroristes. On passe d’une musique électronique contemporaine, un peu énervée, à des classiques des années 60/70. Tout se termine avec le générique de Chapeau melon et botte de cuir, qui sied à ravir à l’étage décoration en plein revival des époques citées. L’esthétique bobo/bourgeoise prend le pas et affirme son emprise totale sur le film. Par conséquent, il n’y a vraiment rien à voir ni à entendre.

Des zombies et de la morale

Dernier train pour Busan est un film coréen dont on a entendu parler. Diffusé hors compétition à Cannes, il a retenu l’attention. Je ne le savais pas jusqu’à ce que la Salle 101 lui accorde quelques minutes de son précieux temps où il fut dit qu’il s’agissait d’un blockbuster coréen. On prétendait également qu’il aurait quelques prétentions critiques envers le capitalisme et la société coréenne. 

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Dernier train pour Busan est le récit de quelques personnages : un sportif, une pom pom girl, un couple sur le point d’avoir un enfant, un père séparé et sa fille. Hormis le côté jaune et le cheveu noir et raide, nous avons le parfait panel de personnages pour un quelconque film américain.

Chacun se retrouve dans le train pour une raison particulière, chacun bénéficie de quelques minutes de présentation afin de permettre aux spectateurs de s’attacher à ceux qui vont lutter pour leurs vies.

Le pays est sous le coup d’une épidémie zombiesque. On comprend de manière très subtile que cette foule affamée est une métaphore du soulèvement des masses opprimées. Le film dresse une ligne entre ceux qui acceptent d’aider les autres et ceux qui ne veulent sauver qu’eux-mêmes. On nous explique que la peur de l’autre ne justifie pas son abandon. Tous les pécheurs capitalistes et égoïstes sont punis par la mort et rejoigne les rangs zombiesques. Les quelques élus à pouvoir gagner Busan sont récupérés par l’armée. Comme chacun sait les militaires sont des gentils qui pensent à l’autre.

Dernier train pour Busan est en effet un blockbuster ni plus ni moins mauvais que les autres. La musique y est trop forte, les regards trop appuyés. Par contre, et comme dans tout Blockbuster, il n’y a pas de place pour la réflexion seulement la caricature crasse et les leçons de morales.

Dernier train pour Busan, Yeon Sang-ho, 2016

Cure de Punkitude #2

Parce qu’il n’y a pas que Fabcaro dans la vie, la BD, il y a aussi Tanx. J’avais déjà lu Esthétique et filature, bof et Faire dans les morts déjà mieux. Des croutes aux coins des yeux est le résultat d’un travail plus personnel. Il s’agit de strip que l’auteur dessine le matin, tous les jours. On comprend bien vite qu’en faite c’est quand elle a le temps, si elle a le temps. Un peu comme, lorsque je me donne la mission de prendre une photo par jour, ce qui n’arrive pas, jamais.

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Des croutes aux coins des yeux parcourent quelques années, de 2005 à 2011. On y croise quelques évènements de l’actualité (« Comment devenir dangereux »), mais aussi les galères et les coups de gueule et puis les aventures du Far sud-ouest. L’exercice du carnet est assez répandu, les autrices comme Tanx un peu moins, du coup, on ne s’ennuie pas. On y trouve même une certaine énergie, un peu de désespoir, mais aussi les deux.

Le dessin se transforme, les formats se mélangent tout en maintenant une ligne bordélique. C’est parfait.

PS: Tanx a un blog ( et un tumblr, la meuf trop au sommet de la hypitude) super cool où elle publie des strips et où tu peux aussi te procurer des trucs super cool.

Des croutes aux coins des yeux, Tanxxx, 6 pieds sous terre, 2016, 18€

Fabcaro : 5ème

Encore et toujours, je lis Fabcaro. Il est de moins original d’être un lecteur de Fabcaro, mais peu importe. Prétextant un cadeau à une amie, je me suis procuré et le lu la Bredoute. Ce catalogue d’horreur, je le connais par coeur. Son détournement et parfait.  Lisez Fabcaro. 

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La Bredoute, Fabcaro, 6 pieds sous terre, 2016, 9€

Capitalisme et parentalité

Après avoir déserté les salles cet été, après un retour mitigé, je me suis à nouveau lancé. Toni Edmann était également à Cannes. Il a reçu un accueil critique très bon, bien que certaines voix se soient élevées contre ce film. C’est un cirque redondant et pue intéressant. 

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Toni Erdmann est réalisé par l’Allemande Maren Ade que je ne connais ni d’Ève ni d’Adam. L’inculture se cultive et je suis très assidue dans certains domaines, mais tout change. Son précédent film « Everyone Else » suivait un couple en vacance perturbé par l’arrivée d’un autre couple. Je pense que je me pencherai dessus très prochainement, dès que j’aurais fini ma quinzième révision de The good wife.

Toni Erdmann est un personnage inventé par un père (Peter Simonischek) pour ramener sa fille (Sandra Hüller) chez les vivants. Winfried Conradi est enseignant, sa vie est simple et faite de petit bonheur. Sa fille, quant à elle, est partis travaillés en Roumanie pour une boite de conseil, comment économiser ses couts de production ergo comment décentraliser. Elle se concentre entièrement à son travail et apparait comme une personne austère, ne trouvant une forme de soulagement à l’existence dans la l’admiration de ses collègues.

La relation entre le père et la fille, entre ces deux modes de vie occupe tout le film. C’est une confrontation froide. Le père se déguise et fait irruption, la fille tente de lui montrer qu’elle n’a pas besoin de lui. Il s’attire et se rejette au fil de situation improbable qui peut donner à rires, mais pas forcément. À travers ce duo, on voit un monde manger par l’austérité dans tout les sens du terme. Ines, la fille, ne semble pouvoir n’exprimer aucun sentiment, tout du moins leurs expressions apparait douloureuses. À travers son travail transparait la domination économique de la Roumanie par l’Allemagne. C’est une entreprise allemande qui vient distribuer ses bons conseils à une entreprise locale. Ce sont les femmes qui sont certes intégrées à l’entreprise, mais comme des êtres à part, des employés qui devront toujours faire leurs preuves.

Intéressant et glaçant, Toni Erdamn cherche l’humain dans sa fille, Ines cherche dans Toni Edmann la satisfaction face à sa réussite. Ils se croisent et se percutent, semble trouver un accord à l’amiable et pourtant…

Toni Erdmann est un long film. On éprouve la fatigue et le désespoir des personnages, qui suinte nt de leurs corps. Sandra Hüller fait preuve d’une énergie et d’un abattement que tout son corps communique et c’est impressionnant.

Toni Erdmann, Maren Ade, 2016

Dyschroniques : 3 en 1

J’ai décidé de me plonger sérieusement dans cette collection dyschroniques, même si je suis déjà conquise. J’ai repris la lecture en commençant par la fin et donc les dernières publications. 

audience_captive  Audience Captive nous décris une société envahit par la publicité et ces slogans. Les objets du quotidien débitent à un rythme constant et fréquent les slogans associés à leurs marques, interrompant conversations et pensées des humains. La vision technologique par laquelle la société est colonisée apparait datée. Le texte est écrit en 1953, on a donc pu constater que ce n’était pas la voie empruntée par les agences publicitaires. Leur omniprésence contemporaine est plus subtile. Je pense notamment au pub ciblé qui crible votre écran d’ordinateur.

Cependant, le biais technologique présenté par l’auteur rend le dispositif caricatural au sens positif, nous rappelant que la publicité insidieusement glissée dans notre quotidien nous revient en plein visage.

passagerclandestin040-2015La montagne sans nom est à mon sens le plus faible des trois. Robert Schekley s’attaque à un récit de colonisation galactique. Cependant, les colons sont mis en échec pour une raison qui échappe à tout le monde. On laisse planer le doute sur une origine mystique, raison qui me convainc rarement dans un récit. La colonisation semble condamnée, car moralement répréhensible.

ctsl-h1xaaavos2Pigeon, Canard et Patinette est la nouvelle que j’appréhendais le plus. Il s’agit d’un récit inédit issu d’un concours organisé par le Passager clandestin. La consigne était de s’inspirer de la nouvelle de Jean-Pierre Andrevon Les Retombés parus un an plus tôt. Comme je fais les choses dans l’ordre je n’ai pas lu cette dernière et serait bien incapable de dire si elles se font échos. Personnellement, j’ai beaucoup pensé à La Supplication de Svetlana Aleksievitch.

Les trois protagonistes, Pigeon, Canard et Patinette, sont les habitants d’une zone touchée par les radiations. La zone est contaminée depuis un siècle, mais le réacteur continue de fonctionner, entretenu par les habitants. Ces derniers ont subi des transformations. Une partie de la population est devenue stérile, l’autre a donné naissance à des enfants différents… Ce sont les points de vue de ces enfants qui nous font découvrir la zone et leur regard sur l’extérieur, une manière de vivre en dehors. Le texte est très bon et comme annoncé touchant. Il souffre peut-être d’un peu trop d’explication, mais pas suffisamment pour entacher la qualité du récit.

Audience captive, Ann Warren Griffith, 2016, 5€
Pigeon, canard et patinette, Fred Guichen, 2016, 7€
La montagne sans nom, Robert Sheckley, 2015, 4€
Le Passager clandestin/dyschroniques