Du début de la fin

Longtemps, j’ai tourné autour de ce livre, au moins quelques mois. Les vacances semblaient le moment idéal pour s’attaquer à ce pavé. Trop jeunes pour mourir traite des anarchistes juste avant la Seconde Guerre mondiale. Cela semble venir à point nommé juste après les Ecrits libertaires de Joseph Déjacques.

Davranche-Trop-jeunes-pour-mourir

Davranche divise son essai en court chapitre. Une première partie est consacrée à la présentation des personnages et du contexte historique. Tout va tourner principalement autour de la CGT, en pleine maturation. Celle-ci s’éloigne progressivement de ses aspirations révolutionnaires pour se rapprocher du jeune PSU (Parti socialiste unifié).

Cependant, les mouvements anarchistes ne sont pas prêts à faire leur deuil. Le syndicalisme apparait toujours comme un excellent moyen de créer les conditions d’une insurrection.

Ces mouvements ne sont, bien sûr, pas organisés. Ils se regroupent autour de deux organes de presse : Le Libertaire (initialement créée par Joseph Déjacques) et La Guerre sociale. Le premier, malgré des interruptions, a poursuivi dans sa veine tandis que le second a opéré un retournement de veste, détaillé dans le livre de Davranche.

Détaillé et dense, Trop jeune pour mourir maintient un rythme monocorde. On se perd dans l’énonciation des faits. Les attitudes des politiques n’étant pas plus glorieuses hier qu’aujourd’hui on se lasse de leurs descriptions. Les négociations entre les groupes, mais aussi les prises de décision, sont souvent influencées par la volonté de se distinguer du PSU ou des tendances molles de la CGT, sans séparer complètement au vu de leurs moyens et des masses populaires qu’ils mobilisent.

Un deuxième écueil est l’absence totale d’analyse de l’auteur. Davranche nous met face aux faits, respectant de fait sa déclaration d’intention en introduction. Cette absence de distance renforce l’effet de monotonie de la lecture, mais aussi rend les évènements racontés ordinaires.

Ils ne deviennent véritablement pertinents que lorsque l’auteur en arrive aux chapitres consacrés à la place des femmes, aux relations avec les travailleurs étrangers et le financement des retraites. À cette époque, la CGT rejette toute idée de financement des retraites par les travailleurs. Les anarchistes refusent de défendre les droits des femmes au travail, le travail ne bénéficiant d’aucune valeur positive à l’époque. Les travailleurs étrangers sont une population difficilement atteignable en partie par les syndicalistes de la CGT qui ne parlent pas leurs langues, mais aussi, car les travailleurs étrangers veulent rester fidèles aux syndicats de leur pays d’origine. Le traitement de ces sujets a beaucoup évolué. Le livre de Davranche permet de saisir les éléments qui ont pu orienter les discussions dans une direction plutôt qu’une autre.

Le travail de recherche et de présentation, clair et didactique, reste très impressionnant. Le sentiment de frustration à la sortie me pousse simplement à explorer l’impressionnante bibliographie de l’auteur.

PS : On apprécie les illustrations intérieurs, tirées de la presse de l’époque, belle et drôles, cela donne un peu de dynamique au propos.

Trop jeunes pour mourir, Ouvriers et révolutionnaires face à la guerre (1909-1914), Guillaume Davranche, Libertalia/L’insomniaque, 544p, 2014, 20€

2 réflexions sur “Du début de la fin

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