La rentabilité de l’horreur

Ce petit livre avait assez peu de chance d’attirer mon œil s’il ne m’avait pas été chaudement recommandé par l’éditeur, lui-même. L’éditeur en question est Jean-Luc André d’Asciano et ce qu’il fait est bien. Essaie-le. 

COUVERTURE-Vermiraux

La Révolte des enfants des Vermiraux est un court texte issu d’un travail ethnographique. Cependant, on n’y trouvera pas les conclusions vulgarisées d’une enquête, mais les sources premières ayant servi à l’enquête.

Au début du 20e siècle, les Vermiraux abritaient un hospice pour enfants qui fut fermé dans les années 10 pour une série de maltraitance sur les pensionnaires, ayant entrainé la mort de certains. La particularité de cette affaire réside en deux points, tout d’abord, les mauvais traitements étaient connus de tous, incluant les autorités concernées, de plus le saisissement par la justice de cette affaire s’est opéré sous l’impulsion des enfants. On trouvera donc des lettres de pensionnaires adressés au procureur.

Une postface analyse comment un réseau permet de camoufler des actes illégaux et reconnus comme moralement répréhensibles, faisant le lien avec d’autres affaires de détournement et maltraitance de mineur, notamment au sein du clergé. Il y a un peu de la banalité du mal dans ce livre. Des atrocités deviennent normales au motif que personne ne dit rien et qu’en plus cela rapporte de l’argent.

Le format est très intéressant et rappelle que l’on pas toujours besoin de passer par le filtre du discours de l’expert pour comprendre ce qui nous entoure ou nous a entourés. La description des horreurs vécues par les enfants est certes pénible, mais pas insurmontable à la lecture. Les sources sont principales d’origine journalistique ou judiciaire, elles sont donc dénuées de pathos. De plus, le but de l’ouvrage n’est pas de choquer par le degré d’atrocité dont l’humain est capable, mais plutôt de s’intéresser à comment l’être humain peut organiser ces déviances en système, les rendre rentables et vivre confortablement avec.

La révolte des enfants des Vermiraux, Emmanuel Jouet, L’oeil d’or, 152p, 2012, 14€

2 réflexions sur “La rentabilité de l’horreur

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