Du journalisme bourgeois en milieu populaire

Cultivant mon intérêt pour les lieux d’enfermement, je me suis penchée sur cet autre petit ouvrage 10 jours dans un asile psychiatrique. Les éditions du Sous-sol se sont lancées dans la publication d’enquêtes journalistiques à la première personne. Je crois que l’on nomme cela la « narrative non-fiction », dont l’exemple le plus connu est de Sang-froid de Truman Capote. 

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Trois textes sont présents dans ce recueil, le plus long est celui consacré à un asile psychiatrique. Nellie Bly est une jeune journaliste qui intègre sans trop de difficultés un hôpital psychiatrique. On y découvre les traitements infligés aux femmes dans ces institutions. On est bien loin des mauvais traitements des Vermiraux, cependant, on n’échangerait pas pour autant sa situation contre la leur. Ces femmes sont enfermées systématiquement de façon arbitraire et parfois sans en être informées.

Nellie Bly nous relate les sévices subits par ses femmes dans un style précieux et bourgeois. La journaliste ne manque pas de signaler le ridicule des tenues, par exemple. Le récit se termine sur une note positive puisque la journaliste revient en visite officielle à l’institut accompagné d’observateur du Sénat, qui décide d’attribuer une extension de budget aux hôpitaux psychiatriques.

Cette incursion reste tout à fait intéressante. Nellie Bly ne tente pas de choquer outrageusement ses lecteurs, un choc raisonnable semble être l’objectif. Les faits relatés ne sont donc pas les dérives, mais bien le traitement normal imposé aux patientes jugées les moins atteintes. Ces femmes désignées comme folles par des médecins qui font peu cas de leurs destinées, mais aussi par les infirmières qui semblent jouer le rôle de « capot ».

Les récits suivants poursuivent dans le même style bourgeois et supérieur. L’auteur est surpris de découvrir que les femmes ouvrières dans une fabrique de boites ne sont pas aux faits de leurs droits syndicaux et des nombreuses associations de défenses des droits des femmes. On s’étonne de la misère des miséreuses. Cela pourrait presque être drôle. À défaut de porter un regard pertinent sur les classes populaires, Nelli Bly nous donne à voir ce que la presse bourgeoise publiait et comment elles représentaient les moins favorisées, comme on dit.

10 jours en asile psychiatrique, Nellie Bly, Editions du sous-sol, 128p, Traduit par Hélène Cohen, 14€

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