Divine errance

Divines. Je n’avais pas pu écouter le discours de la réalisatrice Houda Benyamina. Elle déclarait triomphalement, sa Caméra d’or entre les mains : « Cannes est à nous ! » Nous, qui ? Surtout, pourquoi vouloir de Cannes ? Quel type de « nous » peut avoir envie de posséder Cannes ? 

divines

Divines est un film de banlieue, ça ne veut rien dire, mais il est maintenant trop tard pour le nier, trop tard pour oublier cette étiquette. Tant pis, les étiquettes, rien ni personne ni échappe.

Divines est comme Bande de filles. La même étiquette en commun, les mêmes éloges et les mêmes critiques.

Divines partage le même sérieux que Bande de fille, qui partageait lui aussi son scénario avec beaucoup d’autres films. Une fille, jeune, galère dans sa cité, sa vie, s’enrôle dans le commerce de proximité et grimpe les échelons, à la fin tout s’effondre.

Divines pourrait nous parler d’autre chose, il pourrait nous parler de quelque chose, mais il ne le fait pas. Houda Benyamina pose son décor, il y a deux chemins pour son personnage, la carrière de 2e classe que lui préparent le système scolaire et le deal. Dans ce dernier choix, les possibilités de capitalisation sont plus importantes ergo Dounia s’engage dans cette voie. Le rêve : rejoindre les riches.

Quelques parts dans le film, notre héroïne se trouve une troisième alternative : l’amour bohème avec un danseur. Ces scènes sont tellement embarrassantes que j’aurai voulu disparaitre. Certains appellent cela du lyrisme, d’autre plus terre à terre dirait vomitif.

On est également gêné par cette mise en scène des femmes, en fait ce sont des hommes déguisés en femmes. Rebecca, super dealeuse de service, proclame : « T’as du Clito » à je ne sais plus quel personnage tertiaire du film. La femme, le sexe féminin, ne sont là que pour se substituer à la domination des hommes.

Parlant des personnages: héroïne, secondaires, tertiaire et autres figurants, Houda Benyamina oublie un peu de construire ces personnages. Blessure narcissique de l’héroïne qui lui inspire sa rage de « réussir », les gens la traite de bâtarde, visiblement sa maman a des soucis dans ses relations amoureuses/sexuelles. On le découvre au deux tiers du film. En même temps, elle, au moins à un passé, a une histoire. Sa copine Maimouna se contente d’une maman et d’un papa imam. Au milieu du film, Jacky Chan apparait.

Les banlieues vont mal, le cinéma français aussi et tout cela se rencontre. C’est formidable.

Divines, Houda Benyamina, 2016

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