Du capitalisme temporel

J’ai mis du temps à venir à bout d’Un Yankee du Connecticut à la cour du Roi Arthur. La rentrée, la vie, la mort et un roman exigeant.

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Un Yankee du Connecticut à la cour du Roi Arthur possède un bon pitch. Hank Morgan est un self-made-man américain en phase d’ascension. Il applique le capitalisme avec succès, projeté dans le VIe siècle, il décide de poursuivre son œuvre.

La Cour du Roi Arthur n’est pas brillante. Les nobles et chevaliers nous sont présentés comme des alcooliques ignorants et mythomanes. La quête du Graal et les héros de la chevalerie sont très vite tournés en ridicule. Le fonctionnement féodal est abscons. Hank Morgan devient le Premier ministre du Roi sous le doux sobriquet du « Boss » et engage de nombreuses réformes.

Le Boss parcourt le pays et assiste aux horreurs du moyen-âge notamment l’esclavage, mais aussi les conditions ignobles dans lesquels sont maintenus les hommes libres non anoblis. Ce contexte historique est un support à la dénonciation des mêmes horreurs qui se produisent aux États-Unis à l’époque de l’auteur. Ainsi pour décrire l’esclavage du VIe siècle, Mark Twain emprunte les mots d’un ancien esclave noir, Charles Ball, auteur de « Fifty years in chains or the life of an american slave ».

Les réformes entreprises par le Boss paraissent risibles. Le but de cette industrialisation du VIe siècle est longtemps tu dans le récit. Hank Morgan fait preuve d’un grand cynisme dès les premières pages en prenant son expérience de voyage dans le temps comme une opportunité unique, puisqu’il est le seul capitaliste, il ne souffre pas de concurrence. Les personnages qui l’entoure sont méprisés à l’exception de ceux qui se conforme à sa cause et encore, certains n’ont vocation qu’à être les laquais du capitalisme. Hank Morgan considère l’Angleterre comme un Royaume à conquérir. Il est un colon d’un autre temps. Les us et coutumes qui l’entourent l’indiffèrent ou l’irritent.

Pour autant, le récit de Mark Twain demeure drôle et bienveillant. Loin du Candide de Voltaire, l’auteur ne maltraite pas ses personnages, qui bénéficient d’une chance incroyable à chacune de leur aventure leur permettant de se sortir victorieux des multiples péripéties.

Un Yankee du Connecticut à la cour du Roi Arthur, Mark Twain, L’Oeil d’or, 2013.
Traduit par Freddy Michalski, illustration Sarah D’Hayere.
22€

2 réflexions sur “Du capitalisme temporel

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