Roman post-apocalypse petit bourgeois

Par bien des aspects, Station eleven est un livre que je n’aurais pas dû lire. Roman de la rentrée ayant suscité un certain engouement, il apparaissait d’autant plus suspect. De plus, ce n’est pas comme si j’étais en pénurie de livres. Pourquoi résister aux affres de la tentation ? 

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Station eleven est un roman éclaté axé autour de deux évènements se déroulant au même moment : la mort d’un acteur célèbre sur scène Arthur Leander et le début d’une épidémie mondiale. Les personnages rencontrés par la suite auront toujours quelques choses à voir, de près ou de loin, avec cet acteur.

Tandis que le roman feint de nous projeter 25 ans plus tard, le récit est irrésistiblement ramené vers le passé. Tous les personnages n’ont d’yeux que pour cet avant, dont ils n’ont que peu de souvenirs ergo ils idéalisent. On peut les comprendre le présent est resté bloqué dans un état post-traumatique. Tout le monde vit en haillons au milieu des ruines de l’Ancien Monde. En un quart de siècle, personne ne semble avoir eu l’ingénieuse idée de recommencer à vivre : construire et créer. On ne compte pas le nombre d’allusions faites à la perte de l’électricité. Je pouvais voir Thomas Edison se poignardait dans sa tombe. Après le manque d’électricité, il y a les avions, si beaux, si élégants, si formidables, etc. C’est-à-dire que les personnages que nous rencontrons font partie d’une classe de gens qui prend l’avion régulièrement. Excusez du peu.

On peut émettre l’hypothèse suivante si personne n’a redécouvert l’électricité dans l’après-cataclysme, ce n’est pas par manque d’imagination des personnages, mais par manque de compétence. Vraisemblablement, seuls des éléments de la classe moyenne supérieure ont survécu et ces gens-là ne savent pas quoi faire de leurs dix doigts. Les descriptions de la technologie sont d’ailleurs édifiantes. Chacun se rappelle de leurs iPhone et d’internet comme d’une chose qui existait en soi. L’auteur se fend d’une phrase pour se rappeler les petites mains qui mettaient la machine en route pour mieux les oublier par la suite.

Dans ce monde de l’après, quelqu’un a l’idée de créer un musée. Qu’y trouve-t-on ? Des talons aiguilles, des iPhone et des passeports ! Je reprends, un symbole de la domestication du corps des femmes, un outil de surveillance massive, un outil de surveillance et de sélection des états (qui entre/qui sort). Étrangement, personne ne semble regretter les usines de traitement des eaux. Tout simplement, tous les personnages sont en quête d’un retour à la normale et de retrouver leur chère société.

Il faut donc souligner quelques éléments. D’abord, l’effondrement de la société dans ces aspects technologiques n’a pas du choquer l’intégralité de la planète, puisqu’une partie de la population n’y a pas accès où de manière aléatoire. Je ne pense pas seulement à quelques pays d’Afrique actuellement en guerre, mais aussi au fin fond de la Chine et pourquoi le fin fond de quelques pays occidentaux. On pensait avec des livres comme World War Z de Max Brook (rempli de défauts par ailleurs), en avoir fini avec ces livres : États-Unis = le monde.

En suite, on peut d’ailleurs être surpris de constater que le vivier humain le plus important à survivre se trouve dans un aéroport…

Et encore, on apprécie que l’auteur ait choisi le mode d’éradication le plus neutre : la maladie. Cette fin du monde ne peut donc en aucun trouver une explication rationnelle dans nos modes de vie.

Enfin, l’auteur offre le propos politique le plus plat. Au moment, où elle pourrait offrir une vision peu ragoutante de la religieuse ou donner un peu de profondeur à « son apocalypse », elle transforme le leader de sa secte en enfant mal dégrossi.

C’est là que le bât blesse le plus. Car j’entends bien que mes critiques sont jusqu’à présent d’ordre idéologiques. Il faut cependant constater qu’il ne se passe pas grand-chose dans ce livre. La seule péripétie rencontrée par la symphonie se voit balayer d’un revers de main. On passe le plus clair du récit à remonter dans le temps en suivant les vies laborieuses des ex-femmes d’un acteur hollywoodien, la fascination pour le gossip me laisse froide, d’un coach pour cadre dynamique insatisfait, etc. Ce dernier est, à mon sens, le personnage le plus riche du livre que l’auteur désamorce dès qu’elle le peut.

Étrangement, j’ai lu Station eleven très rapidement. J’ai été happé cette intrigue entre mêlé jusqu’à la toute fin. Les critiques mentionnées plus haut m’avaient déjà frappées, mais j’attendais une certaine envolée qui ne vint pas. Au lieu de nous laisser emboiter les dernières pièces du puzzle, Mandel nous raconte tout, même l’évidence, or son récit aurait pu porter plus loin. Elle aurait pu emmener son récit plus loin dans l’apocalypse. J’imagine que cela aurait été un autre livre.

Station eleven Emily Saint John Mandel, Rivage, 2016
22€

La ligne de couleur

Ce weekend, je me suis rendu au Musée du Quai Branly. En plus d’avoir un billet d’entrée onéreux, le musée a adjoint à son nom celui de notre ancien président : Jacques Chirac. C’est donc encore plus douloureux de s’y rendre. L’exposition The color line qui m’intéressait démarrait plutôt mal puisque le Musée avait été surpris en flagrant délit de racisme juste avant l’ouverture le 4 octobre de ladite exposition. L’objet du délit est un livret pour enfant expliquant que si certains esclaves souffraient de leurs conditions d’autres étaient susceptibles de la trouver « agréable », pour le détail je vous renvoie sur le site Afropunk.
N’écoutant que ma curiosité et bravant les préjugés sur les institutions racistes, j’ai décidé de me rendre sur place.

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Ollie Harrington

Il s’agit sans doute d’une des meilleures expositions que j’ai vu ces derniers temps. Il y a quelques mois, je me rendais au même musée pour l’exposition consacrée au Festival des arts nègres en 1966 à Dakar et je regrettais le manque d’espace dédié au sujet. The Color line bénéficie d’un espace juste, suffisamment grand pour explorer le sujet et suffisamment resserré pour ne pas nous en faire sortir avec un mal de tête.

On commence par un cartoon d’Ollie Harrington, qui nous suivra durant toutes l’exposition. Franchement, je suis tombée amoureuse. Le trait est soigné et percutant. Plein d’humour, Ollie Harrington dépeint le racisme ordinaire. Le monsieur est né en 1912 dans la ville de Valhalla (!) dans l’état de New York. Il étudie l’arts à Yale. Pendant la Seconde Guerre mondiale, il rencontre l’un des responsables de la NAACP (National Association for the Advancement of Colored People). Il travaillera pour le département de relation publique de l’association. Il finit sur une liste du FBI, cette surveillance par le gouvernement le pousse à émigrer en France.

On peut souligner à ce sujet que l’exposition développe un discours flatteur au sujet de la France qui aurait accueilli chaleureuse les artistes africains américains et les auraient moins bridés dans leurs œuvres. On peut légitimement appeler ça se moquer du monde. Il est en effet plus facile d’accueillir des migrants artistes, qui critique un autre pays que le vôtre. On rappelle qu’à cette époque la France est en lutte avec ses colonies. Son racisme est donc en pleine forme.

The color line ne se cantonne pas à l’aspect esthétique. Elle retrace également le contexte politique et les évolutions du mouvement des noirs américains. On traverse donc aussi le racisme dont ils sont victimes : spectacle « Blackface » et les lynchages (100 years of lunching par Ralph Ginzburg publié chez Black Classic Press).

du-bois-infographie-noir-usa-expo-universelle-1900-43On s’arrête un moment sur W.E.B. Dubois, l’un des fondateurs de la NAACP. Une salle est consacrée à ses « infographies » sur les noirs aux États-Unis. Où vivent-ils ? Sont-ils propriétaires ? Etc. (Dispo ici.) Ces graphiques très esthétiques, et pour cause, ont été présenté à l’exposition universelle de 1900 à Paris. On rappelle que W.E.B. Dubois correspond au haut de l’iceberg en termes de lutte pour le droit des noirs. Il avait une approche institutionnelle de cette lutte, une sorte de protolobbyiste, très critiqué dans le livre George S. Schuyler Black no more qui le percevait comme un hypocrite.

La Première Guerre mondiale est à nouveau le prétexte à une valorisation de l’état français. Les soldats noirs américains auraient été mieux traités par les officiers français qu’Américains. Là encore, la comparaison n’était juste pas à faire.

L’exposition nous amène aussi du côté du cinéma, une belle présentation de poster souvent tagué : « all colored cast ».

L’expo remonte le temps en allant vers les artistes contemporains. Elle présente donc cette lutte comme toujours en cours. On constate cependant que les artistes contemporains se démarque moins. Leurs travaux sont plus spectaculaires et semble se fondre dans un art contemporain qui montre beaucoup, mais ne dit pas grand chose.

Sur le chemin, j’ai croisé Richard Wright (12 millions black voices), Jacob Lawrence (The migrant serie), Hale Aspacio Woodruff, Charles Aslton, etc.
Je préfère terminer avec la seule femme de l’exposition : Elyzabeth Cateltt (1915-2012)

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The Color Line les artistes Africains américains et la ségrégation, Musée du quai Branly-Jacques Chirac, jusqu’au 15 janvier
Commissaire de l’exposition : Daniel Soutif
10 boules.

De Showgirls à Elle

La semaine dernière je rattrapais mon retard en regardant Elle. Je fus agréablement surprise. Je pensais tomber à nouveau sur un film d’auteur raté. Il y a souvent un décalage conséquent entre l’ambition du film et ce que le film montre effectivement. Cela donne des films intéressants et pourtant ratés. En même temps, Showgirls, film de 1995 du même réalisateur, est ressortie dans quelques salles. Ce film a un parcourt intéressant puisqu’il fut un échec commercial et critique. Paul Verhoeven fut la première personne à se déplacer pour recevoir deux « Razzie award » : « Pire film » et « Pire réalisateur ». Aujourd’hui, Showgirls revient dans les bonnes grâces de la critique. 

 showgirlsShowgirls nous raconte l’arrivée d’une jeune femme, Nomi, à Las Vegas. Celle-ci veut devenir danseuse, mais les choses commencent mal, car elle se fait dérober sa valise. Elle est prise en charge pas une âme charitable. Trop lentement, Nomi rencontre sa compétition en la personne de la meneuse de la revue. Cette relation est faite à la fois de désir, être l’autre en prenant sa place, et bien sûr de haine, volonté de la détruire toujours pour prendre sa place. Verhoeven traite son sujet crument. La caricature est poussée si loin qu’elle annihile tout effet comique, à mon sens. En mettant ses actrices à poil en quelques minutes et instillant d’office une relation malsaine entre les deux danseuses, Verhoeven désamorce son sujet qui semble n’être fait que de seins et de fesses.

La chute est jetée à la tête du public comme ça parce qu’il fallait en finir. On ne comprend pas pourquoi on passe autant de temps à nous décrire une Nomi, tout à fait inintéressant et banal, ingénue qui veut réussir, pour nous révéler la complexité du personnage à dix minutes de la fin.

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Avec Elle, Verhoeven reprend les choses dans l’ordre si l’on peut dire. Tout d’abord, nous quittons la vulgarité de Las Vegas pour les beaux quartiers de la banlieue riche de Paris (Vaucresson like). Scène d’ouverture, Michèle  (Isabelle Huppert) est violée. Tout de suite se pose la question : que va-t-elle faire ? Michèle passe la balayette en talons. Elle se rend à un diner en présence de son ex-mari et d’un couple d’amis et leur déclare : « je ne sais pas comment vous dire ça, simplement et naturellement, mais je crois que j’ai été violé ». À ce moment-là, on sait que Michèle va dépasser tous nos espoirs. Isabelle Huppert interprète à merveille cette femme, engoncée dans son éthos bourgeois, mais déterminée à assouvir ses désirs. Michèle fait peser un vrai diktat à son entourage, sa mère dénigrée pour sa relation scandaleuse avec un homme plus jeune, son fils pour se soumettre à sa campagne et même ses collègues de travail. Michèle est une dominante qui est tombée sur un os. Elle a été soumise par son violeur, quelque chose qui apparait comme une incongruité dans son univers. C’est un peu la même chose dans Showgirls, sauf qu’on ne peut s’en rendre compte qu’à la fin.
Dans Elle, l’histoire se complexifie et pose à Michèle de vrais challenges, jusqu’où était-elle prête à aller pour obtenir ce qu’elle veut ? Qu’est-elle prête à endurer ?

Verhoeven évite les lourdeurs de Showgirls en plongeant complètement dans l’absurde et en dessinant un personnage plein de contradictions. Michèle est un petit bout de femme, capable de nous sortir les yeux de chien battu tout en menant son petit monde par le bout du nez. Les désirs mêmes de Michèle sont assez ridicules surtout ils sont systématiquement contrariés.
Elle se déroule dans un décor sobre, qui laisse de la place à ses personnages et à la mise en scène du réalisateur (chose dont Showgirls est cruellement dépourvu).

Je me suis délecté de ce film dont j’ai tiré la conclusion, sans doute personnelle, que les dominants sont des gens ridicules et toujours contrariés, une morale qui me convient.

Elle de Paul Verhoeven, 2016
Showgirls, Paul Verhoeven, 1995

Condition de travail contre travail

Lundi.am ne raconte pas que de la merde (cf. : Nocturama : La lutte armée OKLM), parfois il sait se montrer de bons conseils en l’occurrence avec Boulots de merde, du cireur au trader. Dans la fournée de lundi 3 octobre #75, on trouvait donc une interview des auteurs : Julien Brygo et Olivier Cyran. Le premier, je le connais à travers le documentaire DSK, Hollande, etc. dans lequel il est montré comment les médias, sous couvert d’objectivité, avantageaient certains candidats durant les élections présidentielles de 2012. Le second, je ne le connais pas et c’est Wikipédia qui m’a fourni son CV : ancien journaliste pour Charlie Hebdo (1991-2001), collaborateur régulier du Monde diplomatique et de CQFD. 
Il est assez marrant de trouver la gauche du « monde diplo » dans les pages virtuelles de lundi.am qui semblait plutôt s’orienter vers le Comité invisible et consort. À force de ne plus regarder la télé, j’ai oublié ce qu’était le pluralisme… 

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Boulots de merde est un recueil de témoignages. On se promène à la Défense avec un cireur de pompes, à Dunkerque avec des chasseurs de migrants, etc. On enchaine les situations misérables de par les conditions de travail que par la nature même du travail.

Assez peu des personnes rencontrées ne s’interrogent pas sur la nature de leurs activités. Désespéré de trouver un emploi, légitimé par l’ensemble de la société dans leur quête, le questionnement sur leurs actions est relégué voir disparait. On découvre où redécouvre les dérogations au droit du travail avec des statuts du type « service civique », travailler à prix modique est apparemment un service à la nation. On n’est pas loin du travail bénévole pour les bénéficiaires du RSA. Le capitalisme est innovant.

Brygo et Cyran ne se limitent pas aux témoignages et tentent de remonter la filière jusqu’au PDG, si possible. On touche à la vulgarité du capitalisme, des PDG payés 20 000 euros/mois avec des employés exploités payés moins de 3 euros de l’heure. Pourtant, ce monde, on ne fait que l’effleurer. Les rencontres avec ces dominants sont vides. Les interviewers s’ennuient. L’absurde nous frappe lorsque l’on rencontre un gestionnaire de portefeuille, fils de communiste qui déclare « aimer son papa », mais il n’y a pas de « poche infini » sous-entendu il n’y en a pas pour tout le monde. On pleurait presque. Aliéné. Désespéré de se retrouver du mauvais côté, c’est-à-dire plus de gens au-dessus de lui qu’en dessous. Un ratio pas toujours simple à atteindre.

Les conditions de travaux des pauvres sont déplorées, on frôle la critique du travail en soi. Il est cependant difficile de critiquer un emploi dont même les salariés non rien à redire en tout cas ne provoque aucun sentiment « d’indignation ». Les distributeurs de prospectus ne semblent pas spécialement outrés de se tuer à la tache alors que leurs bouts de papier finiront dans le caniveau avant la fin de la journée. Ils ne leur semblent pas indignes d’être inutiles sur terre. S’en rendent-ils seulement compte ? Ils sont indignés de ne pas pouvoir vivre « décemment » de cette activité.

L’absurdité du travail ne peut être évitée lorsque l’on est avec les gestionnaires de portefeuille ou de patrimoine. Ces gens savent qu’ils ne font travailler que de l’argent, qui potentiellement servira à la création d’entreprises, mais aucun n’est capable de donner la finalité de leurs activités. Ils tournent en rond. Ces « riches » ne paraissent pas moins abrutis par leur travail. Pourtant, ils s’arrêteraient du jour au lendemain, le monde ne s’effondrerait pas. Il en va de même pour le cireur de pompe ou les distributeurs de prospectus.

Boulots de merde se termine avec les facteurs, un terrain de luttes bien connu des organisations de « gauche ». On est consterné de cet ultime encouragement à défendre des conditions d’un travail absurde. Pourquoi continuer à défendre le travail ? Pourquoi ne pas se rendre compte que cette défense politique du travail justifie et légitime l’existence d’emplois inutiles et nuisibles ? La défense syndicale évacue la question de la nature du travail effectué et s’occupe exclusivement de la forme de son travail : contrats, cotisation, tarif horaire, sic, etc. On se rend pourtant compte que nos gestionnaires de portefeuilles, malgré des conditions de travail honorable, ont une existence vide de sens.

Le livre n’est pas mal en soi. Comme diront certes ça ne fais pas de mal. Peut-être avons-nous eu trop de lutte et de discours, qui ne font pas de mal. Nous permettant de nous glisser dans une société fasciste confortable (pour certains) et propre sur elle.

Boulots de merde, du cireur au trader de Julien Brygo et Olivier Cyran, La Découverte, 2016
18,50€

Cure de Punkitude #3

Plus rien ne m’arrête, je suis BDgirl, le fille qui lit des BD. Je suis également Tanxophile. Parce qu’il n’y a que Tanx dans la vie, je me suis trouvé une autre œuvre : Velue, dernière BD de l’auteur en date aux éditions 6 pieds sous terre, comme d’habitude.

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Velue se lit vite, Velue est une histoire simple. Isabelle a une pilosité importante, issue d’un croisement entre son père, humain bien sous tout rapport, et d’une mère Yéti. Où est-ce le doux sobriquet que ses beaux-parents lui ont choisi ? Le père est bien sûr perdu face à cette anomalie monstrueuse. Isabelle n’est pas non plus une jeune fille facile. Elle n’est d’ailleurs pas une « jeune-fille ». Il y a aussi des punks chez les Yéti et par Punk j’entend des personnes prêtes à se confronter brutalement à notre chère société. Isabelle revendique son anormalité. Bien sur, cela ne se passe pas comme ça.

J’ai un peu penser à Charles Burns et son Black Hole, en moins long et larmoyant. Dans Velue, il n’est pas question de s’attarder sur la violence de la marginalisation. Isabelle n’est pas un personnage abattu, qui croule sous la méchanceté de ce monde.

Velue nous parle de la rage qui peut naitre en quelqu’un et d’un chemin sans compromission. Chaque péripétie engendre une révolte. Etrangement, c’est rafraichissant. L’histoire ne nous amène pas à ce plat constat que les gens différent sont mis de côté. Isabelle acte son rejet et agit en conséquence. On pourrait appeler ça « apologie du terrorisme », mais bon ça ferait trop de compliments pour une seule chronique.

Velue, Tanxxx, 6 pieds sous terre, 2015, 13€

Pouvoirstagiaire

Parce qu’il n’y a pas que Tanx et Fabcaro dans la vie, je me suis lancée à la recherche d’autre chose. Cette autre chose est une BD Pouvoirpoint d’Erwan Surcouf.

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Comme toujours, je ne connaissais l’auteur ni d’Ève ni d’Adam, né dans les années 70, comme tous les gens cools. E. Surcouf n’avait jamais officié seul sur une bande dessinée, à ma connaissance. J’ai pu croiser son travail ailleurs dans la Revue XXI ou dans Télérama. Non, je me plaisante, je ne lis pas XXI.

Pouvoirpoint nous raconte le périple d’un être humain caché sous un casque pour éviter toute contagion de l’équipage intolérant aux germes terriens. Notre personnage est stagiaire-graphiste. Il officie au service : « Communication, corpo média & bonne ambiance » en charge de la décoration de la soirée du Nouvel An, mais aussi de moderniser le guide de survie du navire. Si tout se passe bien, tu as compris le titre.

Cette société futuriste dans lequel nous sommes projetés avec un humour grinçant s’est trouvé un ennemi : les Proximiens. Ils sont leurs terroristes à nous, les conduisant aux comportements les plus hystériques. De toute façon et il faut bien le dire, les employés de l’Entreprise 2061 sont légèrement atteints. Aliénés par un travail insensé, on craint pour la socialisation de notre héros, qui arpente les couloirs du vaisseau seul en écoutant des tubes américains traduits en français. On peut donc dire que cet ouvrage n’est pas dénué de poésie. Il m’a rappelé cette petite BD paru dans la Collection fourre-tout de Delcourt « shampooing » « Krrpk doit mourir » de Bill. On y suivait les péripéties d’un voyageur de Potkrann sur la planète des Grookos. Il y affrontait le racisme des habitants de la planète, les conditions précaires de travail, etc. Bref, nous étions face à une subtile métaphore de notre société.

Erwin surcoût choisit un cadre plus restreint, celui de l’entreprise. L’humour y est plus triste. On rit jaune face aux absurdités des situations. Pourtant, on se sent bien dans cette lecture. Le personnage le plus touchant est ce robot sans forme, mais avec une personnalité forte. Il y a sans doute, là, la démonstration de la déshumanisation des humains. Ce serait finalement dans cet empiècement géométrique que l’on retrouve un peu de sentiments. C’est déjà vu, mais ça fait quand même plaisir.

Pourvoirpoint, Erwan Surcouf, Vide Cocagne, 2016, 23€

Bilan – Septembre 2016

perouÇa faisait longtemps que je n’avais pas eu un mois aussi satisfaisant. Je n’ai pas lu beaucoup plus qu’un autre mois, mais j’ai lu des trucs très bien. J’ai un retour d’affection pour la BD qui ne devrait pas se tarir dans les prochaines semaines avec nouveau du Tanx, mais aussi du Olivier Texier. 
Le programme cinéma du mois d’octobre devrait être sympa aussi : War doges, Morgane, Aquarius, une vie entre deux océans, Poésia sin fin. Côté expo, il n’y a pas beaucoup de choses qui me tentent. Je devrais être en capacité de parler de Provoke, très prochainement. Du côté du bouquin, je pêche un peu plus. Je regarde ma PAL et ça me paralyse. 
Vous noterez que pour une fois ce bilan est publié dans les temps. C’est incroyable. 
BD:

  • Carnet du Pérou, Fabcaro, Six pieds sous terre, 2016
  • La Bredoute, Fabcaro, 6 pieds sous terre, 2016
  • Des croutes aux coins des yeux, Tanxxx, 6 pieds sous terre, 2016

toni_afficheExpos:

  • Josef Sudek, le monde à ma fenêtre, Jeu de paume, du 7 Juin au 18 Septembre

Films :

  • Divines, Houda Benyamina, 2016
  • Toni Erdmann, Maren Ade, 2016
  • Dernier train pour Busan, Yeon Sang-ho, 2016
  • Nocturama, Bertrand Bonello, 2016

un_yankee_du_connecticut_a_la_cour_du_roi_arthurLivres:

  • Un Yankee du Connecticut à la cour du Roi Arthur, Mark Twain, L’Oeil d’or, 2013. Traduit par Freddy Michalski, illustration Sarah D’Hayere.
  • Audience captive, Ann Warren Griffith, 2016
  • Pigeon, canard et patinette, Fred Guichen, 2016
  • La montagne sans nom, Robert Sheckley, 2015
  • Faute de temps, John Brunner, 2015
  • Les Retombes, Jean-Pierre Andrevon, 2015

 

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