Condition de travail contre travail

Lundi.am ne raconte pas que de la merde (cf. : Nocturama : La lutte armée OKLM), parfois il sait se montrer de bons conseils en l’occurrence avec Boulots de merde, du cireur au trader. Dans la fournée de lundi 3 octobre #75, on trouvait donc une interview des auteurs : Julien Brygo et Olivier Cyran. Le premier, je le connais à travers le documentaire DSK, Hollande, etc. dans lequel il est montré comment les médias, sous couvert d’objectivité, avantageaient certains candidats durant les élections présidentielles de 2012. Le second, je ne le connais pas et c’est Wikipédia qui m’a fourni son CV : ancien journaliste pour Charlie Hebdo (1991-2001), collaborateur régulier du Monde diplomatique et de CQFD. 
Il est assez marrant de trouver la gauche du « monde diplo » dans les pages virtuelles de lundi.am qui semblait plutôt s’orienter vers le Comité invisible et consort. À force de ne plus regarder la télé, j’ai oublié ce qu’était le pluralisme… 

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Boulots de merde est un recueil de témoignages. On se promène à la Défense avec un cireur de pompes, à Dunkerque avec des chasseurs de migrants, etc. On enchaine les situations misérables de par les conditions de travail que par la nature même du travail.

Assez peu des personnes rencontrées ne s’interrogent pas sur la nature de leurs activités. Désespéré de trouver un emploi, légitimé par l’ensemble de la société dans leur quête, le questionnement sur leurs actions est relégué voir disparait. On découvre où redécouvre les dérogations au droit du travail avec des statuts du type « service civique », travailler à prix modique est apparemment un service à la nation. On n’est pas loin du travail bénévole pour les bénéficiaires du RSA. Le capitalisme est innovant.

Brygo et Cyran ne se limitent pas aux témoignages et tentent de remonter la filière jusqu’au PDG, si possible. On touche à la vulgarité du capitalisme, des PDG payés 20 000 euros/mois avec des employés exploités payés moins de 3 euros de l’heure. Pourtant, ce monde, on ne fait que l’effleurer. Les rencontres avec ces dominants sont vides. Les interviewers s’ennuient. L’absurde nous frappe lorsque l’on rencontre un gestionnaire de portefeuille, fils de communiste qui déclare « aimer son papa », mais il n’y a pas de « poche infini » sous-entendu il n’y en a pas pour tout le monde. On pleurait presque. Aliéné. Désespéré de se retrouver du mauvais côté, c’est-à-dire plus de gens au-dessus de lui qu’en dessous. Un ratio pas toujours simple à atteindre.

Les conditions de travaux des pauvres sont déplorées, on frôle la critique du travail en soi. Il est cependant difficile de critiquer un emploi dont même les salariés non rien à redire en tout cas ne provoque aucun sentiment « d’indignation ». Les distributeurs de prospectus ne semblent pas spécialement outrés de se tuer à la tache alors que leurs bouts de papier finiront dans le caniveau avant la fin de la journée. Ils ne leur semblent pas indignes d’être inutiles sur terre. S’en rendent-ils seulement compte ? Ils sont indignés de ne pas pouvoir vivre « décemment » de cette activité.

L’absurdité du travail ne peut être évitée lorsque l’on est avec les gestionnaires de portefeuille ou de patrimoine. Ces gens savent qu’ils ne font travailler que de l’argent, qui potentiellement servira à la création d’entreprises, mais aucun n’est capable de donner la finalité de leurs activités. Ils tournent en rond. Ces « riches » ne paraissent pas moins abrutis par leur travail. Pourtant, ils s’arrêteraient du jour au lendemain, le monde ne s’effondrerait pas. Il en va de même pour le cireur de pompe ou les distributeurs de prospectus.

Boulots de merde se termine avec les facteurs, un terrain de luttes bien connu des organisations de « gauche ». On est consterné de cet ultime encouragement à défendre des conditions d’un travail absurde. Pourquoi continuer à défendre le travail ? Pourquoi ne pas se rendre compte que cette défense politique du travail justifie et légitime l’existence d’emplois inutiles et nuisibles ? La défense syndicale évacue la question de la nature du travail effectué et s’occupe exclusivement de la forme de son travail : contrats, cotisation, tarif horaire, sic, etc. On se rend pourtant compte que nos gestionnaires de portefeuilles, malgré des conditions de travail honorable, ont une existence vide de sens.

Le livre n’est pas mal en soi. Comme diront certes ça ne fais pas de mal. Peut-être avons-nous eu trop de lutte et de discours, qui ne font pas de mal. Nous permettant de nous glisser dans une société fasciste confortable (pour certains) et propre sur elle.

Boulots de merde, du cireur au trader de Julien Brygo et Olivier Cyran, La Découverte, 2016
18,50€

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