La ligne de couleur

Ce weekend, je me suis rendu au Musée du Quai Branly. En plus d’avoir un billet d’entrée onéreux, le musée a adjoint à son nom celui de notre ancien président : Jacques Chirac. C’est donc encore plus douloureux de s’y rendre. L’exposition The color line qui m’intéressait démarrait plutôt mal puisque le Musée avait été surpris en flagrant délit de racisme juste avant l’ouverture le 4 octobre de ladite exposition. L’objet du délit est un livret pour enfant expliquant que si certains esclaves souffraient de leurs conditions d’autres étaient susceptibles de la trouver « agréable », pour le détail je vous renvoie sur le site Afropunk.
N’écoutant que ma curiosité et bravant les préjugés sur les institutions racistes, j’ai décidé de me rendre sur place.

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Ollie Harrington

Il s’agit sans doute d’une des meilleures expositions que j’ai vu ces derniers temps. Il y a quelques mois, je me rendais au même musée pour l’exposition consacrée au Festival des arts nègres en 1966 à Dakar et je regrettais le manque d’espace dédié au sujet. The Color line bénéficie d’un espace juste, suffisamment grand pour explorer le sujet et suffisamment resserré pour ne pas nous en faire sortir avec un mal de tête.

On commence par un cartoon d’Ollie Harrington, qui nous suivra durant toutes l’exposition. Franchement, je suis tombée amoureuse. Le trait est soigné et percutant. Plein d’humour, Ollie Harrington dépeint le racisme ordinaire. Le monsieur est né en 1912 dans la ville de Valhalla (!) dans l’état de New York. Il étudie l’arts à Yale. Pendant la Seconde Guerre mondiale, il rencontre l’un des responsables de la NAACP (National Association for the Advancement of Colored People). Il travaillera pour le département de relation publique de l’association. Il finit sur une liste du FBI, cette surveillance par le gouvernement le pousse à émigrer en France.

On peut souligner à ce sujet que l’exposition développe un discours flatteur au sujet de la France qui aurait accueilli chaleureuse les artistes africains américains et les auraient moins bridés dans leurs œuvres. On peut légitimement appeler ça se moquer du monde. Il est en effet plus facile d’accueillir des migrants artistes, qui critique un autre pays que le vôtre. On rappelle qu’à cette époque la France est en lutte avec ses colonies. Son racisme est donc en pleine forme.

The color line ne se cantonne pas à l’aspect esthétique. Elle retrace également le contexte politique et les évolutions du mouvement des noirs américains. On traverse donc aussi le racisme dont ils sont victimes : spectacle « Blackface » et les lynchages (100 years of lunching par Ralph Ginzburg publié chez Black Classic Press).

du-bois-infographie-noir-usa-expo-universelle-1900-43On s’arrête un moment sur W.E.B. Dubois, l’un des fondateurs de la NAACP. Une salle est consacrée à ses « infographies » sur les noirs aux États-Unis. Où vivent-ils ? Sont-ils propriétaires ? Etc. (Dispo ici.) Ces graphiques très esthétiques, et pour cause, ont été présenté à l’exposition universelle de 1900 à Paris. On rappelle que W.E.B. Dubois correspond au haut de l’iceberg en termes de lutte pour le droit des noirs. Il avait une approche institutionnelle de cette lutte, une sorte de protolobbyiste, très critiqué dans le livre George S. Schuyler Black no more qui le percevait comme un hypocrite.

La Première Guerre mondiale est à nouveau le prétexte à une valorisation de l’état français. Les soldats noirs américains auraient été mieux traités par les officiers français qu’Américains. Là encore, la comparaison n’était juste pas à faire.

L’exposition nous amène aussi du côté du cinéma, une belle présentation de poster souvent tagué : « all colored cast ».

L’expo remonte le temps en allant vers les artistes contemporains. Elle présente donc cette lutte comme toujours en cours. On constate cependant que les artistes contemporains se démarque moins. Leurs travaux sont plus spectaculaires et semble se fondre dans un art contemporain qui montre beaucoup, mais ne dit pas grand chose.

Sur le chemin, j’ai croisé Richard Wright (12 millions black voices), Jacob Lawrence (The migrant serie), Hale Aspacio Woodruff, Charles Aslton, etc.
Je préfère terminer avec la seule femme de l’exposition : Elyzabeth Cateltt (1915-2012)

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The Color Line les artistes Africains américains et la ségrégation, Musée du quai Branly-Jacques Chirac, jusqu’au 15 janvier
Commissaire de l’exposition : Daniel Soutif
10 boules.

2 réflexions sur “La ligne de couleur

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