Miss Peregrine et les enfants perdus

Profitant de l’actualité cinématographique de la chose, profitant d’une fièvre acheteuse compulsive associée à un désarroi total face à mes lectures précédentes, une plongée dans l’enfance ne pouvait pas me faire de mal.
Lu en deux jours, fait suffisamment rare pour être signalé, on peut dire que Miss Peregrine se lit facilement. Il est possible de ne pas obtenir le même résultat si vous êtes un chiard. Je n’ai aucune prétention à connaitre la jeunesse et ses rapports à a lecture. Ayant vu le film avant lecture, je n’ai pas pu me retenir de comparer, on verra ça à la fin. 

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Miss Peregrine est donc surtout l’histoire de Jacob/Jake et des enfants particuliers. Nous avons compris qu’il ne s’agit pas d’enfants souffrants d’horribles handicaps, mais doués de pouvoir ssurnaturels. Jake a grandi bercé par son grand-père des histoires des enfants particuliers sans savoir s’il s’agissait de la réalité ou non. Suite au décès de son grand-père et au moment où il s’apprête à quitter l’enfance, il est temps d’en avoir le cœur net. Il part donc sur les traces de Miss Peregrine et des enfants particuliers.

L’histoire nous est contée à la première personne pourtant on ne doute pas qu’elle soit écrite par un adulte. Les nombreuses références que cela soit à la Seconde Guerre mondiale ou à des sculptures placent ce livre jeunesse du côté de l’érudition. L’auteur semble postuler que la Seconde Guerre mondiale et le génocide des juifs sont connus de tout enfant qui se respecte, ce dont je ne suis pas sure. Je manque sans doute de confiance en la brillante jeunesse. On trouve également quelques références artistiques qui appellent le jeune lecteur et moi-même à nous intéresser à l’art. Un appel que je n’ai pas relevé par principe. Si un auteur désire que je me pense sur un sujet, il va falloir faire plus qu’une note de bas de page. Ceci n’est que des éléments du décor, évacué par le film pour le meilleur comme pour le pire.

Il existe une littérature jeunesse qui tente d’élever son lectorat. Je pense au Royaume du nord de Philipp Pullman, mais clairement Ransom Riggs n’est pas du tout dans cette catégorie. Il s’apparente plus à des œuvres cinématographiques comme le Labyrinthe de Pan ou Big Fish. Le premier réaliser par Benicio Del Toro nous plongeait dans une fantastique inquiétante forme d’échappatoire pour le protagoniste à la cruauté de la guerre d’Espagne. Le second nous parlait de la difficulté de maintenir sa capacité d’émerveillement une fois plongée dans le monde adulte.

Ransom Riggs semble emprunter cette voie. Les monstres de Miss Peregrine côtoient les monstrueuses nazies. On pourrait croire qu’ils se confondent, mais ce ne sera pas le cas. L’auteur accomplit le désir secret du lecteur en lui fournissant un monde imaginaire réelle. Le fantastique n’est pas une usurpation du réel, il n’est pas une échappatoire, il n’est pas quelques choses en plus qui vous emmèneraient ailleurs. Il est tout simplement au même titre que le monde ordinaire. Pris au premier degré, ce monde particulier est désamorcé de tous potentiels.

Le monde particulier se répartit entre différentes boucles temporelles d’une journée où personne ne grandit. Le quotidien triomphe tant dis que l’inconnu est annihilé. On pense par conséquent à Peter Pan. J.M. Barrie dressait cette un éloge de la jeunesse, mais il laissait la possibilité à ses enfants de grandir et de changer. Wendy effectue un aller et retour. Ransom Riggs présente le monde extérieur comme une source de danger permanente.
Je ne peux m’empêcher d’être déçu par cette présentation du monde. Ransom Riggs offre un voyage où l’on se perd et l’on s’oublie. Il semble pourtant conscient de sacrifices, car il ne manque pas de souligner la folie qui guette ces enfants coincés sous la tutelle rigide pour ne pas dire dictatoriale du faucon.

Pour en venir au film, je ne les départagerai pas. Je crois que les personnages filmiques m’ont plus touché. L’humour y est présent. Pourtant une ou deux choses sont à souligner. Tout d’abord, la judéité des personnages est beaucoup plus ténue sans doute dans le but de créer une œuvre plus rassembleuse. Il est commun de considérer que pour apprécier une œuvre il faut pouvoir s’identifier aux personnages. J’ai donc une pensée pour les petites filles athées de par le monde qui ne doivent pas apprécier beaucoup de films, heureusement, elles ne sont pas nombreuses. Dieu soit loué.

On notera l’inversion de deux personnages dont le résultat me laisse indécise. La copine de Jake dans le livre a le pouvoir de créer du feu, dans le film elle est maitresse de l’air. Je trouve ce dernier choix plus original et nous offre de belles images, mais je ne peux m’empêcher d’y voir une tentative d’adoucir le personnage. Qui voudrait d’une copine qui crache du feu ?

Enfin, le film se plie à la charte du spectaculaire. L’action est donc plus importante, elle a au moins le mérite de sortir les gamins de leur coin paumé. Tim Bruton ne se contente pas de densifier l’action, il complexifie l’intrigue à un point où elle n’a plus vraiment de sens. On s’emmêle autour des voyages dans le temps pour permettre une scène de réconciliation inutile. Là aussi, il s’agit de ne surtout pas frustrer l’audience en cela l’esprit de l’œuvre est tout à fait respecté.

Miss Peregrin et les enfants particuliers, Ransom Riggs, Bayard jeunesse, 2012.
7,20€
Miss Peregrine et les enfants particuliers, Tim Burton, 2016

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