Mesdemoiselles.

La bande-annonce de ce film laissait présager le pire : une noyade dans rencontre esthétique entre le japon du début du 20e siècle et l’Angleterre victorienne. Park Chan-Wook parvient à transformer cette adaptation, a priori grotesque, du roman de Sarah Waters en quelque chose de beaucoup plus plutôt judicieux.

MADEMOISELLE_120.indd

Nous sommes dans les années 30 en Corée. Sook-Hee (Kim Tae-Ri) est engagée auprès d’une jeune héritière, Hideki (Kim Min-hee), comme domestique. Son rôle est d’escroquer la jeune fille, recluse par son oncle dans une demeure au style mi-japonnais, mi-victorien. Le mieux pour profiter de ce film est d’en révéler le moins.

L’esthétique choisit n’est pas si déroutante et prend rapidement sens. Notre jeune héritière se trouve sous le joug son oncle par alliance qui se trouve être coréen. La Corée est à ce moment-là de l’Histoire un protectorat du Japon (1905-1945). La fascination de cet homme pour la culture d’empires colonisateurs est tout à fait édifiante. Il est lui-même prisonnier de son statut de colonisé, vivant dans le mythe d’incarner un jour le dominant japonais. D’ailleurs, son plan est déjà en marche puisqu’il a prévu d’épouser sa nièce japonaise.

Il est contré dans ses projets par l’arrivée de Sook-Hee, elle-même perturbée dans ses plans par son attraction pour sa maitresse. Park Chan-Wook nous déroule la naissance d’un amour imprévu. Les scènes érotiques ne sont pas sans rappeler celles que nous avions déjà vu dans La vie d’Adèle, comme s’il n’existait qu’une forme de combinaison dans les relations sexuelles lesbiennes. On remercie tout de même Park Chan-Wook d’être un meilleur réalisateur qu’Abdel Kechiche ou tout du moins de respecter son spectateur ainsi on n’entre pas dans le voyeurisme. Sook-Hee et Hideko vivent un amour salvateur. Il est la source de découverte pour l’une comme pour l’autre allant de l’amitié à la liberté de vivre en-dehors du jour masculin.

 Une adaptation, forcément, plus classique avait déjà été livré du roman de Sarah Waters (Du bout des doigt/Fingersmith) par la BBC en 2005. J’y jetterai peut-être un œil. Quant à Park Chan-Wook, je l’avais déjà croisé avec Stoker (2013) et Thirst, ceci est mon sang (2009). Ni l’un ni l’autre ne m’ont laissé de souvenir.

Mademoiselle, Park Chan-Wook, 2016

4 réflexions sur “Mesdemoiselles.

  1. Je viens justement de voir ce film, plus influencée par Tumblr qu’autre chose (il est portée aux nues sur ce réseau social). J’ai aimé l’intrigue, le découpage, la folie autour des livres et les décors, grandioses et étouffants à la fois, à l’image de cette bibliothèque privée immense mais menaçante dans sa structure.

    J’ai trouvé l’histoire d’amour adorable. Par contre, je suis sortie frustrée à cause de cette promesse de sensualité qui revenait si souvent quand j’en entendais parler et qui fait défaut à la chose selon moi. Pas tout le temps, je retiens deux beaux passages, dont une mise en parallèle des femmes montrant leur similitude qui était très bien construire et qui pose les base du jeu scénaristique de l’histoire (qui aurait pu cependant être plus douce et délicate). Mais franchement, je n’ai pas vu beaucoup d’homme filmant des lesbiennes de manière réellement, délicatement sensuelle (seul Peter Strickland dans « The Duke of Burgundy » y est arrivé pour moi).

    L’innocence de l’amour des protagonistes face au milieu dans lequel celui-ci est né crée un beau contraste, mais j’ai préféré le jeu trouble du réalisateur dans « Stoker » qui, pour ma part, m’aura plus marqué que « Mademoiselle » (même si je lirai le roman du coup).

    J'aime

  2. Mademoiselle passe de la relation amicale/amoureuse à l’érotisme sans passer par la case sensualité, à moins de considérer la scène de raclage de dent comme sensuel^^.
    Je n’ai jamais vu The Duke of Burundy et il est sans doute temps d’y remédier.
    Je regarde si peu de souvenirs de Stoker que je pourrais bien le revoir aussi.

    J'aime

    1. « The Duke of Burgundy » est un film que je qualifierai d' »ASMR », si jamais tu connais. Il joue extrêmement sur les sons, les gestes, la création d’un étrange univers à la fois BDSM et si innocent que l’ensemble est déroutant. Et il présente un monde exclusivement féminin sans qu’aucun discours ne soit tenu sur la chose. Maintenant, justement, si l’on n’est pas sensible aux mêmes « triggers » qui titillent le réalisateur, peut-être que la chose ne troublera pas. La bande annonce est un bon indicateur du plaisir que l’on peut prendre à l’étrange sensualité sonore du film, si jamais (https://www.youtube.com/watch?v=P-xIMBnclyA).

      Pour revenir à « Mademoiselle », je suis d’accord. Le raclage de dent a été sensuel pendant 30 secondes. C’est déjà ça. ^_^

      C’était la relation entre la jeune fille et son oncle qui m’avait troublée dans « Stoker ». Ça et la photo, la manière dont le réalisateur joue avec nos nerfs aussi. Comme quand la jeune fille va à la cave et fait basculer la lampe, superbe scène qui m’est restée en tête. Ce n’est pas un film parfait, il manque quelque chose pour qu’il soit vraiment marquant, mais il réussissait plus à troubler que ce « Mademoiselle » que j’ai envie de classer dans les romcoms de par l’innocence de la relation amoureuse (ce qui n’est pas dépréciateur, j’aime les romcoms)(je m’attendais juste à autre chose ici).

      J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s