Le problème…

Le problème à trois corps n’est pas une réussite. C’est un roman raté dont la médiocrité de l’écriture rend la lecture pénible. Cependant, les romans ratés ne sont-ils pas le plus intéressants ?

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Le problème à trois corps s’ouvre durant la Révolution culturelle chinoise. Un moment historique pénible où le pays a sombré dans la guerre civile et permis à Mao Zedong de reprendre le pouvoir en évacuant toute forme d’opposition. Les opposants au sens étendu du terme sont traqués. Le père de Ye Wenjie est exécuté sous ses yeux par les Gardes rouges au motif que ses théories scientifiques sont contre-révolutionnaires.

On retrouve Ye Wenjie quelques années plus tard payant pour les « crimes » de son père. Elle se trouve accusée d’avoir lu « Printemps silencieux ». Après quelques recherches, Wikipédia mon ami, ce livre se trouve être l’œuvre de Rachel Carson, biologiste. Best-seller publié aux États-Unis en 1963, il dénonce l’usage des pesticides et a eu un rôle important sur les mouvements écologistes.

Or, la Chine est en pleine industrialisation. Son gouvernement ne veut pas entendre parler d’écologie encore moins se lancer dans une introspection critique de ses méthodes. Tout l’enjeu du roman se trouve là, partagé entre une vision toute puissante de l’humanité et une partie consciente de sa force auto-destructrice.

Nous quittons Ye Wenjie et effectuons un bon temporel d’une quarantaine d’années dans le futur pour rencontrer Wang Miao, spécialiste en nanomatériaux. Il est approché par les autorités pour les aider à résoudre une série de suicides parmi les scientifiques, membres d’une association Les Frontières de la Science.

On alterne entre ces deux narrations et quelques autres. La cohérence et la fluidité du récit ne semblent pas avoir été une grande préoccupation de Liu Cixin. Ye Wenjie est le seul personnage à bénéficier d’une vraie « histoire », on connait ses sentiments, sa famille, etc. Les autres sont tous des pantins sans vie.

Liu Cixin s’acharne plutôt à nous entrainer d’expérience scientifique en expérience scientifique, par le truchement du jeu vidéo ou par celui du complot international qui conduira, peut-être, l’humanité à sa perte. Certaines se révèlent plutôt réussies, car elles ne s’enferment pas dans un exposé aride, d’autres sont de vrais poids lourds pour le récit. Le problème, soyons claires, ne réside pas dans l’intelligibilité du propos, mais bien dans son insertion dans le récit. Dans Le problème à trois corps, le lecteur rencontre de nombreux trous noirs d’explications scientifiques sans charme et sans beauté.

On comprendra que d’un point de vue littéraire, ce roman ne remportent pas mes suffrages. Je me suis donc penché sur ce que Liu Cixin pouvait bien avoir à nous dire. Pourquoi lier son histoire à la Révolution culturelle et jouer avec la censure qui s’exerce dans son pays ?

L’auteur nous présente une histoire malhabile, mais pourtant maligne. Leu jeu sur les concepts des sciences dures sont un beau spectacle, mais Liu Cixin ne s’en contente pas. Il y a dans Le problème à trois corps également un jeu sur les concepts des sciences sociales et un discours politique.

Ye Wenjie est une dissidente. Cela n’est pas son choix. Sa réputation est entachée par les « crimes » de son père, par une mauvaise rencontre… En lisant « Printemps silencieux » elle s’engage dans une voie celle de l’écologie, celle de la critique du développement industriel, celle de la remise en question des œuvres de l’humanité et sa condamnation. Cette idéologie atteint son apogée dans ce que Liu Cixin nomme le « communisme anti-spécisme ». Ce questionnement, très populaire dans nos sociétés occidentales, la conduit à sacrifier l’humanité. La morale transmise par l’auteur est très claire : qui a fauté fautera. Il justifie également la condamnation de toute forme critique puisque celle-ci dérive toujours vers l’extrémisme destructeur. Les personnes critiquant l’humanité, prise comme une entité unidimensionnelle, sont également ceux qui ne l’aiment pas et lui veulent du mal. On apprécie la scène de réhabilitation des Gardes rouges. Ces derniers ont en effet servi à commettre le sale boulot de la République populaire de Chine vu par Mao Zedong avant d’être eux-mêmes limogés pour leurs excès.

On comprend mieux comment Liu Cixin a franchi avec succès les barrières de la censure chinoise. Un problème à trois corps nous déroule un éloge de l’humanité industriel. Toute puissance, celle-ci ne peut que vaincre.
La presse généraliste française s’est également fendue de quelques articles bienveillant sur cette oeuvre saluant sa subversivité (Le Monde) ainsi que l’entrée de la Chine dans la course aux technologies. Le Point nous rappelle que Le Problème à trois corps s’est vendu à plus d’un million d’exemplaire. Il va être très difficile pour la France d’égaler cette performance.

Enfin, il est étrange que ce livre ait été aussi bien accueilli par le public français amateur de SF, car son discours me parait très opposé à la tendance actuelle incarnée par des auteurs comme Paolo Bacigalupi.

Le problème à trois corps, Liu Cixin, 2016

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