Les animaux pas fantastiques

J’ai grandi avec Harry Potter. J’ai fusionné avec cet univers à une certaine époque. Je me suis vu à Poudlard. Avec le temps, l’âge, la maturité, j’ai appris à prendre de la distance avec cette œuvre. Les personnages féminins sont peu satisfaisants. Cette vénération du professeur correspond assez peu à mon expérience et je pense que c’est pour le mieux. Malgré tout, l’univers d’Harry Potter gardait son pouvoir envoutant.

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Les Animaux (pas) fantastiques ont achevé le mythe. Tout débute, comme annoncé depuis un an, par l’arrivée d’un sorcier britannique, Norbert Dragonneau, en territoire Yankee. Celui-ci perd ses animaux, échappés de sa valise. Je n’avais pu m’empêcher de faire le parallèle avec la boite de pandore. Erreur. Trois animaux et demi vont s’enfuir. Tous plus mignon les uns que les autres. Le film commet, à mon sens, la faute de ne jamais s’intéresser à eux. Nous ne les suivons pas. Nous suivons ce sorcier juste suffisamment maladroit pour agacer et jamais pour faire rire. Une demi-heure de film passe avant qu’il n’ait l’idée de sortir sa baguette. La caméra filme de loin ses bestioles et nous n’entrons jamais en empathie avec elles. Elles ne servent que de prétexte aux gags, à occuper le spectateur pendant les trois quarts du film et sans doute à lui refourguer quelques goodies made in Bangladesh.

Le rapport à la magie est littéralement embarrassant. L’intrigue ne se trouve pas dans l’univers clôt et protégé de Pouillard où la sorcellerie est commune. Nous nous trouvons à New-Yok dans les années 20. Les sorciers sont invités à se faire petits, car leur existence a beau être inconnu du grand public, celui-ci la réprime. Le système de magie inventée par J.K. Rowling rend donc les magiciens tout puissants dans ce monde. Or s’ils font usage de leurs pouvoirs, les enjeux du film disparaissent.

En suite, le film semble faire face à un lissage désamorçant toute dramatisation. La ville de New York est retournée sens dessus dessous, à la fin on compte un mort sans aucune trace de sang. C’est en soi une erreur, il y en a au moins deux à l’écran. On est également perplexe devant ces adultes qui se comportent comme des enfants : bouché béante devant les créatures. Cet émerveillement apparait étrange et pour cause, il sort de nulle part. On n’est pas touché par un adulte la bouche à moitié ouverte devant un animal mi serpent — mi-oiseaux, comme les deux tiers des animaux imaginés par Rowling.

Les personnages sont inexistants. Ils sont balancés dans l’intrigue extraordinaire de la traque d’un pickpocket de 20 cm de haut. Lorsque Tina Goldstein, ex-aurore, débarque devant ses supérieurs, tous sont surpris et embarrassés de la voir. C’est le seul moment où je suis rentrée en empathie. Ce personnage est embrassant d’inutilité. Visiblement, aucune place dans le scénario ne lui a été destinée à part être incarner le faire-valoir amoureux de Norbert Dragonneau, aussi charismatique qu’une carpe. Il nous reste le boulanger et la sœur, ces deux-là sont les moins ennuyeux bien qu’un ramassis de clichés.

Enfin, atteignons le cœur du drame. Ce film a eu l’amabilité de tisser une deuxième intrigue en parallèle de la quête des trois animaux et demi échappés, avec ça, le réalisateur ne tenait qu’une heure et demie de film. Il existe donc une chose qui terrorise la ville en cassant des briques et creusant des tranchées sur les routes, sans faire couler le moindre sang. La circulation à New-Ork dans les années devait être beaucoup, beaucoup, beaucoup moins dense que de nos jours… Cette chose est un enfant ou plutôt son ami imaginaire qui a mal tourné. Pour cause, ledit enfant est victime de maltraitance élevée par une mégère sortie tout droit de la « Manif pour tous ». D’un côté, nous avons le méchant qui souhaiterait le détourner à son profit. Comment ? On ne sait pas. De l’autre, les gentils désirent l’annihiler. Comment ? C’est déjà plus facile à imaginer. Je me permets d’ajouter qu’à la fin les gentils gagnent et je vous laisse imaginer le sort du gamin.

J’aimerai savoir comment la littérature et le cinéma jeunesse en sont venus à préconiser la mort des enfants inadaptés et/ou rejetés.

Je me contenterai de rappeler qu’Harry Potter était également un enfant maltraité ne maitrisant pas son pouvoir, ce qui a entrainé la mit en danger à plusieurs reprises d’être humain. Ayons une pensée pour la Tante Marge. A cette époque, les années 90, cela faisait les rires : les fugues des Dudley, l’école buissonnière du trio infernale, la relâche d’animaux sauvages au zoo, etc.

Cela me fait penser à la guerre des boutons, je ne l’ai jamais vu ni l’original ni les « remakes », je ne l’ai jamais lu, mais j’ai entendu parler de cette réécriture « Lebrac, trois mois de prison » publiés en 2009 par Bertrand Rothé. L’auteur reprend les conneries commises par les gamins de la guerre des boutons et imaginées aujourd’hui comme elles seraient reçues. La réponse est dans le titre.

Il s’est déroulé dix ans entre la publication d’Harry Potter à l’école des sorciers et la sortie des Animaux fantastiques. Le message moral de J.K. Rowling et des producteurs a, semble-t-il, bien changé. Après avoir vu et lu Miss Peregrine, je dois dire que je me sens un peu inquiète de ces messages réactionnaires disséminés dans une enveloppe brillante et sucrée.

Je glisse ça, là, histoire de dire que cette chronique des Animaux (pas) fantastique m’aura permise d’évoquer au moins une chose intéressante.

Les Animaux fantastiques, David Yates, 2016

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