Dansmoncanap#2

Une cuvée : merdouilles de Noël.

039823  Du jeu vidéo aux films : (Assassin’s creed, Justin Kurtzel & Warcraft, Duncan Jones, 2016) : Je n’ai pas vu Assassin’s creed dans mon canapé, mais je n’allais certainement pas lui dédier tout une chronique. Le récit est simpliste, mais tellement mal présenté qu’en effet on met plusieurs minutes à comprendre. Il faut dire que nos personnages sont particulièrement stupides. L’intrigue est la suivante. Marion Cotillard propose de « supprimer le libre arbitre des gens pour réaliser la paix sur terre », Michael dit « okay » et puis se ravise 20 minutes avant la fin. Le film n’est pas beau, les scènes se déroulant dans le passé, Séville, 1453, sont toutes parasité par une brume épaisse. Il ne s’y déroule que des scènes de combats. C’est vrai que l’inquisition espagnole n’est pas une période très intéressante.

574116Pour ce qui est de Warcraft, auquel je n’ai jamais joué, je l’ai trouvé plus réussi ou moins raté. On voyage à l’intérieur de l’univers. Le scénario se donne la peine de mettre en scène un peu plus que deux personnages. On notera que Travis Fimmel aka Ragnar Lothbrok ne parvient pas à se défaire des tics de son personnage de Viking.

Alice de l’autre côté du miroir, James Bobin, 2016

Sans intérêt et moche.


The Danish girls, Tom Hooper, 2016

Par bien des aspects, The Danish girls se révèle bien plus misérable que les films précédemment cités. Nous avons face à nous une merveilleuse démonstration de falsification.

Einar Wegener (Eddie Remayne, Les Animaux fantastiques) est un peintre marié à Gerda Wegener/Gottlieb (Alicia Vikander, A Royal Affair). Ennuyé par les mondanités, Einar Wegener décide de se rendre déguiser à une énième sauterie où il est de bon temps de se montrer lorsque l’on est un artiste. Il se prend au jeu, aux grands dames de sa compagne. Au fil du temps, il devient impossible pour Einar de cacher sa transsexualité. Lili Elbe est née.

C’est avec autant de subtilité que le réalisateur du Discours d’un Roi nous présente l’histoire de l’une des premières personnes à subir une opération de changement de sexe. Cet aspect n’est abordé que dans la dernière partie. Toute l’intrigue se joue autour de Gerda, comment va-t-elle faire face et accompagner son compagnon au travers de sa transformation ?

Le désir d’Einar de se transformer en femme est démontré par son gout des tissus et des poses maniérées des femmes de l’époque. Sa volonté de changement de sexe est présentée comme une évidence. Elle a été la deuxième patiente à subir cette opération dans l’histoire. Elle pourrait exprimer quelques doutes sur son succès. N’était-ce pas de la folie ? Je précise la folie n’est pas dans la volonté de changer de sexe, mais de réaliser cette opération. Hooper se pose assez peu de questions. Il ne s’en posait pas non plus en mettant une scène un monarque combattant son béguèment pendant que les juifs, les homosexuels, les handicapés, les communistes défilaient dans les chambres à gaz.

359378D’ailleurs, on ne parle jamais assez du nazisme, quand se déroule donc l’opération de changement de sexe de Lili Elbe ? 1930. Par qui ? Dr Kurt Warnekros, membre du Parti nazi. On aurait pu également se poser la question : dans quelle mesure Lili Elbe n’a pas été le cobaye de ce chirurgien ? Plusieurs aspects sont passés sous silence : la médiatisation de l’affaire. En effet, la transsexualité de Lili n’était pas tenue secrète. De plus, sa femme, Gerda est soupçonnée d’avoir été homosexuelle. Le film fait complètement l’impasse sur cette hypothèse préférant en faire une bonne épouse fidèle malgré la tentation et la raison. La phrase de fin m’a fait hurler : elle continua de dessiner Lili. Non. Elle se remaria avec un homme, son style « art déco » tombera en désuétude. Gerda Gottlieb est morte à 54 ans dans l’isolement et sans doute l’alcoolisme.

Pour Tom Hooper, voilà, une formidable histoire d’amour, de dévotion et de résilience.

On soulignera qu’un autre film de falsification est sorti cette année : La Danseuse (Stéphanie Di Giusto), qui transforme son personnage principal, la chorégraphe Loie Fuller (Soko), en hétérosexuel.

La jeune fille sans mains


C’est complètement par hasard que je pris connaissance de l’existence de La jeune fille sans mains. Dit comme ça, c’est assez rebutant. L’affiche n’est pas très engageante. Il a été présenté dans le journal de la culture du jeudi 15 décembre comme un contre poing à Ballerina, là, j’ai tendu l’oreille. Film indépendant, héroïne féministe… Je prends. 

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La jeune fille sans mains
est d’abord un comte des frères Grimm. Certainement pas le plus connu, mais vous trouverez sans difficulté le texte sur l’internet. L’histoire est assez simple. Un meunier dans a misère passe un pacte avec le diable. Il échange « ce qu’il y a derrière son moulin » contre de l’or. Pas de bol derrière le moulin, à ce moment-là, se trouve sa fille. Quand le Diable vient chercher son dû, il ne peut approcher la jeune fille, qui est trop pure.

Sébastien Laudenbach prend en charge la réalisation, mais aussi le dessin. Cette adaptation est entièrement dessinée. C’est par le mouvement que les dessins vont prendre sens. L’esthétique épurée invite le spectateur à combler les trous.

1280x720-hxcLe réalisateur nous propose tout de même une histoire engagée, c’est-à-dire que l’on ne peut pas trop se tromper sur l’interprétation que S. Laudenbach fait du conte. L’amorce de départ est détournée au profit de l’histoire de la construction d’un personnage, la jeune fille. Celle-ci va être contrainte d’apprendre à devenir autonome. Dans le conte, la perte de ses mains la condamne à la mendicité.

la-jeune-fille-sans-mainsDe plus, de nombreux éléments sont rajoutés pour inscrire cette princesse en devenir dans une réalité pragmatique. Cela tranche avec le trait, mais aussi avec la dynamique du conte. On peut dire que l’une des caractéristiques des contes est l’usage de symbole. On peut penser à la pomme rouge que croque Blanche-Neige. Ces symboles permettent plusieurs niveaux de lecture. Sébastien Laudenbach a plutôt choisi de ne pas s’embarrasser de tout ça et maintient son histoire à un niveau littéral. Ainsi au cas où le déroulement de l’histoire n’aurait pas suffi aux spectateurs pour comprendre que nous n’avions pas affaire à une banale héroïne de conte de fées, le réalisateur nous le met sous le nez. C’est un choix qu’il assume. Je le regrette un peu, car son récit perd de sa puissance, à mon sens.

Prix du jury au Festival international du film d’animation d’Annecy

La jeune fille sans main, Sébastien Laudenbach, 2016

Je suis la reine ou pas

Je poursuit ma découverte des oeuvres d’Anna Starobinets en revenant au tout début avec son recueil de nouvelle Je suis la reine publié en 2013 aux éditions Mirobole. C’était la première oeuvre publiée par cette maison d’édition, qui a très vite déclinée avec des textes plus anecdotiques (Comment j’ai cuisiné mon père, ma mère et retrouver l’amour S.G. Brown ou L’autre ville de Michal Ajvaz). J’ai pour le moment fait l’impasse sur Les Furies de Boras de Anders Fager. 

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Ce recueil tourne autour de thématiques similaires, je dirais l’enfance, l’identité et les trucs dégueulasses. Les personnages de Starobinets baignent dans un environnement amer. Ils sont souvent malheureux. Les maris sont régulièrement infidèles au milieu de ça se développe l’horreur.

Toutes les nouvelles ne se valent pas. Certaines m’ont donné un effet de déjà vu, notamment L’Agent. J’attend est  une banale histoire d’obsession.

La nouvelle la plus marquante pour moi est celle des Règles, je pense pour sa sobriété. La nouvelle titre Je suis la reine apparait comme une compilation de toutes les autres dont je me permet de lui reprocher son caractère trop explicatif.

Enfin, je suis un peu embarrassée par cette lecture. Le recueil d’Anna Starobinets est efficace et en cela je pense qu’elle nous emmène là où elle le désire. Cependant, au milieu de la lecture, je n’ai pu m’empêcher d’être traverser par cette hypothèse. La Russie dépeint par l’auteur est terne, tout le monde y est marié ou divorcé, occupe un emploi pas suffisamment remarquable pour être mentionné. Sauf celui de journaliste, je pense qu’il y a une corrélation avec l’occupation de l’auteur en dehors de ses heures d’écritures. Les enfants ne sont pas maltraités, mais clairement ne vivent pas une enfance joyeuse. Dans ce quotidien de famille moyenne, il apparait évident que rien ne va se produire. Aucune aventure ne viendra toquer à la porte. La seule chose disruptive est donc l’horreur : la pourriture qui prend vit, les insectes envahisseurs, les enfants qui se transforment en monstres. On voit, là, les thématiques bourgeoises (hygiènes et descendances) subitement se transformer en cauchemar. Ce n’est pas drôle, ce n’est pas critique. Voila d’où peut provenir le frisson de ces « gens-là » dans la réalisation de fantasmes scabreux. Comme disent certain, le fait divers fait diversion.

Je ne voudrais pas condamner tout un genre que je ne connais pas.  Je pense que cette idée m’est venu durant cette lecture précise car l’auteur manque de messages. Il me semble devoir me creuser la tête pour trouver matière à réflexion autour de cette oeuvre. Je suis la reine s’apparente à un divertissement pour ménagère qui souhaiterait se faire peur avec les petites choses du quotidien : la pourriture dans ce plat oublié au fond du frigo, le nid d’insectes autour du paquet de bonbon, cet enfant qui change sous vos yeux et que vous ne comprenez plus etc… Je ne suis pas pour condamner au bucher tous les divertissements, celui-ci peut-être moins que d’autres. Cet auteur a le don de jouer avec des sujets qui m’intéressent, mais pour n’en faire rien d’autre. Le Vivant souffrait de ce même « mal », le roman jouait à nous faire peur avec les réseaux sociaux, dérivait vers un complot abscons et se terminait sur une pirouette.

Au sommaire :
Les règles
La Famille
J’attends
Je suis la reine
L’agent
L’éternité selon yacha

Je suis la Reine, Anna Starobinets, Mirobole, 2013
Traduit du russe par
Raphaëlle Pache
19€

Promenons-nous Au fil du rail

J’ai rencontré les Éditions du Sous-sol cet été avec Nellie Bly. Les Hobos, j’en ai entendu parler quelques années plutôt à l’université dans une cour d’anthropologie. Cette année, les Editions du Sous-sol ont publié pour la première fois Au fil du rail du journaliste américain Ted Conover.

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Au fil du rail, nous raconte la première enquête du journaliste américain Ted Conover, alors étudiant. Ils décident donc de les rejoindre pendant quelques mois. Au cas où, tu ne le serais pas le Hobo est un vagabond qui resquille dans les trains, vit du travail saisonnier, des bons alimentaires et de la bonne charité chrétienne.

La figure du Hobo, plutôt que le Hobo en lui-même, a exercé une certaine fascination. Des chansons ont été écrites à son sujet et quelques livres : Sur la route de jack Kerouac a semblé-il contribué à nourrir le mythe. Ce personnage fait figure d’homme libre, libéré de toute contrainte bourgeoise (famille, travail etc.), d’aventurier puisqu’il parcourt les États-Unis d’Amérique en train. On rappelle, au cas où, que le train et la conquête de l’Ouest a nourri fortement l’imaginaire américain. Ce n’est peut-être pas pour rien que Westworld a décidé de dérouler son scénario dans le scénario dans un western.

Très honnêtement, Ted Conover nous avoue sa fascination enfantine pour les Hobos et son désir de « bruler le dur ». D’ailleurs, ce livre de « non-fiction » est sans doute plus intéressant de ce qu’il nous dit de la difficulté d’intégrer un groupe hors-norme que de cette norme en particulier.

Les Hobos que nous rencontrons sont des âmes en peines pour le dire poliment. Alcooliques, ils errent de ville en ville sans destinations et avec des projets, qui paraissent tout à fait réalisable à notre journaliste et pourtant ne se réalisent jamais. La raison n’en est pas l’échec, mais les changements de plan continuent de ses camarades. Comme il finit par le comprendre, le Hobo agit au présent : où dormir ? Où manger ? Quel train ? Ils manquent régulièrement les arrêts et parfois se perdent.

Le grand drame de Ted Convoyer est de ne pas se trouver de compagnons de route. En effet, les Hobos ne forment pas une communauté. Ils ont biens des lieux et peut-être même un système de fonctionnement relativement similaire, mais ne créent pas d’affecte. L’auteur butte là-dessus durant de nombreuses pages. Comment ses camarades Hobo peuvent-ils se quitter sans au revoir après avoir passées des semaines à vivre ensemble en continu et traverser des milliers de kilomètres ?

Le second point qui va accaparer notre jeune reporter est sa capacité à retourner à sa vraie vie. En fait, Ted Conover va effectuer de nombreux aller-retour en séjournant quelques jours chez des amis. Ils en profitent pour reprendre forme humaines et bénéficier d’un peu de la convivialité d’être entre amis. Il aurait été intéressant que l’auteur retourne sa réflexion sur lui-même ou tout du moins sur sa société, la nôtre, en se demandant quel sens les sociétés contemporaines donnent-elles à l’amitié?

Chaque aller-retour rappelle à Conover qu’il n’est pas perdu pour la cause et qu’il pourra s’intégrer dès qu’il le souhaitera à cette société qu’il fait semblant de quitter. Le monde des Hobos se révèle beaucoup moins romantique que prévu. Sa découverte de la liberté des Hobos est peu ragoutante, car ils rencontrent des hommes esclaves de leurs besoins primaires. Ted Conover nous expose une population qui n’est pas tant à la marge que rejeté et prisonnière. En effet, les Hobos ne sont pas dans la position de faire demi-tour et de s’intégrer. Ils ne sont même pas en capacité de « profiter » de leur liberté. Ils apparaissent excessivement soumis, à leurs besoins comme on l’a dit, mais aussi à toutes les aides sociales mises en place. Régulièrement, les Hobos se rendent dans des établissements religieux où ils sont victimes de chantage : si vous n’écoutez pas le sermon, vous n’aurez pas de place pour dormir. Les travaux journaliers auxquels ils peuvent postuler, en étant à peu près sûrs de ne pas être refusés, sont des esclavages purs. Cela n’empêche pas l’un des amis de Ted, qui s’est joint au voyage, de juger les Hobos ingrats et peu reconnaissants du travail des missions.

Au fil du rail entre dans la catégorie de ce que l’on nomme « non-fiction », c’est-à-dire qu’elle ne raconte pas d’histoire mais assume tout de même une filiation à la littérature. L’idée, me semble-t-il, est de ne rien raconter sans que cela ne soit une torture pour le lecteur. Au Fil du rail ne raconte en effet pas grand chose, c’est le but. Ted Conover tente de saisir la banalité de la routine du Hobo. Comment se disent-ils bonjour? Comment font-ils pour manger? Etc… A cet exercice Ted Conover excelle. Il faut dire qu’il y a clairement une dimension roman initiatique dans son oeuvre. Nous partons à l’aventure avec un jeune étudiant qui n’est même pas encore diplôme. On apprend sur lui autant que l’auteur en apprend sur lui-même. Ca ne remplira pas une oeuvre romanesque, mais très clairement une oeuvre sociologique. Les Hobos agissent comme le miroir de Ted Conover, qui se trouvent être un américain moyen. Il est blancs et ses parents gagnent suffisamment d’argent pour lui payer des études supérieurs. On peut regretter un manque d’analyser ou de distance de la part de l’auteur, mais comme il le dit lui-même dans la préface il était jeune et naïf.

Ted Conover est devenu un habitué de la non-fiction et du travail d’infiltration. Trois ans après « Rolling Nowhere: Riding the Rails with America’s Hoboes », titre original d’Au fil du rail, il a passé la frontière mexicaine avec des sans-papiers. Cet intérêt pour les migrants est prégnant dans son travail sur les migrants. Il développe l’hypothèse que les migrants mexicains sont les nouveaux oboes. Le racisme des bobos bancs est très marqué. Les migrants sont traités comme des parias au sein des parias, car ils attirent la police…

Toutefois, l’autre travail de Conover qui m’intéresse le plus est celui sur la prison puisqu’il a réussi à se faire engager à Sing sain ce qui a donné un livre publié en 2001 : Newjack: Guarding Sing Sing.

Sur les Hobo, je poursuivrai bien en lisant le travail du sociologue : Nels Anderson Le Hobo. Sociologie du sans-abri édité chez Nathan en 1993. Rien à voir avec les Hobo, mais l’auteur cite abondamment dans la dèche à Paris et à Londres de George Orwell publié par champ Libre en 1982. Je crois qu’il est temps.

Au fil du rail, Ted Conover, Editions du sous-sol, 2016 (1984 aux USA)
Traducteur : Anatole Pons
22€

Mauvais genre : De la déviance en veux-tu? En voila.

bside_mauvais-genreL’exposition Mauvais genre m’avait interpellé pour son sujet casse-gueule : les corps déviants. Elle était exposée dans la galerie privée d’Agnès B. Cette dernière ne m’évoquait jusque là que le maquillage et les vêtements. C’est un personnage plutôt consternant sur lequel je ne m’attarderais pas. En tout cas, la dame s’est octroyait un bel espace rue Quincampoix dont l’entrée est gratuite ce qui laisse songeur sur le modèle économique de l’entreprise. Passons. 

Elle abritait pendant un peu plus d’un mois la collection de Sébastien Lifshitz, réalisateur français. Ce documentariste s’intéresse aux marges depuis un moment. Il leur a consacré plusieurs films dont Les invisibles (2012 — César 2013 du meilleur documentaire) et Bambi (2014). Sa collection se compose de photographies chinées de-ci de-là. Elle avait été exposée aux rencontres d’Arles, petite sauterie estivale dédiée à la photographie.
Loin d’être un amas épars de photographies vintages, Mauvais genre se révèle être un témoignage structuré sur les jeux possibles avec les corps.

mg015-1On démarre avec des photographies du XIXe siècle où les hommes se parent des attributs de l’autre sexe. Très vite, on observe que ce travestissement ne concerne pas que le vêtement, mais aussi une attitude, des gestes et des manières d’êtres. L’exposition remonte le temps et explore les milieux. Nous parcourons les coulisses des cabarets burlesques, plutôt que de charme. Nous quittons rapidement la scène et le jeu pour passer en coulisse et aux sentiments. Dans Mauvais genre, il y a d’abord le travestissement comme déguisement, qui malgré sa portée subversive reste réversibles. Les cabarets burlesques sont certes gênants, mais ils sont aussi la soupape de sécurité dans lequel il est possible d’être autre, un espace déviant autorisé par la bonne société.

La collection de Sébastien Lifshitz ne veut pas s’arrêter là. Elle nous emmène au-delà du spectacle ses vies qui se créent dans un autre genre, qui créent d’autres couples. Ces photographies se font politiques au moment où elles montrent d’autres formes de vies revendiquées comme telles. Lorsque les couples homosexuels, lorsque les travestis quittent la scène pour revendiquer leurs places dans le quotidien de la bonne société.

mg040-1L’exposition se conclut sur les universités non mixtes dans lesquels les jeunes filles organisaient des répétitions de leurs mariages. N’ayant pas d’hommes sous le coude, certaines tenaient le rôle du mâle. Le commentaire de l’exposition y devine des amitiés féminines pas très catholiques. Il est vrai que ces photos se prêtent facilement à l’interprétation. Ces célébrations étaient par ailleurs très mal vues de la part des directions d’établissement et de l’Église.

Mauvais genre impressionne par la structure de son propos. Le commentaire fait preuve d’intelligence et accompagne utilement les photographies. C’est suffisamment rare pour être souligné.

Cette exposition ouvre à la méditation, si l’on peut dire. Je fais assez peu le lien entre les courants burlesques et le féministes sans raison véritable jusque là. Je crois que le premier me parait être un monde à part, en dehors, tandis que les courants féministes ont pour but d’entrer par effraction dans la société des hommes. En regardant, cette exposition, je me suis demandé si les premiers n’avaient pas « plus raison » en tout cas était plus en adéquation avec ma propre approche du politique et des corps. J’aime dans le burlesque l’idée d’interchangeabilité. J’aime qu’il s’assume comme un spectacle, une marge installée, tout en sachant bien que ces dernières sont appelées à déborder.

rsz-mg-083-1Les marges au sens Beckeriens du terme (Outsider, 1863) me font l’effet des panneaux « Issus de secours » que j’emprunterais avec plaisir. Tandis que le féminisme me fait l’effet de chercher une place, d’aménager des endroits pour nous y mettre, nous les femmes. Il force le moule, mas ne le brise pas. Les photos des étudiantes répétant leurs cérémonies de mariages sont certes touchantes, mais elles me font aussi froid dans le dos. Car elles ne font que reconstituer le monde extérieur à leur sauce. Il en va de même pour Bambi, qui passe d’homme à femmes et sa transformation, si longue et semée d’obstacles soit-elle, m’apparait, à travers ces photos, comme la transition d’une norme vers une autre.

Le Burlesque se montre plus intangible. Enfin, c’est peut-être une projection de ma part. En tout cas cette exposition m’a donné matière à réflexion.

Mauvais genre, Collection, Galerie du jour Agnès B, du 4 novembre au 17 décembre. 

Le Gang des Antillais : Des braquages et de la lutte

Le Gang des Antillais bénéficie d’une belle affiche qui le ferait passer pour un énième film de gangsters. Jean-Claude Barny emmène son film un peu plus loin que ça. 

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Tout d’abord, il s’agit d’une adaptation du roman de Loïc Léry (Le Gang des Antillais, Loïc Léry, Caraïbeditions, 1986), qui fut emprisonné pour braquage. Ensuite, Jean-Claude Barny se glisse dans une tradition de Blaxplotation, grosso modo, la discrimination positive appliquée au cinéma. Les personnages du Gang des Antillais sont tous beaux. Coiffures et habit sont soignés, mais aussi les poses. Le réalisateur semble se donner une mission de réhabilitation de ces braqueurs et de légitimation de la lutte contre le colonialisme français. Et dont voilà, l’histoire :

Dans les années 70, Jimmy Larivière, originaire de Martinique, vit dans la rue avec sa fille. Il intègre un groupe de braqueurs et voit sa situation financière prospérer. Le Gang des Antillais suit un schéma narratif classique : ascension, déchéance et rédemption.

On en a vu d’autres, cependant, le discours entourant le film se distingue. Jimmy Larivière, narrateur, nous raconte son arrivant en France via le Bumidom (Bureau pour le développement des migrations dans les départements d’outre-mer). Ce bureau était chargé d’encourager les « Ultramarins » à venir s’installer dans la métropole. Arrivé sur place, les nouveaux venus étaient cantonnés à des postes subalternes.

Jean-Claude Barny entreprend donc à filmer l’entre-deux, d’un côté le grand spectacle avec la vie de gangster et de l’autre la rage ruminée par ses personnages d’être maintenus aux marges, considérées comme des citoyens de seconde zone.

Le grand spectacle en pâtit. On n’aura donc droit qu’à une seule scène pathétique de braquage d’une poste. Le rythme est peu soutenu. On erre dans les rues avec Jimmy. Si le film est beau, la vie de braqueurs est peu reluisante.

Le film maintient une ligne didactique et ne sombre pas dans le film d’auteur ou le manifeste. L’attachement entre la lutte et le gang est symbolisé par l’envoi d’argent en Martinique. L’initiation aux penseurs de la lutte des noirs se fait par un plan fixe sur Jimmy lisant Franz Fanon. Tout cela est éminemment explicite et compréhensible, une démarche assumée par le réalisateur. Cette rencontre des genres aboutit a des maladresses et un manque de fluidité entre les différentes paries du film. Le Gang des Antillais ambrasse trop de mission pour parfaitement les mener à bien. On assiste malgré tout à film sympathique qui devrait nous rendre moins ignorants à la sortie.

On précisera à titre de curiosité que Jean-Claude Barny en est à son troisième long métrage, tous traite des Antilles (Neg marron, 2005 et Tropiques amer, 2007). Il joué dans le premier film de Matthieu Kassovitch (Métisse, 1993). Ce dernier fait une apparition dans le Gang des Antillais, j’ai eu du mal à le reconnaitre.

Interview du réalisateur
Interview de Loïc Léry

Trois documentaire sur les BUMIDOM :
– L’avenir est ailleurs, Antoine Léonard Maestraci, 2006
– Bumidom, des français venus d’outre-mer, Jackie Bastide, 2010
– Rassine monmon papa, ce passé qui ne passe pas, tome 1, Gence Michael, 2014

Le Gang des Antillais, Jean-Claude Barny, 2016

Peter Pan : enfant sans coeur

Je n’ai pas toujours été une adepte de l’histoire de Peter Pan. J’étais une bonne Wendy, grandir ne me faisait pas peur. Je suis revenue sur cette idée depuis le temps. Je crois peter-couv-wavoir aperçu toute la richesse de ce personnage en regardant la saison 4 de Once upon a time qui distillait une vision assez malsaine de l’enfance. Cependant, elle avait le mérite de pousser au plus loin le côté obscur de Peter Pan. 

Dans son long métrage de 1953, Disney avait fait de Peter Pen un personnage sympathique, qui faisait trembler les parents et réalisait les fantasmes des jeunes enfants. Quelques éléments étaient gommés et pas des moindres. Il y a d’abord l’assassinat des enfants-perdus par Peter quand ils ont trop grandi, mais surtout l’incapacité de Peter Pan à tomber amoureux. Dans le dessin animé, la relation entre Peter Pan et Wendy est vouée à l’échec pour cause d’intérêt inconciliable. L’une veut grandir et devenir maman à son tour, tandis que l’autre veut rester un enfant.

peter16-17-blog-wDans la pièce puis le roman de James Matthew Barrie, l’échec de cette relation est dû à l’incapacité de Peter de tomber amoureux. En effet, il s’agit là d’un sentiment d’adulte qui ne peut être ressentie par les enfants.

J’avais envie de me plonger dans une version plus proche de l’originale de Peter Pan, voir l’originale. Un jour, je le ferais. Entre temps, je suis tombée sur cette adaptation illustrée par Alexandra Huard, traduction et adaptation de Maxime Rovere. Le récit se base sur la pièce de théâtre. On y retrouve tout les éléments du conte, la cruauté de Peter Pan, accidentels ou non.

peter-couv-zoom1Dans cette version, le plus intéressant sont bien sûr les images. Le dessein d’Alexandra Huart est à la fois lumineux et coloré sans tomber dans le naïf. On laisse de la place à l’espièglerie des enfants perdus et l’absurdité de ce monde pour enfants.

Je reparle de Peter Pan bientôt, mais aussi du travail d’Alexandra Huard, qui a sortit tout plein d’autres albums, notamment Je suis la méduse chez Les Fourmis rouges cette année.

Les illustration sont tiré du blog de l’illustratrice : ici

Peter Pan, Alexandra Huard, James Matthew Barrie, Milan, 2015
16,90€