De la Sécurité sociales

Je ne voulais pas aller voir La Sociale, qui sentait bon la morale sociale-démocrate du Monde diplomatique. Cette gauche qui ronchonne tranquillement et moralise calmement. Je me souviens des Nouveaux chiens de garde (2012), une redite proprette de Fin de concession de Pierre Carles (2007). Comme disent certains : tant qu’on accumule les raisons de se révolter, on ne se révolte pas. Les films pour enfants débilitants pullulent sur les écrans et je m’ennuyais ferme ce lundi soir. 

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Une affiche de merde. S’il y a un lien avec Marianne, il est mal venue.

La Sociale sent bon en effet la morale sociale démocrate. Le début de ce documentaire est même poussif. Nous suivons des témoins et des chercheurs sur les traces de la sécurité sociale, notamment, Jolfred Fragonara fils de socialiste révolutionnaire, comme ce nom est doux à mes oreilles. De révolution, on n’en parlera pas plus dans ce documentaire pour passer directement aux choses sérieuses : comment la sécurité sociale est née ?

L’objectif principal est de démontrer que Charles de Gaulle n’y est pas pour grand-chose. Gilles Perret, réalisateur, fait donc la démarche de se réapproprier au nom de la gauche sociale-démocrate la naissance de la Sécurité sociale. On place Ambroise Crozat comme héros social et la CGT, bras armé de ce héros. Il est vrai que c’est le syndicat qui a opéré le tour de France pour centraliser les caisses sociales. Il s’agit là donc d’un travail militant, dont le gouvernement et ses fonctionnaires étaient absents.

Cependant, cette sécurité sociale nous est présentée comme l’œuvre d’un consensus. Le documentaire ne développe pas sur les débats internes ayant mené au dit consensus. Car, si l’on a lu « Trop jeunes pour mourir, ouvriers et révolutionnaires face à la guerre (1909-1919) » de Guillaume Davranche, on découvre qu’une Sécurité sociale est dans les tuyaux depuis un moment. Qu’est-ce qui cloche ? Son financement. En effet, la CGT est alors opposée à l’idée des cotisations, car elle estime que ce n’est pas aux ouvriers de financer leurs risques (maladies, retraites, etc.).

On souligne qu’aujourd’hui, l’un des arguments pour mettre fin au système de sécurité sociale est qu’il prive le salarié d’une partie de son salaire. C’est vrai. La CGT d’alors avait une solution très simple : un financement assuré complètement par le patronat. Possesseur des moyens de production, n’était-il pas le mieux placé pour financer la Sécurité sociale ?

Ce compromis, là, n’a jamais été accepté. La CGT et le PCF se sont résolus à un financement de La Sociale par les salariés à la condition qu’ils en soient les gérants. Cette gestion s’effectuait par le biais des syndicats.

Ceci n’occupe qu’une partie du film, le premier tiers je dirais, avant de nous emmener sur les évolutions du système de Sécurité sociale. En 1967, Charles de Gaulle décide d’introduire la parité au sein de la gestion des caisses en octroyant la moitié des votes aux syndicats des patrons c’est-à-dire le Conseil national du patronat français, aujourd’hui le MEDEF. Grâce aux sociaux-traites de la CFDT, le patronat n’a aucun mal à obtenir la majorité des voix et à nous engager vers la régression sociale.

En plus du révisionniste de droite, La Sociale parvient à montrer comment cette invention récente et progressiste qu’a été la Sécurité sociale incarne une figure moribonde tant dis que les chefs d’entreprises se font passer pour les éclaireurs de l’avant-garde du progrès. Gill Perret voudrait créer un enthousiasme autour ce militant Jolfred Fragonara, « dernier poilu de la sécu » qui a participé personnellement à collecter les caisses. Pourtant, devant un parterre d’étudiant issu de l’École nationale Supérieure de Sécurité sociale, la perplexité du public ne nous échappe pas.

À la fin de La Sociale, vous comprenez bien comment le système de sécurité sociale fonctionne. Vous saisissez même très bien par qui le « trou de la sécu » est véritablement creusé: la finance. Cet argent que l’état dépense pour que votre consultation soit gratuite, ce n’est pas le sien. C’est le vôtre. Je tiens à souligner qu’il en de même lorsque que vous êtes chômeurs. Le système gestionnaire se nomme alors l’Unédic. L’expression « ouverture de droit » est juste, il s’agit de votre droit de chômer. Ce n’est pas gratuit, car l’état est charitable, mais parce que vous avez déjà payé !

Le film réussit sa démonstration pédagogique, mais bute comme ses camarades sur cette question : comment mobiliser ? Comment se mobiliser ? Car à la sortie de ce film une chose est claire si la Sécurité sociale est aujourd’hui au bord de sa dislocation c’est bien parce qu’elle n’a pas été défendue.

La Sociale, Gilles Perret, 2016

PS : Philippe Martinez déclare dans le film que la Sécurité Sociale s’adresse aux citoyens, faux. La Sécurité sociale concerne toute personne résidant légalement sur le sol français.

Une réflexion sur “De la Sécurité sociales

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