#1 Dansmoncanap’ : Le jeune pape

Paolo Sorentino est un réalisateur italien (1970). Il a sorti récemment Youth (2015). Je n’ai jamais rien vu de ce monsieur. Je comptais sur cette série pour me mettre le pied à l’étrier et je crois que ça ne va pas louper.

La thématique religieuse peut sembler casse-gueule et désuète et pourtant je la trouve plutôt judicieuse. Le sujet semble permettre le pas de côté qui met en perspective notre société contemporaine. Pour donner un exemple, Habemus Papam de Nanni Moretti (2011) m’avait beaucoup plu.

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The Young Pope nous raconte l’arrivée d’un nouveau Pape, comme son nom l’indique il est jeune et beau, surtout pour un Pape. C’est deux caractéristiques suffisent à le rendent atypique. Sorrentino ne s’arrête pas. Finalement, ces deux qualités passent aux seconds plans. Le nouveau Pape a une vision particulière de l’Église et il entend bien la réaliser. Contrairement, à la série Borgia (Tom Fontane, 2011-2014), le Pape n’est pas corrompu par l’argent ou la chaire. Sa corruption est plus fine. Le Pape est narcissique. Il s’aime terriblement et il se sent aimé de Dieu. Il est assez déçu de découvrir que son élection est due à une impasse des cardinaux à départager les deux lignes conservatrice et progressiste. Dans son rapport à Dieu, on se demande s’il n’y a pas une confusion des rôles. Le Pape se prend-il pour Dieu ? Fait-il de Dieu son serviteur ?

La jeunesse et la beauté du Pape pourraient en faire un joli pantin. C’était sans doute l’espoir des Cardinaux qui l’ont élu. Ils ont fait erreur. Le jeune Pape a un programme et il entend le réaliser. Il ambitionne ni plus ni moins que de redonner à l’Église sa toute-puissance. Pour ça, un grand bond en arrière est nécessaire : fini le populisme 2.0, l’omniprésence médiatique et les godilles.

Ce jeune Pape ébranle son entourage. Tous, du cardinal secrétaire d’État (Silvio Orlando) à la chargée de communication (Cécile de France) restent interloqués. Ils offrent des résistances à leurs mesures qui sont toutes balayées ou déjouées par le nouveau pape. Un personnage secondaire se distingue particulièrement : Sœur Marie. Elle est la mère adoptive du Pape. Il ne peut la quitter et se refuse à lui obéir. De son côté, Sœur Marie a toute foi en ce nouveau Pape comme elle estime être sainte. Pourtant, elle, aussi, va être assaillie par le doute. C’est, là, que réside la force de ces personnages de l’ombre. Ils sont vacillants. Les méthodes du Pape sont tellement contraires à la voie prise par l’Église ces dernières années, tellement radicales, qu’ils sont amenés instinctivement à s’y opposer tout en ayant l’obligation, par leur foie ou leur instinct de survie, à devoir les accompagner.

Si la croyance est présente elle ne sombre pas la métaphysique, car l’Eglise et la croyance religieuse ne sont pas le sujet, le pouvoir est le sujet central. La conquête ou reconquête du pouvoir s’effectue par la disparition du Pape. Il devient invisible. Plus il est mystérieux, plus il est recherché. Comme dit ce sophisme : « Tout ce qui est rare est cher » ou comme l’a démontré un certain comité gauchiste… Cette invisibilité ne vaut que par les quelques apparitions accordées par le souverain pontife.

Ce spectacle de l’invisibilité est magistralement mis en place, car le spectateur est dans les coulisses. Nous ne vivons pas la frustration des millions de fidèles. Nous ne sommes pas non plus dans les chaussons rouges de Jude Law. Nous sommes dans les habits du Cardinal Secrétaire d’État. Nous voyons le Pape, nous le voyons agir, nous comprenons lentement où il nous emmène sans savoir si cela fonctionnera. Finalement, ce que nous, spectateurs, nous guettons ce sont les signes des fidèles. Vont-ils tomber dans le panneau ? Ou sombrer dans l’indifférence et se détourner définitivement de l’Église ? C’est ainsi que le Pape nous conquière nous et ses cardinaux. Ils ont beau être en désaccord, nous avons beau être en désaccord avec le Pape. Nous ressentons le même soulagement que ces cardinaux lorsque nous voyons les fidèles réunis en masse suspendus aux lèvres de ce pape sublime. Le rassemblement des fidèles n’est que le miroir de la victoire du Pape.

The Young people, Paolo Sorentino, Sky Atlantics/HBO/Canal+

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