Swagger : la jeunesse qui ne fera pas l’insurrection.

J’avais pensé l’espace d’un court instance que Swagger me réconcilierait avec le film de banlieue/cité. Ce docu-fiction est réalisé à Aulnay par Olivier Babinet, le nom nous est répété plusieurs fois au début, joué par des vraies gens. En fait, nous avons face à nous un énième film populiste où nous sommes pris en otage par l’argument « joué par des vrais enfants », nous contraignant de croire au discours dispensé.

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La réalisation est sobre, pour ne pas dire flemmarde. Une dizaine d’enfants sont interrogés face caméra dans les différents recoins de leurs établissements scolaires. Le rendu est très esthétique, seul aspect à sauver du film : des angles droits et des couleurs flash. Chacun parlent, répond à une question qu’on n’entend pas. On pourrait dire avec leurs mors, mais en fait on ne le sait pas. Les réponses sont succinctes, parce qu’il faut passer au suivant où aller filmer des petits lapins dans la cour. Le lapinou est dorénavant le symbole du film esthétique/expérimental.

La parole vraie de ces vrais enfants est dérangeante pour plusieurs raisons. Certains expriment leur malaise d’adolescent, la solitude, les problèmes familiaux, etc. Le personnage de Régis, le plus sympathique, parce que drôle, se trimballe un bon complexe d’Œdipe. Le réalisateur passe de questions sur l’adolescente « es-tu amoureux ? » à des questions plus sérieuses « que penses -tu de la politique » et atterri tout en douceur sur les Roms et les vrais Français. Les réponses sont relativement uniformes le bantou est peu répandu à Aulnay. Question : leurs profs ne sont pas blancs ? leur médecin n’est pas blanc ? Le personnel administratif en mairie n’est pas blanc ? On pense bien que si puisqu’un professeur, qui enseigne visiblement le français et la biologie, apparait et il est blanc. Incroyable. Souvent, l’enseignant est blanc et d’origine française, ça fait partie de l’inégalité, même dans les collèges et lycées de ZEP.

Tout comme Divines le montrait, ce à quoi aspirent ces jeunes est simple : la richesse. Leurs rêves sont d’être blancs. Les stylistes cités par Régis : blancs. Le langage vrai de ces vrais jeunes : « se fixer des objectifs et les atteindre ». Cerrains, au sujet des Roms, nous récite les mantras des politiques publiques : « travailler, acheter une maison, s’en sortir ». Ce sont les mots du manager blancs qui rationalisent le travail et l’existence.

On aimerait voir des réponses développer, mais non. On aimerait que le réalisateur arrête d’intercaler les plans d’enfants qui ne se trouvent pas dans la pièce de celui qui parle. Visiblement, il n’a pas entendu la réponse, l’expression de son visage ne correspond pas. Olivier Babinet donne une impression fausse de résonance.

Enfin, attardons-nous sur l’esthétique du film, à part les lapins. On apprécie la vision très anxiogène véhiculée par le film. Ça commence par ces plans, beaux, de la cité accompagné d’une voix ténue nous répétant le nom de la ville « Aulnay, avant… » Comme si cette ville avait été victime d’un cataclysme. On apprécie cette scène où les surveillants arpentent les couloirs talkie-walkie à la main. On adore cette scène de drones qui slaloment entre les tours avec des lasers. Le film a une subvention pour ça : CNC-Technologie-que-sais-je.

La vérité ne sort pas toujours de la bouche des enfants surtout lorsque cette vérité sent bon la répétition des paroles des adultes.

Swagger, Olivier Babinet, 2016

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