Le Gang des Antillais : Des braquages et de la lutte

Le Gang des Antillais bénéficie d’une belle affiche qui le ferait passer pour un énième film de gangsters. Jean-Claude Barny emmène son film un peu plus loin que ça. 

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Tout d’abord, il s’agit d’une adaptation du roman de Loïc Léry (Le Gang des Antillais, Loïc Léry, Caraïbeditions, 1986), qui fut emprisonné pour braquage. Ensuite, Jean-Claude Barny se glisse dans une tradition de Blaxplotation, grosso modo, la discrimination positive appliquée au cinéma. Les personnages du Gang des Antillais sont tous beaux. Coiffures et habit sont soignés, mais aussi les poses. Le réalisateur semble se donner une mission de réhabilitation de ces braqueurs et de légitimation de la lutte contre le colonialisme français. Et dont voilà, l’histoire :

Dans les années 70, Jimmy Larivière, originaire de Martinique, vit dans la rue avec sa fille. Il intègre un groupe de braqueurs et voit sa situation financière prospérer. Le Gang des Antillais suit un schéma narratif classique : ascension, déchéance et rédemption.

On en a vu d’autres, cependant, le discours entourant le film se distingue. Jimmy Larivière, narrateur, nous raconte son arrivant en France via le Bumidom (Bureau pour le développement des migrations dans les départements d’outre-mer). Ce bureau était chargé d’encourager les « Ultramarins » à venir s’installer dans la métropole. Arrivé sur place, les nouveaux venus étaient cantonnés à des postes subalternes.

Jean-Claude Barny entreprend donc à filmer l’entre-deux, d’un côté le grand spectacle avec la vie de gangster et de l’autre la rage ruminée par ses personnages d’être maintenus aux marges, considérées comme des citoyens de seconde zone.

Le grand spectacle en pâtit. On n’aura donc droit qu’à une seule scène pathétique de braquage d’une poste. Le rythme est peu soutenu. On erre dans les rues avec Jimmy. Si le film est beau, la vie de braqueurs est peu reluisante.

Le film maintient une ligne didactique et ne sombre pas dans le film d’auteur ou le manifeste. L’attachement entre la lutte et le gang est symbolisé par l’envoi d’argent en Martinique. L’initiation aux penseurs de la lutte des noirs se fait par un plan fixe sur Jimmy lisant Franz Fanon. Tout cela est éminemment explicite et compréhensible, une démarche assumée par le réalisateur. Cette rencontre des genres aboutit a des maladresses et un manque de fluidité entre les différentes paries du film. Le Gang des Antillais ambrasse trop de mission pour parfaitement les mener à bien. On assiste malgré tout à film sympathique qui devrait nous rendre moins ignorants à la sortie.

On précisera à titre de curiosité que Jean-Claude Barny en est à son troisième long métrage, tous traite des Antilles (Neg marron, 2005 et Tropiques amer, 2007). Il joué dans le premier film de Matthieu Kassovitch (Métisse, 1993). Ce dernier fait une apparition dans le Gang des Antillais, j’ai eu du mal à le reconnaitre.

Interview du réalisateur
Interview de Loïc Léry

Trois documentaire sur les BUMIDOM :
– L’avenir est ailleurs, Antoine Léonard Maestraci, 2006
– Bumidom, des français venus d’outre-mer, Jackie Bastide, 2010
– Rassine monmon papa, ce passé qui ne passe pas, tome 1, Gence Michael, 2014

Le Gang des Antillais, Jean-Claude Barny, 2016

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