Mauvais genre : De la déviance en veux-tu? En voila.

bside_mauvais-genreL’exposition Mauvais genre m’avait interpellé pour son sujet casse-gueule : les corps déviants. Elle était exposée dans la galerie privée d’Agnès B. Cette dernière ne m’évoquait jusque là que le maquillage et les vêtements. C’est un personnage plutôt consternant sur lequel je ne m’attarderais pas. En tout cas, la dame s’est octroyait un bel espace rue Quincampoix dont l’entrée est gratuite ce qui laisse songeur sur le modèle économique de l’entreprise. Passons. 

Elle abritait pendant un peu plus d’un mois la collection de Sébastien Lifshitz, réalisateur français. Ce documentariste s’intéresse aux marges depuis un moment. Il leur a consacré plusieurs films dont Les invisibles (2012 — César 2013 du meilleur documentaire) et Bambi (2014). Sa collection se compose de photographies chinées de-ci de-là. Elle avait été exposée aux rencontres d’Arles, petite sauterie estivale dédiée à la photographie.
Loin d’être un amas épars de photographies vintages, Mauvais genre se révèle être un témoignage structuré sur les jeux possibles avec les corps.

mg015-1On démarre avec des photographies du XIXe siècle où les hommes se parent des attributs de l’autre sexe. Très vite, on observe que ce travestissement ne concerne pas que le vêtement, mais aussi une attitude, des gestes et des manières d’êtres. L’exposition remonte le temps et explore les milieux. Nous parcourons les coulisses des cabarets burlesques, plutôt que de charme. Nous quittons rapidement la scène et le jeu pour passer en coulisse et aux sentiments. Dans Mauvais genre, il y a d’abord le travestissement comme déguisement, qui malgré sa portée subversive reste réversibles. Les cabarets burlesques sont certes gênants, mais ils sont aussi la soupape de sécurité dans lequel il est possible d’être autre, un espace déviant autorisé par la bonne société.

La collection de Sébastien Lifshitz ne veut pas s’arrêter là. Elle nous emmène au-delà du spectacle ses vies qui se créent dans un autre genre, qui créent d’autres couples. Ces photographies se font politiques au moment où elles montrent d’autres formes de vies revendiquées comme telles. Lorsque les couples homosexuels, lorsque les travestis quittent la scène pour revendiquer leurs places dans le quotidien de la bonne société.

mg040-1L’exposition se conclut sur les universités non mixtes dans lesquels les jeunes filles organisaient des répétitions de leurs mariages. N’ayant pas d’hommes sous le coude, certaines tenaient le rôle du mâle. Le commentaire de l’exposition y devine des amitiés féminines pas très catholiques. Il est vrai que ces photos se prêtent facilement à l’interprétation. Ces célébrations étaient par ailleurs très mal vues de la part des directions d’établissement et de l’Église.

Mauvais genre impressionne par la structure de son propos. Le commentaire fait preuve d’intelligence et accompagne utilement les photographies. C’est suffisamment rare pour être souligné.

Cette exposition ouvre à la méditation, si l’on peut dire. Je fais assez peu le lien entre les courants burlesques et le féministes sans raison véritable jusque là. Je crois que le premier me parait être un monde à part, en dehors, tandis que les courants féministes ont pour but d’entrer par effraction dans la société des hommes. En regardant, cette exposition, je me suis demandé si les premiers n’avaient pas « plus raison » en tout cas était plus en adéquation avec ma propre approche du politique et des corps. J’aime dans le burlesque l’idée d’interchangeabilité. J’aime qu’il s’assume comme un spectacle, une marge installée, tout en sachant bien que ces dernières sont appelées à déborder.

rsz-mg-083-1Les marges au sens Beckeriens du terme (Outsider, 1863) me font l’effet des panneaux « Issus de secours » que j’emprunterais avec plaisir. Tandis que le féminisme me fait l’effet de chercher une place, d’aménager des endroits pour nous y mettre, nous les femmes. Il force le moule, mas ne le brise pas. Les photos des étudiantes répétant leurs cérémonies de mariages sont certes touchantes, mais elles me font aussi froid dans le dos. Car elles ne font que reconstituer le monde extérieur à leur sauce. Il en va de même pour Bambi, qui passe d’homme à femmes et sa transformation, si longue et semée d’obstacles soit-elle, m’apparait, à travers ces photos, comme la transition d’une norme vers une autre.

Le Burlesque se montre plus intangible. Enfin, c’est peut-être une projection de ma part. En tout cas cette exposition m’a donné matière à réflexion.

Mauvais genre, Collection, Galerie du jour Agnès B, du 4 novembre au 17 décembre. 

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