Depuismonmoncanap #4 : Wolf Hall ou les Tudors pour les snobs

148775Je me suis laissé dire par quelques chroniqueurs de France Culture que la série de BBC2, Wolf Hall était très bien. Elle traitait enfin avec sérieux la rupture de l’Angleterre avec l’Église Catholique. Le sujet m’avait paru plutôt maltraité par les Tudors (Showtime, 2007-2010), plutôt porté sur les coucheries d’Henri VIII. Sans faire plus de détours, j’ai été extrêmement déçue par cette nouvelle interprétation de l’histoire de l’Angleterre. Je me suis donc lancé dans le défi de vous convaincre des qualités des Tudors, finalement, la meilleure mis en scène du règne d’Henri VIII qu’il m’ait été donné de voir sur écran.

81fkxckljmlWolf Hall est l’adaptation de deux romans consacrés à Thomas Cromwell écrits par Hilary Martel : Wolf Hall, 2009 et Bring me up the bodies (2012). Au scénario de cette série, nous trouvons Peter Straughan qui avait également usé son talent dans le film d’espionnage La Taupe (Tinker Taylor Soldier Spy 2011).

Les six épisodes composant Wolf hall nous conduise des débuts en politique de Thomas Cromwell (Mark Rylance) jusqu’à la chute d’Anne Boleyn (Claire Foy). Le personnage de cette dernière a été déjà été l’objet de nombreuses adaptations. Thomas Cromwell est resté dans l’ombre, pourtant il a lui aussi grandement contribué à l’installation de l’anglicanisme. Son premier poste d’importance est d’être nommé conseiller auprès du Cardinal Wosley (Jonathan Pryce) aux alentours de 1920. La série insiste sur l’admiration que le Cardinal lui inspire. Ils sont tous les deux de basse extraction, ce qui en faisant des particularités à la cour. Cromwell regarde passivement son mentor sombrer et puis il regarde sa propre ascension comme un accident. Il est bien sûr très embarrassé par le déroulement des évènements. Il n’a pas le temps de s’apitoyer trop longtemps sur son propre sort puisqu’il doit aller s’occuper de celui d’Anne Boleyn.

Wolf Hall confond avec grâce passivité et subtilité, lenteur et introspection. La série propose un rythme posé qui laisse la place de développer les enjeux politiques, religieux et idéologiques, mais sans abstient. Elle se concentre sur les rapports humains, plus nobles et plus corrects : l’amitié et la loyauté. Le fait que Cromwell et Wosley défendent deux idées contradictoires de la religion n’est d’ailleurs pas abordé. Les évènements politiques s’enchainent sans nous. Ils se contentent d’arriver.

Wolf Hall ne se prive pas de nous mettre sous les yeux quelques relations amoureuses aux combien passionnantes : Cromwell et sa femme, Cromwell et sa servante, Cromwell et ses fantasmes pour l’irritante Anne Boleyn. C’est à ce moment que je me suis demandé quel était l’intérêt d’avoir fait une série qui n’apporte rien de nouveau par rapport aux Tudors voir sombre dans les mêmes travers. Le snobisme. Nous en revenons à France Culture.

les_tudorsIl est vrai que les Tudors, conçues par Michael Hirts (The Borgias, me demander pas lequel et Vikings), étaient une série grandiloquente. Son ambition spectaculaire l’avait conduit à nous proposer des reconstituons de châteaux de l’époque, difficilement regardable. Aucun personnage ne semble avoir plus de 25 ans, à l’exception de Cromwell. Les teins sont frais et les costumes improbables. Pourtant, elle expose plus clairement les enjeux de la Réforme et les tractions entre le Roi d’Angleterre (horriblement interprété par Jonathan Ryes-Meyer) et la papauté.

Tandis que Wolf Hall subit le déroulement historique, les Tudors s’ingénue à nous en révéler le moteur. Les personnages apparaissent maitres de leurs destins et déterminés à agir pour marquer l’histoire. Leurs ambitions sont démesurées. Nous suivons l’évolution du royaume d’Angleterre à travers de brèves allusions : les persécutions des protestants, puis l’inverse, la saisie des biens des monastères, l’arrivée de la première machine à imprimer, etc.

Wolf Hall, plus modestement, se contentera d’une scène marquante : au milieu de la messe en latin, un prêtre énonce sa traduction en anglais. Le spectateur passe donc du charabia en latin a subitement un discours intelligible. L’enjeu de la réforme protestante devient palpable : il s’agit de comprendre sa propre croyance. Les Tudors incidemment nous montreront comment cet élan populaire sera détourné au profit du souverain britannique. L’anglicanisme ne fait que chasser un Pape pour un autre.

Aussi improbable que cela puisse paraitre cette série dégoulinante de romance mièvre parvient à nous en dire plus et sans moins de cohérence que Wolf Hall. Empêtré dans sa prétention à nous révéler les pensées profondes d’acteurs de l’anglicanisme, Wolf Hall ne nous montre rien.

The birth of a martyr

En 1915, D.W. Griffith proposait sur les écrans The Birth of a nation. Un film noir et blanc et muet — faut-il le préciser ? Donc, je ne l’ai pas vu et bien qu’il soit recommandé par le KKK, il est fort probable que je ne le vois jamais. Celui-ci ne traitait pas moins que de la guerre de Sécession (1861-1865) et de la reconstruction de l’Amérique. Le film a engendré beaucoup de réactions. Il a été considéré comme raciste, en effet, les personnages noirs sont interprétés pour partie par des acteurs blancs, black-face, présentés comme bestiaux. Le film a été un succès commercial et a provoqué quelques réactions. Plusieurs films lui ont fait suites : Intolérance du même réalisateur, The fall of a nation du fils du réalisateur (auteur du livre qui a servi de base au premier film…), The Birth of a race par John W. Noble. 

the_birth_of_a_nation_port

Un siècle plus tard, Nate Parker (1979 —) reprend ce titre, la réappropriation culturelle peut fonctionner dans les deux sens. Ces deux œuvres n’ont que le titre en commun, car ce Birth of nation contemporain se situe bien avant la guerre de Sécession pour raconter l’histoire, vraie, de Nat Turner [1800-1831].

Au début du 19e siècle, Nat Turner (joué par Nate Parker, réalisateur, scénariste, producteur, je crois aussi maquilleur sur le film) est esclave en Virginie. Il a la chance d’être possédé par des maitres généreux et altruistes qui l’éduquent en lui faisant lire la bible avant de l’envoyer dans les champs de coton où il sera beaucoup plus rentable. Nat Turner devient donc un esclave modèle, à tel point, qu’il est chargé d’aller distribuer la bonne parole auprès des ses co-esclaves. Un jour, Nat se rebellera.

Le récit est donc attendu. Nate Parker nous montre, non pas la naissance d’une nation, mais bien la naissance d’un potentiel martyr. Nat Turner avait tout pour l’être, surtout avec le côté illuminé de Dieu, mais les héros noirs tendent à sombrer dans les abîmes de l’histoire. Le voilà réhabilité. Il nous est clairement expliqué que cet esclave-là est choisi par le Seigneur pour guider ses frères. Le réalisateur ne prend aucun recul sur son héros, il l’embrasse complètement. Le film n’est pas d’une grande profondeur. Il est même un peu balourd. Parker prend son temps pour créer son héros-martyr quitte à nous servir le même argument à plusieurs reprises. À un moment, j’ai douté de l’insurrection à venir.

Dans la réalisation maladroite de Parker, on trouve un deuxième écueil celui de l’esthétisation. Étant donné que nous sommes là pour nous montrer un martyr sa souffrance ne peut pas être crade, elle doit pouvoir être regardée droit dans les yeux, béats d’admiration. Or rester digne quand on est pendu me parait un exercice délicat. Je ne déplore pas le manque de réalisme, mais plutôt l’exercice de martyrologie.

Enfin, le rôle des femmes est secondaire. Elles n’existent que par leurs fonctions sociales : femme de…, mère de…, tante de… lorsqu’elles sont violées, on voit clairement la détresse sur le visage des hommes. Oui, des hommes. Cela rentre très bien dans le délire de justification de la violence des hommes noirs par leurs émasculations par les blancs. C’est sans aucun doute vrai, mais ce constat doit-il se faire au détriment de la femme noire ?

À ce point, vous pouvez pensez que j’étais en pleine éruption sur mon siège eh bien non. The Birth of a nation m’a plutôt emballé grâce à un final assez satisfaisant. Nat Turner pose sa bible pour enfin se libérer avec ses camarades. Cela ne se passe pas dans la dentelle. Pour moi, Parker a mis en scène le rapport de force entre esclaves noirs et maitres blanc. L’esclave noir n’est libre que par les armes et il ne peut se permettre d’épargner qui que ce soit. Turner se retourne enfin contre son maitre indolent et gentil. Cela m’a rappelé ce merveilleux conte dans Rires enchainés où un esclave s’est enfui et retrouve des hommes libres. Ces derniers lui demandent de quels abus il a été victime. Aucun. Ils lui demandent alors pourquoi il s’est enfui et la réponse est simple : vous n’avez qu’à devenir esclave pour le savoir.

La question de l’esclavage ne repose absolument pas sur les bons ou les mauvais traitements dont les esclaves étaient victimes, mais simplement sur la privation de liberté. Il n’existe pas de bons maitres, il n’existe que des maitres. Le fameux 12 years à slave passait complètement à côté de cet aspect. Les deux films sont régulièrement mis en joue dans les critiques. Leurs finals respectifs exposent clairement leurs différences. Steve McQueen nous montre un esclave libéré par Bratt Pitt, le facteur, laissant derrière lui ses camarades continuant de trimer au champ, tandis que Nat Turner s’embarque dans un soulèvement meurtrier pour recouvrer sa liberté et celles de ses frères.

Malgré l’exercice de martyrologie, Nate Parker me parait envoyer un message correct et sans doute un peu dérangeant. L’émancipation des peuples opprimés ne se fera pas à base de grandes embrassades et de pardons. Ce réalisateur, au vu peu progressiste sur les questions de genres, s’est pris les pieds dans le tapi, rattrapé par ses errements judiciaires durant ces années d’étude, sur la route de son édification. Tant mieux, les héros ne servent qu’à devenir des tyrans. The Birth of a nation ne sera pas le film ultime sur les noirs, mais a-t-on besoin d’un tel film ? Cependant, il me parait offrir un contre poing tout à fait salvateur aux voies légalistes proposées par ces contemporains.

Jouons avec le langage :

Enfin, je finirais en glissant une petite note avec un peu de vocabulaire. À la suite de l’insurrection menée par Nat Turner, les blancs ont fait le ménage. Cela a souvent été décrit comme une « surréaction » [overeaction]. Je vais me révolter contre l’apposition du superlatif « sur » se répandant à tout va et pas seulement à cette occasion. Historiquement, les blancs n’ont pas réagi plus violemment que de coutume face à une tentative d’ébranlement de leur domination. Il est bien naturel que tout dominant écrase avec toute la violence à sa disposition toute insurrection à son encontre. Le dominant n’a pas pour vocation d’être juste envers le dominé, sinon il devrait cesser de le dominer ce qui serait embêtant de son point de vue.

Je comprends bien que le spectateur/lecteur/auditeur étant considéré comme un surcon il faille sur accentué certains aspect pour être sûr qu’il est saisi la sur importance de la chose. Pourtant au fond de moi, je me dis que cela n’est surement pas nécessaire.

The Birth of a nation, Nate Parker, 2017

Premier contact

387734Premier contact est un un peu l’évènement science-fictionnesque sur écran de l’année qui s’est écoulé. Par évènement, j’entends l’œuvre dont on ne peut s’empêcher d’avoir des attentes. Premier contact est l’adaptation d’une nouvelle de Ted Chiang que l’on peut trouver dans le recueil La tour de Babylone publié chez Lune d’Encre/Denoël. Vous trouverez cela incroyable, mais plus aucun exemplaire n’est disponible en bibliothèque actuellement sur Paris. Ils sont tous empruntés !

Le résumé de l’histoire est assez simple, pour une fois, les Aliens sont arrivés. Problème : les terriens ne parviennent pas à communiquer avec eux. Le gouvernement américain décide de faire appel à la linguiste Louise Banks (Amy Adams) et au physicien Ian Donnelly (Jeremy Renner).

Tout l’intérêt du film réside dans les rencontres entre Louis Banks et les nouveaux arrivants. Le reste est un accessoire encombrant, surement inséré pour maintenir le public venu voir un blockbuster. Malheureusement pour eux, Denis Villeneuve offre un spectacle sobre débordant de logistique. La forme des Aliens n’est même pas un sujet de discussion.

Le film va batailler entre deux eaux, celle du grand film de SF qu’il pourrait être et le nanar qui assurera sa rentabilité sur le marché. Durant la première partie, c’est la première tendance qui l’emporte. La relation entre la linguiste et le physicien donne le ton. Ce sont les sciences sociales qui l’emportent. Villeneuve mis alors sur l’altérité et son appréhension. Louise Banks n’hésite à se mettre en danger pour parler avec les Aliens, car rencontrer un autre, quel qu’il soit, ne peut se faire à l’abri, dernière un pseudo-scaphandre. Il faut se mouiller.

Durant la seconde partie, cette tendance perd du terrain. Il faut s’assurer que le spectateur comprenne ce qu’il se passe, rajouter un peu de romance, se réconcilier avec les Chinois. Autant  de choses sans intérêt, mais qui vous permettront de rire en sortant.

Premier contact, Denis Villeneuve, 2016.

Maison européenne de la photographie  : Des vertus de la simplicité

Je me suis rendue à la Maison européenne de la photographie, un endroit agréable. La MEP prend le temps et l’espace d’exposée largement plusieurs artistes. La sélection de cette saison m’a cependant peu convaincue. 

129416669457044085_2eba605e-0e5d-4ea3-99f4-843a5f559202_337488J’ai découvert l’existence d’Andres Serrano (1950 — ), photographe américain déjà très connu. Il est devenu « controversé » grâce à la photographie d’un christ plongée dans un mélange de sa pisse et de son sang (Piss Christ, 1989). Tout ceci, bien sûr, dans le but de critiquer la commercialisation de la religion. Comme le disait un certain président de la France, ça m’en touche une sans faire bouger l’autre. Les séries présentées à la MEP sont, elles aussi, tout a fait indolent. Toutes sont principalement composées de grands portraits au-delà de la taille humaine. Elles sont supposées nous parler du 11 septembre, du Klan, des sans-domiciles à New York et à Bruxelles. Concrètement, on voit bien que Serrano est capable de tout esthétiser. Sous couvert de rendre leur dignité à SDF, il les rend regardable pour la bourgeoisie tranquille. Il est hilarant de voir que ces photos ont été exposées dans les tunnels des métros, lieu dans lequel les mêmes SDF sont particulièrement traqués.

dm01-tt-width-836-height-550-fill-1-bgcolor-000000On enchaine avec le travail de Diana Michener, un savant mélange de vacuité et de niaiserie. La photographe nous montre des animaux en cage, sans cohérence de format, le tout imprimé sur du papier canson parce que c’est une artiste. Je vous laisse apprécier un extrait du texte de présentation :
« Diana Michener montre ici, dans sa série la plus récente, un travail poignant autour d’animaux en captivité et réalise des photos qui pour elle ne sont pas simplement des images d’animaux, mais sont devenues des autoportraits. »

Ensuite, la MEP exposait le lauréat du prix Polka/AFD dont elle est partenaire. C’est aussi une déception. Johan Rousselot présente « New Delhi, les trente désastreuse ? » dans laquelle il est supposé avoir saisie la pollution de la ville, ainsi que les obstacles à son développement (accès à l’eau, logement, etc..). À en croire les arguments de présentation, Johan Rousselot va nous présenter une thèse. En faite, nous verrons des photos alternant paysages de misère et des portraits d’une classe aisée.

hc031-tt-width-836-height-550-fill-1-bgcolor-000000Enfin un peu de lumière avec les French Archives 1957-1958 d’Harry Callahan (1912-1999). Sans prétention, Callahan nous présente ses photos de vacances. Celles-ci sont belles, on y voit le jeu de la lumière, sans doute accentué au moment du développement.

On suit l’artiste dans « Photo de famille », collection de la MEP dans laquelle il côtoie Ralph Eugene Meatyard et Nicolas Nixon. Le premier met en scène sa famille de façon drôle et dérangeante. Le dernier a pris en photo sa femme et ses trois sœurs en photo, un fois par an tous les ans pendant une quarantaine d’années. Le résultat est impressionnant.

Nous gardons chez nous des allumettes

patersonC’est sur une proposition de Georgette Abdaloff que j’ai fini par voir Patterson. J’avais presque fini de me démotiver à voir ce film. Le dernier Jim Jarmusch, Only loves left alive m’avait bien plu, même si je dois avouer ne pas en garder un souvenir très vif.

Patterson (Adam Driver) est donc un poète dans la ville de Patterson. Il n’est pas le premier poète à être déjà passé dans la ville. Pourtant, Patterson n’est pas le lieu le plus excitant et la vie de Patterson n’ont plus.

Jim Jarmusch nous invite dans son quotidien. Nous traversons tous les jours de la semaine avec Patterson. Chacun est semblable au même. Dans ce morne cheminement, la poésie est un espace de liberté dans lequel tout peut arriver. Les détails du quotidien s’enflamment. Pourtant, ce refuge est bien fragile et peut être aisément détruit.

445377Patterson est un anti Only lovers left alive, ce dernier était baroque et spectaculaire. Les personnages, un couple de vampires était extravagant par le seul existence et pourtant ils ne faisaient rien, ne créaient rien. Ils vivaient tout simplement. Patterson, lui, ne vit pas, ou si peu. Il est tyrannisé par le chien de sa compagne (Nellie, RIP). Golshifteh Farahani joue une épouse aimante et tellement étouffante qu’elle serait susceptible de pousser tout homme censé aux meurtres.

Pour ma part, je pense me trouver plutôt du côté des amants qui restent envie, même si j’ai statistiquement plus de chance de finir dans la peau de Patterson.

Patterson, Jim Jarmusch, 2016

Depuismoncanap’ #3:

Un Depuismoncanap’ bien vaste, où se côtoient les merdouilles de Noël, un petit voyage dans le temps, les horribles années 80 et un peu de sagesse populaire

deadpool-film-news-avis-infos-actuDeadpool, Tim Miller, 2016

Deadpool est la seule merdouille de Noël à m’avoir surprise et divertit. Rien Reynolds nous propose un héros qui n’y croit pas et assume son statut de produit.

Suicid Squad, David Aytes, 2016. 

Rien à sauver dans ce film qui se prend trop au sérieux. L’image est moche. La veine tentative de Jared Leto d’incarner le Joker est pénible à regarder, une partie de l’audience n’a pas connu l’interprétation d’Heath Ledger et pour cause ils venaient de naitre. Il est intéressant de voir la production hollywoodienne de Blockbuster faire son reboot : même sujet, même façon de filmer, même façon de nous revendre le film ultra moderne avec de la musique ultra kitsch.

er-tv-serie-wallpapers-1024x768Urgences, Michael Chrichton, NBC, 1994-2009.

Oui, je voyage dans le temps, pas vous ? J’ai enfin fini Urgences. Il en ressort que Dough Ross (George Clooney) est un personnage insupportable. Arrogant, il est toujours prêt à tenir le rôle du héros incompris certainement parce qu’il a mis tout le monde en danger. J’oubliais de préciser qu’il est un machiste primaire. Le véritablement héros, c’est Mark Green (Anthony Edward) et John Carter (Noah Wyle). J’ai été très surprise de vois autant de personnes noires, dès les premiers épisodes la présence des Africains-Américains est prégnante, chez les médecins (Dr Peter Benton — Eriq La Salle), dans le personnel (l’assistante médicale Jeanie Boulet — Glorai Reuben) et chez les patients. Le premier épisode commence et en trame de fond se déroule un débat sur la création d’une protection sociale. La série ne fait pas seulement l’effort de représenter les Africains-Américains, mais aussi les Asiatiques, les handicapés et les homosexuels. On peut apprécier globalement qu’aucun personnage n’incarne les diktats de la mode. Les acteurs choisis n’ont pas 22 ans avec des corps d’athlète refaits. Rides, calvitie et consort ont aussi leurs fiers représentants. Le choix des vêtements est également très révélateur, à comparer aux blouses cintrées portées par les personnages de Grey’s Anatomy. On apprécie la mise en scène d’un travail de groupe. Les dialogues sont rapides et les traits d’humour assez piquants.
Toutes ces qualités s’épuisent aux alentours de la 10e saison. Le casting se resserre. L’intrigue se concentre sur les histoires amoureuses des personnages et des cas spectaculaires, soigner des pauvres devient embarrassant. On peut supposer qu’Urgence se soit laisser influencer par cette série montante sur ABC, Grey’s anatomy. Pourtant, ces feuilletons n’ont vraiment rien en commun. Il m’apparait évident que les aventures de Meredith Grey ont fait le lit de la droite américaine : une image léchée et le culte de la performance. Tout est concentré sur l’individu et son ascension, l’apogée étant de réaliser une famille nombreuse en ayant trouvé l’amour.

netflix-stranger-things-posterStranger thing, créé par Duff Brohthers, écrit et dirigé par les frères Matt et Ross Duffer, Netflix, 2016

Cette série est une vaste publicité pour les années 80. Un groupe d’enfant d’une dizaine d’années enquête sur la disparition de l’un d’entre eux. De toute évidence, le spectateur d’une quarantaine d’années est supposé s’identifier quant aux « geeks » ayant la vingtaine, ils se doivent de plonger dans la nostalgie de l’âge d’Or de la science-fiction, du Seigneur des anneaux et des jeux de rôles. En 2011, J.J. Abrams et Steven Spielberg avaient promis déjà un film à la gloire de ces années-là avec Super 8. Cette série réussit, là, où les grands ont échoué.
L’intrigue fonctionne, bien qu’elle soit ralentie par les crises de nerfs répétés des personnages. Wynona Ryder est épuisante. Dans Stranger things, la plupart des lignes de dialogues sont hurlées. Les relations entre les personnages évoluent de dispute en dispute. Cela finit par être passablement agaçant. Une deuxième saison est en préparation. Cela me laisse dubitative.

capitaine_marleauCapitaine Marleau, créée par Elsa Marpeau et dirigée par Josée Dayan, France 3 (2016)

Capitaine Marleau est une série française cofinancée par la RTBS (Belgique) et la RTS (Suisses). Quatre épisodes ont été diffusés en France. Nous y suivons le Capitaine Marleau interprété par Corinne Masiero. J’aime bien cette actrice, plutôt engagée à gauche, qui garde une allure de prolétaire, a priori non feinte. D’ailleurs, la série s’essaye à venir bousculer la bourgeoisie, les parvenus et un peu le clergé. Elle reste cependant très gentille. Les enquêtes gagnent en consistance au fil des épisodes. Étrangement, la résolution du mystère n’est pas le fond de l’affaire. Capitaine Marleau tire son intérêt des situations qu’elle crée entre les personnages. Elle pêche par une mise en avant exagérée de son personnage principal qui devient écrasant. Les acteurs invités n’ont guère ma sympathie. Imaginer Gérard Depardieu en tombeur de ses dames est au-delà de mes capacités imaginatives. Victoria Abril, son accent « so spanish » et sa mine de chien battu me tapent sur le système.
Enfin, je ne voudrais pas terminer sur une impression négative. Capitaine Marleau est assez jubilatoire par sa façon de maltraiter ses personnages et pour traiter les codes de la série policière par-dessus la jambe. J’espère que les prochains épisodes garderont cet effet bâclé.

Flatland : Pays-plat

flatland_back-a-mettre-en-premierIl était une fois la Salle 101. Gérard Abdaloff présentait le jeudi 31 janvier Flatland d’Edwin Abbott Abbott. Il promettait d’être aussi beau qu’intelligent. Ce classique de la science-fiction est d’abord paru dans la collection Présence du futur/ Denoël en 1968. Il a connu plusieurs réédition, la plus récente est le résultat du travail des Editions Zones Sensibles. 

Edwin Abbott Abbott est un théologien du 19e siècle (1838-1926). Flatland est un monde en deux dimensions tous les individus sont des formes géométriques. Plus la forme est proche du rond, plus l’individu est haut dans la hiérarchie sociale.

Dans une première partie, Abbott nous raconte la tentative de révolution des couleurs. Les triangles les plus obtus, un équivalent du prolétariat propose de changer le système de distinction sociale en le remplaçant par des couleurs. Ce système devrait donner plus de chance aux triangles, mais aussi des femmes. Celle-ci sont des aiguilles, quasi invisible-les lorsqu’on les regarde par la pointe.

Dans une seconde partie, notre narrateur rencontre le roi de Lineland auquel il tente d’expliquer que le monde est constitué de deux dimensions. Par la suite, le narrateur découvre qu’il a lui-même une vue biaisée de son espace.

10096312245_f412e9b56e_bDe toute évidence, Edwin A. Abbott nous livre une critique de l’obscurantisme, mais aussi de l’emprise des dirigeants sur leurs populations. C’est une bonne transition à La main gauche de la nuit, car les situations dépeintes par Abbott ne sont pas manichéennes. Nous ne faisons pas face uniquement à des personnages de mauvaise foi qui se refusent à toute découverte. Au travers des différentes discussions que mène le narrateur ont expérimenté la difficulté de voir un cube, par exemple, lorsqu’on a toujours cru voir un carré. Il faut se projeter en dehors de soi-même et être capable de remettre en question ses croyances. C’est aussi un éloge de l’expérience. Le débat théorique ne suffit pas.

La plume d’Abbott impressionne par sa fluidité et son efficacité. On se laisse porter par la démonstration, malgré que l’analogie choisie ne soit pas la plus excitante du monde : la géométrie. Réduire le monde dans lequel nous vivons à un espace en deux dimensions se révèle pertinent et certainement pas dénué d’humour.

« Chez nous, les Prêtres sont les administrateurs de toute affaire, de tout Art et de toute Science ; les Directeurs du Négoce, du Commerce, du Commandement militaire, de l’Architecture, des Travaux Publics, de l’Education, de la Politique, du Législatif, de la Morale et de la Théologie ; ne faisant jamais rien eux-mêmes, ils sont la Cause de tout ce qui vaut d’être fait et qui est exécuté par d’autres » p65

Les élites religieuses, mais pas uniquement, n’en ressortent pas indemnes.

Je souligne enfin le travail éditoriale des Editions Zones Sensibles. Vous pourrez appréciez une couverture en relief dont les lettres se découpent, bon je n’ai pas essayé sur mon exemplaire. Le texte est littéralement mis en forme, la présence d’illustration géométriques, mais aussi le fil de couleurs avec lequel sont cousus les feuillets. En plus d’être beau, cette présentation est complètement cohérente avec le propos de l’auteur.

  zonessensibles105-2012