Tout enfant abandonné sera détruit

agullo02-2016bandeauJe commence l’année 2017 très correctement avec la lecture d’un troisième roman d’Anna Starobinets : Refuge 3/9. Il s’agit du dernier roman de l’auteur arrivé sur nos rivages, mais sa publication originale remonte à 2006, un an après Je suis la Reine (2005 en Russie). Refuge 3/9 est également le premier roman publié de l’auteur.
Refuge 3/9 s’inscrit dans la même veine que Je suis la reine. On y retrouve des thématiques et une ambiance similaire. 

Marie, photographe, en reportage à Paris, se transforme en mendiant. Sa métamorphose est apparemment liée à quelque chose dans son passé qu’elle a oublié. Ce début m’a beaucoup évoqué la nouvelle La Famille, dans laquelle un homme se réveillait dans un train et se découvrait une femme et un beau-père. Il est partagé entre deux vies, sans pouvoir déterminer laquelle est réelle. Les personnages de Refuge 3/9 subissent le même sort. Nous sommes partagés entre la réalité et le « voyage ». Ce voyage semble appartenir à un univers fantastique peuplé de personnages issus des contes de fées, principalement Hansel et Gretel et Baba Yaga.

Le récit dessine une morale. Marie est punie par sa métamorphose pour avoir abandonné son fils. Le père subit le même châtiment. Son arrivée tardive appesantit le récit. En effet, Anna Starobinets part d’un dispositif simple pour lancer son récit. Le réel étant trop chargé émotionnellement pour que ces personnages puissent l’affronter, elles les transposent dans une dimension fantastique. Celle-ci ne serait qu’une allégorie. La première partie du roman est donc consacré au cheminement de la mère, puis celle du père. Cependant, quand ce dernier apparait nous devinons son parcours à venir. Malgré la culpabilité des personnages, l’auteur insiste à les décrire dans des situations d’impuissance, comme s’il n’avait pas de prises sur leurs vies. Chaque décision est subite.

Enfin, en dernier partie, Anna Starobinets tente de se départir de son dispositif. Au lieu de se rassembler, les deux univers fusionnent et le lecteur se perd. On ne sait plus où l’on arrive. Refuge 3/9 démarrait avec une histoire, humble, d’adulte perdus. Marie et Jospeh (ces deux prénoms ne sont pas le fruit du hasard) croulent sous l’impossibilité de quitter la médiocrité du quotidien. Puis l’histoire s’envole vers quelque chose de plus mystique. Peut-être de la même façon que Mélancolie de Lars Von Trier ? La fin du monde est une métaphore de l’incapacité des personnages à affronter l’existence ? Cette fin mystérieuse me laisse un peu perplexe.

Pourtant, je dois dire que Refuge 3/9 est l’œuvre la plus aboutie que j’ai lue de l’auteur. C’est aussi un récit perturbant. La violence est omniprésente que cela est par les gestes, les paroles ou encore les silences. Les relations entre les personnages sont remplies de cette agressivité passive. On palpe presque le ressentiment de Marie envers son compagnon et en même temps l’impossibilité de dire les choses, car il y a en trop. Marie déborde de colère et de dégout envers le monde et elle-même. Elle est un personnage beaucoup plus riche que ne peut l’autre Joseph, qui parait accessoire. On apprécie son existence, cela équilibre le récit et l’empêche de se transformer en accusation à charge de la mère.

De nombreux livres d’Anna Starobinets sont encore inédits en France, je les attends.

Refuge 3/9, Anna Starobinets, Agullo éditions, 2016.
Traduction : Raphaëlle Pache
22,50

2 réflexions sur “Tout enfant abandonné sera détruit

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