Depuismonmoncanap #4 : Wolf Hall ou les Tudors pour les snobs

148775Je me suis laissé dire par quelques chroniqueurs de France Culture que la série de BBC2, Wolf Hall était très bien. Elle traitait enfin avec sérieux la rupture de l’Angleterre avec l’Église Catholique. Le sujet m’avait paru plutôt maltraité par les Tudors (Showtime, 2007-2010), plutôt porté sur les coucheries d’Henri VIII. Sans faire plus de détours, j’ai été extrêmement déçue par cette nouvelle interprétation de l’histoire de l’Angleterre. Je me suis donc lancé dans le défi de vous convaincre des qualités des Tudors, finalement, la meilleure mis en scène du règne d’Henri VIII qu’il m’ait été donné de voir sur écran.

81fkxckljmlWolf Hall est l’adaptation de deux romans consacrés à Thomas Cromwell écrits par Hilary Martel : Wolf Hall, 2009 et Bring me up the bodies (2012). Au scénario de cette série, nous trouvons Peter Straughan qui avait également usé son talent dans le film d’espionnage La Taupe (Tinker Taylor Soldier Spy 2011).

Les six épisodes composant Wolf hall nous conduise des débuts en politique de Thomas Cromwell (Mark Rylance) jusqu’à la chute d’Anne Boleyn (Claire Foy). Le personnage de cette dernière a été déjà été l’objet de nombreuses adaptations. Thomas Cromwell est resté dans l’ombre, pourtant il a lui aussi grandement contribué à l’installation de l’anglicanisme. Son premier poste d’importance est d’être nommé conseiller auprès du Cardinal Wosley (Jonathan Pryce) aux alentours de 1920. La série insiste sur l’admiration que le Cardinal lui inspire. Ils sont tous les deux de basse extraction, ce qui en faisant des particularités à la cour. Cromwell regarde passivement son mentor sombrer et puis il regarde sa propre ascension comme un accident. Il est bien sûr très embarrassé par le déroulement des évènements. Il n’a pas le temps de s’apitoyer trop longtemps sur son propre sort puisqu’il doit aller s’occuper de celui d’Anne Boleyn.

Wolf Hall confond avec grâce passivité et subtilité, lenteur et introspection. La série propose un rythme posé qui laisse la place de développer les enjeux politiques, religieux et idéologiques, mais sans abstient. Elle se concentre sur les rapports humains, plus nobles et plus corrects : l’amitié et la loyauté. Le fait que Cromwell et Wosley défendent deux idées contradictoires de la religion n’est d’ailleurs pas abordé. Les évènements politiques s’enchainent sans nous. Ils se contentent d’arriver.

Wolf Hall ne se prive pas de nous mettre sous les yeux quelques relations amoureuses aux combien passionnantes : Cromwell et sa femme, Cromwell et sa servante, Cromwell et ses fantasmes pour l’irritante Anne Boleyn. C’est à ce moment que je me suis demandé quel était l’intérêt d’avoir fait une série qui n’apporte rien de nouveau par rapport aux Tudors voir sombre dans les mêmes travers. Le snobisme. Nous en revenons à France Culture.

les_tudorsIl est vrai que les Tudors, conçues par Michael Hirts (The Borgias, me demander pas lequel et Vikings), étaient une série grandiloquente. Son ambition spectaculaire l’avait conduit à nous proposer des reconstituons de châteaux de l’époque, difficilement regardable. Aucun personnage ne semble avoir plus de 25 ans, à l’exception de Cromwell. Les teins sont frais et les costumes improbables. Pourtant, elle expose plus clairement les enjeux de la Réforme et les tractions entre le Roi d’Angleterre (horriblement interprété par Jonathan Ryes-Meyer) et la papauté.

Tandis que Wolf Hall subit le déroulement historique, les Tudors s’ingénue à nous en révéler le moteur. Les personnages apparaissent maitres de leurs destins et déterminés à agir pour marquer l’histoire. Leurs ambitions sont démesurées. Nous suivons l’évolution du royaume d’Angleterre à travers de brèves allusions : les persécutions des protestants, puis l’inverse, la saisie des biens des monastères, l’arrivée de la première machine à imprimer, etc.

Wolf Hall, plus modestement, se contentera d’une scène marquante : au milieu de la messe en latin, un prêtre énonce sa traduction en anglais. Le spectateur passe donc du charabia en latin a subitement un discours intelligible. L’enjeu de la réforme protestante devient palpable : il s’agit de comprendre sa propre croyance. Les Tudors incidemment nous montreront comment cet élan populaire sera détourné au profit du souverain britannique. L’anglicanisme ne fait que chasser un Pape pour un autre.

Aussi improbable que cela puisse paraitre cette série dégoulinante de romance mièvre parvient à nous en dire plus et sans moins de cohérence que Wolf Hall. Empêtré dans sa prétention à nous révéler les pensées profondes d’acteurs de l’anglicanisme, Wolf Hall ne nous montre rien.

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