Présumées coupables

affiche-expo-presumees-coupablesLes Archives nationales ont ouvert aux publics 6 siècles de procès de femmes. La somme de document pourraient être impressionnantes. Il n’en est rien. Le musée a pris grand soin de rendre les textes accessibles. Les retranscriptions des témoignages sont clairement sous nos yeux mais l’écriture complètement illisible. Par conséquent, il faut se reporter aux écrans au-dessus pour découvrir les paroles de ces femmes accusées de sorcellerie, de meurtres par empoisonnement, d’infanticides, ou encore de collaborations. La matière première ne se donne pas aux premiers venues. Les commissaires ont tracés tout un partout, certes indispensable, mais peut-être un peu trop stricte. On ne sort pas des clous, ni de la présentation en cinq parties. On n’y apprend donc que peu de choses, on n’y réfléchis pas trop non plus, mais on assiste à une forme de libération de la parole des ces femmes accusées. 

La première partie et la plus importante est consacrée aux sorcières. On y découvre que cette pratique certes condamnée par l’Eglise n’a pas toujours été l’objet d’une répression cruelle. C’est au chevauchement entre le 16ème et le 17ème siècle que la chasse aux sorcières déchaînent les passions. Les femmes soupçonnées de ce crime sont torturées et parfois condamnées à mort. Dans les témoignages présentés, on comprend bien vite que le but des interrogateurs et de leurs faire avouer avoir eu des rapports sexuelles avec le malin. Il est tout de même fort commode de pouvoir reprocher aux femmes leur attitude frivoles sans entacher la réputation d’un homme. Dans la situation où la femme avoue avoir connu le Diable, elle est seule à pouvoir être blâmé.

Nous passons ensuite au poison considéré comme une arme toute féminine car lâche. Il ne sied guère à la virilité de ces messieurs de tuer sans faire face à son adversaire. Un autre approche est proposée par l’exposition, la femme empoisonne la nourriture donnée aux maris ou aux enfants. Par ce procédé, elles s’empêchent d’accomplir leurs rôle de mères nourricières ou d’épouses. Elles trahissent, consciemment ou non, leurs fonctions au sein de la société patriarcale.

La partie sur les infanticides est un peu pénible à traverser. On croule sous les témoignages de détresse. Il nous ai dit que les juges se montraient clément envers ses femmes. Bien sur, il n’est pas dit ce que « clément » peut vouloir dire pour un juge au 19ème siècle ni par les monteurs de l’exposition. En tout les cas, on perçoit bien à travers ces actes que le système judiciaire est une extension du jugement sociale. La présence de ces femmes, jeunes et illettrés bien souvent, dans la salle du tribunal témoigne à elle seule de la traque au quel elles devaient faire face. Les agissements de la femme, surtout ce qu’elle peut faire de son corps, apparaissent l’objet d’une surveillance et d’un jugement constant. Une loi de 1536 oblige toute femme enceinte et non marié à déclaré sa situation aux autorités légales. Avoir ou ne plus avoir ses règles devient un enjeu sociétal.

La partie sur les pétroleuse durant la Commune est tout à fait anecdotique dans la mesure où cette accusation s’apparente plus au mythe qu’à une réalité quelconque. Elle nous indique tout du moins la volonté de créer des crimes féminins, des actes que seules les femmes peuvent commettre. Ainsi si une telle chose se produit, le cercle des coupables est déjà délimité. Il faut comprendre que ce n’est pas dans la condamnation d’un acte que réside de la domination, mais bien dans sa prévention. Toute femme approchant d’un millilitres de pétrole devient suspecte, toutes femmes ayant du retard dans ses règles devient suspectes etc…

L’exposition se termine sur les tontes à la fin de l’occupation de la France en 1945. C’est sans doute mon moment préféré, celui dans lequel transparait le mieux la jouissance de l’homme à pouvoir disposer des femmes. Là encore, on retrouve des crimes sur mesure pour ses dames : fauté avec un Allemand. Il ne s’agit pas vraiment de savoir si elles y sont allées de bon coeur, si elles étaient convaincues par le régime nazis. L’enjeu des tontes est l’humiliation publique; un acte qui permet à ces bonhommes d’expier leurs frustrations et peut-être aussi leurs lâchetés.

Présumées coupables ne nous montre rien, à part des gros livres de textes illisibles. Tout nous est dit et raconté, ce qui a entrainé un travail colossale. J’en ressort un peu frustrée de ne pas avoir pu me saisir moi-même du matériaux. En même temps, les archives nationales sont ouvertes à tous.

Présumées coupables, Musée des archives nationales de France, 30 novembre 2016 au 27 mars 2017
Commissaires : Fanny Bugnon, Pierre Fournié, Michel Porret
6€

2 réflexions sur “Présumées coupables

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