L’installation de la peur

l-installation-de-la-peurAgullo édition existe depuis un petit peu moins d’un an, elle est issue d’une scission au sein des éditions Miroboles. Certains auteurs ont fait le voyage comme Anna Starobinets ; d’autres sont de nouveaux venus comme c’est le cas de Rui Zink. Auteur portugais, Rui Zink n’en est pas à son premier roman, cependant très peu ont été traduits en français. En 2011, les éditions Métaillés publiaient le destin du touriste, l’histoire de Greg en quête de sensation forte en Amérique latine. A priori, le roman traite du tourisme de la misère. Tout cela est fascinant, mais n’est pas ce qui nous occupe aujourd’hui. J’ai lu l’installation de la peur. 

L’installation de la peur est un court roman dont l’idée a été de prendre le titre au pied de la lettre. Un beau jour, deux installateurs arrivent chez une femme pour installer la peur à son domicile de la même façon qu’un technicien vous installe la fibre.

Tout repose sur le dialogue qui s’installe entre d’un côté la femme et de l’autre les techniciens. Cela fonctionne plutôt très bien sur les premières pages lorsque l’on finit par s’interroger : jusqu’où ses employés zélés sont-ils prêts à aller pour prouver à leurs clientes du bien fondées d’avoir peur, tout le temps ? Seulement, les deux techniciens ne dépassent pas les moyens du langage. Ils sont certes antipathiques, mais sans plus. Très vite, on se prend à confondre leurs diatribes avec celle de notre grand-mère. Tout y passe : les étrangers, les banques, l’Europe, le chômage, les vieux, etc. Cette rengaine vous la connaissez par cœur, les chaines télévisées la diffusent tous les jours, certaines en non-stop et elles le font mieux.
L’installation de la peur ne dérange pas le lecteur, il est le bruit du fond du journal télé pendant que vous préparez à manger.

Le frein principal est l’absence de sentiments de l’interlocutrice de nos deux techniciens. En effet, nous sommes dans la même position qu’elle, attentives et embêtées face à ces deux intrus. Or elle se montre stoïque. Aucune empathie ne passe entre elle et le lecteur. Comme elle, nous adoptons une position de spectateur en attente de voir les prestations proposées. Aucune ne se montre véritablement à la hauteur.

Le discours porté par les techniciens n’a plus rien de choquant, car il a déjà été rattrapé par la réalité. On passera sur le retournement de situation finale tout à fait incongrue.

L’installation de la peur, Rui Zink, Agullo, 2016
Traduction du portugais de Maïra Muchnik
17,50€

Une réflexion sur “L’installation de la peur

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s