American Honey / Une américaine pur sucre

american_honeyAmerican Honey a reçu le Prix du jury à Cannes, récompense auquel la réalisatrice est une habituée puisqu’elle l’a déjà reçu à deux reprises : Red Road (2006) et Fisk Tank (2009). Le premier est inconnu au bataillon, le second je l’ai vu à deux reprises. Par certains aspects, Fish Tank et American Honey partage une trame similaire, celle de suivre une adolescente qui tente de s’en sortir malgré une famille dysfonctionnelle, le premier se déroule en Angleterre et le second aux États-Unis. 

American Honey démarre avec Star (Shana Lane) et deux enfants en train de faire les poubelles. Au cours de cette activité, Star rencontre Shia LaBoeuf, qui lui propose un travail en or : vendre des magazines en portes à portes. Notre jeune héroïne rend les enfants à sa mère et s’embarque sur les routes du sud des États-Unis.

On n’est très vite plongée dans une version prolétaire de Spring Breakers (2013). Harmony Corinne nous offrait gratuitement une heure trente de débauche d’un groupe d’étudiantes. On voyait l’Amérique des classes moyennes se faire peur le temps des vacances et puis rejoindre le droit chemin sur fond de musique déjà ringarde à la sortie du film.

Star est clairement une pauvre, dimension soulignée par la recherche de nourriture dans les ordures, mais aussi par le « tour appartement » que nous offre la réalisatrice. Le film tourné au format 4:3 se regarde filmer. Les scènes de « pauses » se multiplient : les photos abîmées, les frigos vétustes, etc. Star pourrait faire partie des « white trash », si seulement elle était blanche, mais elle ne l’est pas. Ce fait a quelque peu travaillé mon esprit étroit, car les parents de Star sont de purs Aryens, son frère et sa sœur aussi. Les collègues de Star sont également de superbes représentants des « white trash ». Certes la troupe rencontre quelques spécimens noirs en traversant Kansas City, mais rien de plus. J’en suis donc venue à me dire que ce film se déroulait dans une réalité alternative où les « white trash » avaient dépassé le racisme.

Revenons-en aux collègues de Star, ce sera rapide, car nous n’apprendrons rien. En 2 h 45, Andreas Arnold est incapable de faire émerger le moindre personnage secondaire. Une scène de présentation nous informe de la ville d’origine de chacun. Les noms défilent, ils n’ont visiblement pas vocation à marquer l’esprit. Ils illustrent la dépravation que Star ne fait que frôler. Car notre héroïne ne se mouillera jamais. Au milieu des débauchés, elle reste une oie blanche occupée à s’imaginer une romance avec son recruteur, Shia Leboeuf. Là aussi, on pouvait espérer rencontrer un personnage, quelqu’un. Non. Shia Leboeuf interprète l’homme mauvais sans raison. Il est le cliché du manipulateur auquel les femmes cèdent parce qu’elles sont sans doute trop connes. Très lentement, car tout est lent dans ce film, on finit par comprendre que la réalisatrice ne s’embarrassera même pas d’une fin. Cela n’a pas bien d’importance, car cela fait bien une heure, pour les spectateurs les plus tolérants, que l’on a perdu tout intérêt pour American Honey.

La bande-son du film est intempestive. Les morceaux de rap viennent combler le vide de ce que l’on nous montre. Chaque scène de groupe est donc polluée par ce fond sonore sans lequel nous aurions pu nous rendre compte da la vacuité non pas du film, mais des vies qui tentent de se dérouler sous nos yeux. Andreas Arnold semble vouloir nous convaincre qu’écumer les routes en vendant des magazines dont les vendeurs ne toucheront que 20 % des ventes (25 % si les heureux abonnés payent en cash) est après toute une activité bonne enfant. Tout le monde rigole bien. Ce cache-misère est plutôt embrassant et contribue à brouiller les pistes quant à un éventuel discours de la réalisatrice.

Je ne comprends pas bien ce qui a pu se passer depuis Fish Tank, qui sans être parfait, ne présentait pas toutes ses tares. En 2009, Andrea Arnold nous présentait la vie de Mia avec sobriété et un optimisme raisonnable. L’héroïne finissait par quitter sa famille pour vivre une vie qu’elle avait choisie. American Honey parvient à faire trop sans provoquer la moindre émotion si ce n’est l’ennui.

On souligne le travail chargé des sous-titres qui ont été jusqu’à traduire la chanson de fin par : une Américaine pur sucre. C’est à peu près du même niveau que la traduction des chansons de Your name.
Si le fin fond de l’Amérique blanche vous intéresse, autant se reporter à The Other Side de Roberto Minervini.

American Honey, Andrea Arnold, 2017

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