Une Histoire du rap en France

ach003520962-1402372549-580x580Le rap, c’est un peu toute ma jeunesse. Faux. Adolescente dans les années 2000, la prépondérance du rap ne m’avait pas échappé, quelques tubes me sont même rentrés dans la tête, mais globalement, le rock, c’est mieux. Pourquoi lire Une histoire du rap en France ? 

En ce moment, le musée du Quai Branly tient une sorte « d’université populaire » sur le thème des grandes révoltes. On y trouve pêle-mêle le témoignage de Philippe Sollers, des séminaires sur Jésus et Karl Marx. Au milieu, il y en avait un sur le Révoltes postcoloniales et mémoire dans le rap français (1992-2002). Karim Hammou se lançait dans l’exercice périlleux d’analyser quatre chansons accompagnées de leurs clips: Tam-tam de l’Afrique d’IAM (1992), Dans nos histoires de Casey (2006), Mille et une vies de Lino (2007) et Alger pleurs de Médine (2012). L’exposé était intéressant surtout s’ils ont écouté peu de rap. Le temps des questions fut douloureux (« C’est bien la preuve qu’ils ne s’intègrent pas ! » ou encore « mais pourquoi le rap n’est-il pas mélodieux comme Michel Sardou ? »). Des participations qui ne brillaient pas par leurs pertinences, mais notre chercheur ne se sont pas démontées et a tenu sa barque. Cette performance de sa part m’a poussé à investir dans une histoire du rap, tiré en partie de la thèse du monsieur.

Karim Hammou fait démarrer l’histoire du rap dans les années 80, non pas comme mouvement musical, mais comme pratique ponctuelle. Des chansons et des refrains rap apparaissent dans la variété française. Chagrin d’amour et Annie Cordy sont à l’honneur. Ce n’est pas la partie la plus renversante, mais elle pose le contexte.

En s’appuyant sur les travaux d’Howard Becker sur les mondes de l’art, on suit l’ascension des rappeurs, qui passent tout d’abord par le stade « amateurs ». On passe d’une pratique informelle à une quête de professionnalisation. Karim Hammou montre l’émergence de nouvelle figure (les rappeurs), mais aussi la conversion d’acteurs déjà existants du monde de l’industrie musicale (les majors, médias divers et variés).

Cette conversion ne se fait pas toujours dans la joie et la sérénité. Très vite, le rap est associé aux banlieues, l’insécurité et la jeunesse en crise. Le point de vue des médias et des institutions (ministère de la Culture) occupe dès lors une partie importante de l’ouvrage. Karim Hammou se tient à l’écart de la définition du rap de façon assez habile en déroulant la construction par les médias d’une étiquette « rap » et les réactions des concernés face à cette assignation.

Alternant, les perspectives internes et externes et les méthodes ethnographiques et analyses sémiologiques, on repasse ensuite à une analyse entre les générations de rappeurs, mais aussi entre artistes indépendants et majors. Cette analyse permet de voir le rap s’étoffer, les discours et les positions se diversifient.

Pour dresser une histoire du rap français, on dérive forcément sur une petite histoire des radios françaises. Cette histoire proche me fascine. Elle porte un regard sur une période historique que j’ai vécu en toute inconscience. La perspective sociologique apporte une vision plus globale aux discussions métaphysiques adolescentes qui rejouaient la guerre rap versus rock. Comme le souligne Karim Hammou, les années 2000 voient une « stabilisation » du rap, ce n’est plus le genre phare. Les radios se convertissent aux R’ne B et aux grooves. Je me souviens ému de « R’n’B de rue » de Matt Houston.

Une Histoire du rap se conclut sur les attaques juridiques menées par la classe politique contre le rap et les rappeurs. J’aurai aimé quelques choses de plus approfondies, mais ce n’est pas le sujet de ce livre. Ce livre laisse un certain sentiment de frustration, malgré les nombreux sujets balisés. Ils donnent envie d’aller plus loin, ce qui est quand même une qualité.

Cet essai m’a quand même poussée à quelques réflexions. Les aspirants au rap sont biberonnés à la musique et aux modèles américains, ce qui est une source de consternation inépuisable pour ma part. Surtout, dans cette Histoire du rap, ce nouveau mouvement musical semble aspirer pleinement à la conquête du marché musicale, avec plus ou moins de succès. L’ascension du rap parait dépendre des moyens techniques qui vont lui être apporté par les majors et plus tard des labels indépendants, mais à visée commerciale quand même. La pratique du rap ne cultive-t-elle pas une approche indépendante, coupé des enjeux commerciaux, comme peut le faire le punk ? En fait, ma question est plutôt : existe-t-il un équivalent rap de Crass ?

J’aurai pu vous proposer les titres que Karim Hammou nous a fait écouter au Quai Branly, mais je préfère celle-là:

Une histoire du rap en France, Karim Hammou, La découverte, 2014.
11 euros

Une réflexion sur “Une Histoire du rap en France

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