Le blabla de la nuit

14488916_10154011729481313_1530780377_oComme vous le savez puisque vous me suivez assidument, Ursule Le Guin est la papesse de la science-fiction, mais je ne la découvre que récemment. Toujours grâce à votre assiduité, vous savez que je commence rarement les choses dans l’ordre indiqué. Après La main gauche de la nuit, je me suis laissée tenter par ce court essai publié Aux forges de Vulcain. 

Le langage de la nuit rassemble dix textes, articles et discours, tenue par Ursula Le Guin à différentes occasions, qui ne nous sont pas communiqué pour des raisons que je ne m’explique pas. Cet essai ne s’embarrasse pas non plus d’un sommaire, outil perçu comme pratique par certains.

Les dix textes sont les suivants :
–Une citoyenne de Mondath
–Pourquoi les Américains ont-ils peur des dragons ?
–Les rêves doivent pouvoir s’expliquer tout seuls
–Discours de réception du prix du National Book Award
–L’enfant et l’ombre
–Mythes et archétypes en science-fiction
–Du pays des elfes à Poughkeepsie
–La science-fiction américaine et l’autre
–madame Brown et la science-fiction
–La cosmologie pour tous

La préface de Martin Wincler est inutile et rédigée en épicène, j’ai déjà exprimé tout le bien que je pensais de cette pratique. Les textes présentés ne se valent pas tous. Certains peuvent être considérés comme anecdotiques. Ils forment cependant un ensemble assez cohérent. Ursula Le Guin brasse les mêmes temps avec des approches plus ou moins différentes. Le premier est l’opposition entre fiction et utilitarisme. La fiction, science-fiction, est une forme méprisée, car elle ne présente pas de rentabilité. Elle s’offre aux lecteurs comme divertissement et à la rigueur comme art. Pour l’auteur, cela s’oppose à la vision du cadre dynamique américain moyen, qui n’agit que dans son intérêt. L’argument revient à plusieurs reprises (Pourquoi les américains ont peur des dragons ? L’enfant et l’ombre). Ursula Le Guin s’en prend également à la science-fiction et déplore le manque d’ambition littéraire des auteurs, mais aussi de la critique qui nourrit les écrivains. Là-dessus, je ne peux que la rejoindre. Pourquoi excuser le médiocre alors qu’il existe tant de bons textes ailleurs ? Pourquoi ne pas percevoir la critique comme un trépied qui vous tire vers le haut, plutôt que comme une attaque personnelle ?

Enfin, la jeunesse est une cible de choix pour l’écrivaine. Elle apporte ainsi son soutien aux auteurs de jeunesses, mais aussi en appelle à ne pas prendre les plus jeunes lecteurs pour des idiots ; à cesser de sous-estimer le lectorat.
« Les rêves doivent pouvoir s’expliquer tout seuls » éclairera, en surface, le lecteur sur les déclics qui ont pu mener Le Guin à la rédaction de roman tels que Les dépossédés, La Main gauche de la nuit et aussi Terremer.
Je souligne que « L’enfant et l’ombre » offre une belle et pertinente analyse du trio Gollum, Frodo et Sam. Je ne e l’étais pas formulé, mais cela me parait cohérent.
Ces textes qui ont tous été écrits dans des contextes précis survolent en général leurs sujets. On ne va jamais en profondeur. Le style déclaratif de Le Guin sonne parfois moralisateur. Je ne pense pas que cela ait été la volonté de l’auteur, mais on alterne souvent modèle d’écriture, qui sont toujours les mêmes, et contre-exemple, en général peu d’exemples.

Tout cela me mène à une conclusion qu’Ursula Le Guin est sans doute meilleur nouvelliste qu’essayiste. Ce n’est pas la pire des qualités.

Le langage de la nuit, Ursula Le Guin, Aux Forges de Vulcain, 2016.
12 euros. 

4 réflexions sur “Le blabla de la nuit

  1. Il y a des auteurs qui sont plus doués en s’exprimant à travers la fiction. Je vais l’excuser en me disant que le rapport de force dans le milieu du livre US est beaucoup plus tendu qu’en France et se structure pas de la même façon…
    J’ai fini Fangirl et la lecture c’est bien passé voir très bien. J’attend de lire Carry On pour faire une chronique. Fangirl m’a donné envie d’écrire, ce qui est plutôt une qualité pour un livre, surtout que le sujet est une écrivaine en devenir. Après, il y a bien sur des choses qui me chagrine un peu notamment l’idée qu’une fois que les jumelles se trouvent un mec « stable », ça va mieux. Parce que le couple, c’est tellement la voie de l’épanouissement. Il y a aussi un côté un peu facile, trop happy ending, mais ce n’est pas un vrai reproche, c’est plus mes attentes de lectrices « adultes ».

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    • Oh, génial!
      Tiens, ta remarque m’interpelle parce que d’habitude c’est un truc qui m’énerve, pourtant la chose ne m’a pas titillée ici (ou alors c’est pour Wren? J’avoue avoir complètement oublié si elle finit avec quelqu’un). J’ai hâte de lire ta critique du livre du coup (si tu en écris une).
      Rowell est plus nuancée dans ses romances adultes, en fait celle-ci est la plus « happy ending », les autres sont un poil moins « tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes », même si « Attachment » n’en est pas loin. Du tout.
      Bon, c’est mal si maintenant j’attends de voir ta réaction à « Carry On » juste pour savoir si j’arriverai à te vendre une ou deux fanfics? Parce que j’ai besoin de me sentir moins bizarre, à enchaîner « OMWOT » de Marra, du YA (très intéressant « Celle dont j’ai toujours rêvé » rempli de cliché mais de loin un des YA les plus intéressants que j’ai lus dernièrement avec « Moi, Simon, 16 ans, Homo Sapiens » et les Dabos), « Autoportrait » d’Edouard Levé (ma prochaine lecture normalement, même si j’hésite avec « Générosité » de Powers ») et une fanfic. J’ai parfois l’impression d’être une lectrice schizophrène, partager ma folie me ferait du bien.

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