To carry on or to carry on

Lecteur attentif que tu es, tu sais qu’il y a quelque temps je me suis replongée dans Harry Potter. Par contre, tu ne le sais peut-être pas, mais il m’arrive d’aller perdre mon temps sur un fameux « site web d’hébergement de vidéos sur lequel les utilisateurs peuvent envoyer, évaluer, regarder, commenter et partager des vidéos » sur lequel j’ai découvert Sophie M est donc Rainbow Rowell. 
Rainbow Rowell est une autrice américaine de plusieurs romans dont seulement deux vont nous intéresser. Le premier est intitulé Fangirl (2013) et suit l’arrivée à l’université de Cath, ce personnage est également l’autrice d’une fanfiction, Carry on. Vous commencez à voir où je veux en venir. En 2015, Rainbow Rowell publie Carry On, la fanfiction qu’aurait pu écrire Cath. 
J’étais intrigué par Carry on, puisqu’il était supposé offrir une nouvelle perspective sur la saga de J.K. Rowling. Sur les bons conseils de Cachou, j’ai finalement commencé par le commencement c’est-à-dire Fangirl. 

Fangirl n’est pas un roman trépidant. On assiste à un évènement plutôt banal c’est-à-dire les premiers pas de Cath dans un monde adulte. Sa sœur a mis les voiles dans le bâtiment d’à côté et s’est trouvé sa propre colocataire. Les deux sœurs, jumelles, sont en instance de divorce et Cath est laissé à la traine. Pourtant, elle va surmonter cette épreuve, rencontrer des gens, se remettre en cause, se questionner pour aller de l’avant. Ces changements sont accueillis avec plus ou moins d’enthousiasme. A priori, ces situations nous sont familières puisqu’il a bien fallu à tout à chacun quitter papa et maman et affronter le méchant monde qui nous entoure. Bien sûr, Cath est un peu spéciale, car elle est particulièrement peu volontaire. On pourra trouver ça touchant ou ridicule ou encore ridiculement touchant.

Cath écrit et se laisse dévorer par le monde de Simon Snow. Elle explique à plusieurs reprises se sentir disparaitre quand elle travaille sur sa fanfiction, ce qui laisse présagé d’un rapport malsain vis-à-vis de sa communauté de lecteurs. D’ailleurs, on entendra peu parler de ses lecteurs concrètement. Rainbow Rowell image bien la pression que Cath peur ressentir lorsque le moment de conclure Carry on arrive. Pourtant aucun de ses lecteurs/commentateurs n’est désigné. Il reste une masse informe au loin. L’enjeu, pour l’auteur, est de montrer comment son personnage va s’émanciper de cet univers sans le trahir. À l’université, Cath étudie un cours de « writing fiction », dans lequel son professeur lui fait comprendre que la fanfiction n’a pas sa place. Il est temps qu’elle crée son propre univers ou tout du moins qu’elle essaye. Ce cheminement vers l’écriture est plutôt intéressant. Il présente l’écriture de fanfiction sous un jour nouveau et positif, c’est-à-dire comme une zone d’entrainement et de rodage pour jeune écrivain.

Cette partie de l’histoire passe cependant au second plan pour se concentrer sur la socialisation de Cath, qui va se trouver un petit ami. Cette relation, classique, s’insère correctement dans la narration, même si on peut regretter quelle penne autant de place ? Rainbow Rowell ne nous épargnera pas les questionnements puritains autour du sexe avant le mariage et bien sûr du mariage. Tout cela dans le but principal de nous démontrer que Cath n’est pas une trainée.

Au final, Fangirl se montre très plaisant à lecture, disons que cela glisse tout seul. L’auteur parvient à créer un personnage crédible et à le faire évoluer. Cependant, je regrette un peu le manque de montée en généralité, c’est-à-dire que l’on sent bien le poids de la difficulté à aller au-devant de l’autre, mais l’on ne s’attarde pas trop sur la cause. Je n’entends pas par là, les causes personnelles de Cath, qui est clairement en plein Oeudipe, mais des causes plus générales comme pourquoi le monde fait-il autant peur ? Surtout, j’aurais trouvé intéressant que l’auteur se penche sur les raisons pour lesquels Cath éprouve aussi peu d’attraction pour le monde qui l’entoure. Je saisis l’appréhension, mais je ne comprends pas son manque de curiosité. Cette question, là, n’est pas résolue, à moins de considérer qu’il le faille bien, mais ce serait être normatif.

Il n’est pas inopportun de dresser quelques parallèles avec la série Gilmore Girls. Je trouve que les deux personnages fonctionnent en une asymétrie assez intéressante. Rory Gilmore, pleine de bons sentiments, a décidé de conquérir le monde, comme le revival de la série nous la montré, cela ne va pas se produire. Cette enfant qui s’offre au monde sans retenue et sans arrière-pensée finit par retrouver le chemin de son village. Cath prend le chemin à l’envers. Elle n’a pas la plus petite intention de conquérir le monde, qui la terrifie, pourtant elle se lance. Le roman s’arrête au moment où Cath semble avoir eu le déclic, ainsi on ne saura pas jusqu’où elle ira. La fin convenue me laisse présager du manque d’ambition de l’auteur pour son personnage, mais je me permets pour ma part d’envisager une poursuite plus optimiste dans lequel celle-ci continuerait de découvrir des choses, au-delà du périmètre de 40 minutes en voiture autour de la maison de son père.

J’ai donc terminé mon roman en me sentant plutôt satisfaite parmi les romans dédiés à la jeunesse lue ces derniers temps, celui-ci s’en sortait vraiment bien. Je prenais confiance en l’auteur, malgré quelques tics de langage. J’ai donc entamé Carry on et ce dut le drame.

Carry on est écrit de la même façon que Fangirl, c’est-à-dire un style très simple, mais propre, un vocabulaire peu développé, une prépondérance de dialogues. J’ai repensé à ce que disait Ursula Le Guin sur les problèmes de styles des jeunes auteurs. Fangirl se déroule de nos jours dans un univers sans mystère et que le style qui accompagne le récit soit des plus contemporain ne détonne pas. Arrivé à l’école de magie de Simon Snow, le décalage se fait ressentir. J’ai eu l’impression d’une enfilade de plaintes adolescentes sur les tourments de la vie lycéenne, auquel se rajoute de subtiles allusions aux aventures menées dans les tomes précédents. Chacune se résumant à peu près à ceci : un truc gluant a attaqué et Snow l’a tué. Carry on est construit sur le principe de personnage point de vue, ce qui dans ce récit ne présente aucun intérêt. Tous les personnages se retrouvant, la plupart du temps, au même endroit. Leurs points de vue sont rédigés de la même façon, ne permettant pas de distinguer les personnages des uns des autres.

Au bout de deux cents pages, il ne s’est rien produit me faisant lever le sourcil. Pour cause, une partie des évènements a déjà été annoncée dans Fangirl.

Les éléments sociopolitiques qui auraient pu donner du caractère à l’œuvre sont brefs et ponctuels. Rainbow Rowell tente bien sûr de donner un sens plus moral à l’affrontement entre méchant et gentil. Les premiers sont des élitistes, sang pur, les seconds sont des défenseurs des classes populaires et des marginaux. En même temps, l’auteur nous explique que tous les personnages ne possèdent pas la même dose de magie, et ce dès la naissance, ergo innéiste. Baz est gay, Simon est bisexuel ou gay, peu importe. Oui peu importe. La romance entre les deux personnages est tellement mollement menée que cela importe peu. Les personnages ne sont porteurs d’aucune ambiguïté, d’aucun doute. Je sauverai seulement Agathe, la copine de Simon, qui nous laisse entr’apercevoir que fréquenter l’élu est une activité bien triste dont elle ne sait pas comment s’en sortir. C’est d’ailleurs à peu près ce que j’ai ressenti en lisant Carry on avant de me rappeler que je n’étais pas un personnage de fiction emprisonné dans son rôle. J’ai refermé Carry on à la page 179.

Fangirl, Rainbow Rowell, Castelmore, 2013
Traduction : Cédric Dégottes
16,90 euros

Carry On, Rainbow Rowell, PKJ, 2016
Traduction : Catherine Nabokov
18,90 euros

Une réflexion sur “To carry on or to carry on

  1. Je ne pense pas qu’il y ait une cause à chercher du côté du comportement de Cath, elle est simplement juste très introvertie. Elle sort de sa coquille seulement à l’unif parce qu’elle n’a jamais eu à le faire avant (sa soeur était toujours là et ça lui suffisait) mais sa nature ne change pas pour autant, ce que j’apprécie énormément parce que les personnages réellement introverties auquel on n’«apprend» pas à se comporter «normalement» sont très rares et ça fait du bien ne pas la voir se transformer en sorteuse et autres joyeusetés du genre qu’on veut imposer comme idée de la manière dont on peut profiter réellement de la vie.

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