Alchimie de pierre

Ekaterina Sedia est née en Russie en 1970. Elle émigre aux États-Unis d’Amérique pour poursuivre ses études dans le domaine de l’écologie. Elle est l’auteure de cinq romans dont l’Alchimie de la pierre, publié en 2008 chez Prime Books. Ekaterina Sedia a également produit beaucoup de nouvelles et œuvré, un petit peu, dans l’édition.
L’Alchimie de la pierre, recommandé par Locus The Magazine of The Science Fiction & Fantasy Field, nous arrive en France grâce aux éditions du Bélial’ avec une traduction de Pierre-Paul Durastanti.
La couverture est due à Nicolas Fructus, ce qui nous change d’Aurélien Police et de Manchu, mais pas forcément pour le mieux. Personnellement, je trouve cette illustration criarde. De plus, le dessin introduisant chaque nouveau chapitre est toujours le même, ce qui rend le livre beaucoup moins sophistiqué qu’il n’y parait, mais contribue à charger l’objet, ce qui est assez symptomatique de cette histoire.

Dans L’Alchimie de la pierre, nous suivons l’automate Mattie, émancipée et gagnant sa vie comme alchimiste au sein d’une ville divisée en trois groupes. Les mécaniciens et les alchimistes se disputent le pouvoir tant dit que les gargouilles sont aux bords de l’extinction. Ces dernières engagent Mattie pour les sauver de la pétrification. Le monde de l’Alchimie de la pierre est donc en pleine transformation, accéléré par une série d’attentats contre le gouvernement.

La première problématique à se présenter aux lecteurs est celle du lien entre Mattie à son ancien maitre, Lohari. Sedia décrit très bien l’ambiguïté de leurs relations. L’automate est un personnage complexe. Ses réflexions et ses sentiments sont humains, mais son corps ne l’est pas. Cela la place aux marges de la société, non pas comme une pestiférée, mais comme une spectatrice invisible. Elle tient également un rôle de candide. Mattie découvre la liberté, même relative. Elle fait des rencontres, noue des amitiés et voit naitre en elle le sentiment amoureux et le désir qui l’accompagne. Cependant, cette naïveté et la position de retrait qu’elle occupe vont aussi se présenter comme des handicaps pour la narration. L’auteur veut traiter un sujet plus global, elle veut nous parler de la révolution au sein de la société. Ces bouleversements sociaux vont rester très flou, puisque Mattie n’y serai jamais lié

« Il lui semblait que les évènements se produisaient sans la gratifier d’une influence directe »

Cette partie de l’histoire n’est accessible qu’à travers les propos caricaturaux des personnages. Il se produit d’ailleurs un renversement du point de vue du personnage principal arrivé à mi-parcours. Mattie commence par nous décrire un monde décrépit, dans lequel elle est discriminée et semble le regretter. Elle déplore également la mise à l’écart des étrangers et l’exploitation des paysans et des ouvriers. Or lorsqu’elle se retrouve face au groupe contestataire elle porte un regard déçu en leur reprochant d’être les enfants des classes supérieures. C’est un paradoxe lorsque l’on voit le mode de vie de Mattie, qui cours se réfugier chez son maitre à chaque obstacle, travaille pour des riches, n’a aucunement besoin de nourriture, de chauffage ou de dormir, sans oublier son visage en porcelaine qu’on lui change trois fois dans le récit. L’automate ne se liera pas directement à ce groupe. On peut arguer qu’ils ne l’incluent pas, mais aussi que Mattie ne va pas au-devant d’eux. D’ailleurs, elle ne va au-devant de personne. Cela explique la présence d’un personnage mystérieux dont l’existence ne se justifie que pour faire avancer l’histoire en révélant des informations à Mattie. On effectue donc régulièrement des allers et retours entre les mêmes personnages et les mêmes lieux. Certaines intrigues sont diluées parce que Mattie a oublié de demander quelque chose à X. cela donne au lecteur le temps d’anticiper la suite et de s’ennuyer.

Enfin, Ekaterina Sedia semble saborder à la fois son propos et son personnage. Dans un premier élan, Mattie découvre l’amitié et les premiers émois amoureux, mais ceux-ci sont écartés de la narration, laissant un gout amer. Les grands bouleversements vont également être une déception et l’émancipation véritable de Mattie échoue. Le ton change et passe d’un optimisme serein en l’avenir à l’abattement du retour à l’ordre. Cela pourrait être une dynamique intéressante si j’avais le sentiment que ce changement de ton était souhaité par l’auteur. Or il semble plutôt être le résultat d’une intrigue mal menée.

Ekaterina Sedia s’applique à nous délivrer une historie sophistiquée en témoigne le langage utilisé, rempli d’adjectifs et de tournure de phrases alambiquées. La description de l’univers et de l’ambiance occupe de l’espace, ce qui en laisse peu pour le travail narratif. Les transitions entre les évènements sont donc traitées de manières très succinctes et l’enchaînement de l’action en pâtit. Dans une interview pour Fantasy Magazine l’auteur se dit avoir été surprise de pouvoir raconter une histoire avec une intrigue, ce qu’elle qualifie de « petit miracle ». À mon sens, ce miracle n’a pas eu lieu. Les questionnements intéressants de l’Alchimie de la pierre sont indépendants de l’intrigue: l’amitié, l’amour et la découverte de la liberté. La construction de l’intrigue pour l’auteur a consisté à rattacher artificiellement tous les personnages au groupe contestataire, sans jamais nous exposer les motifs des personnages et sans jamais leur faire un jouer un rôle prépondérant. L’histoire de l’Alchimie de la pierre parait donc peu probable et surtout avortée. On reste sur des passages beaux et forts, mais qui ne conduisent pas à une histoire.

L’alchimie de la pierre, Ekaterina Sedia, Le Bélial’, 2016
Traduction : Pierre Paul Durastanti
20 €

Une réflexion sur “Alchimie de pierre

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