Walker – Texas Ranger – Evans : une rétrospective

thumb_medium
Walker Evans n’était pas un Texas Rangers, il était photographe. Logiquement, vous avez déjà croisé son travail sans le savoir ou pas dans vos manuels. Walker Evans est né au début du 20e siècle, 1903 pour être exact, et est devenu un photographe reconnu, contribuant à poser quelques bases. Pour la première fois, il bénéficie d’une rétrospective en France présentée par le Centre Pompidou.  

Dès la première salle, Walker Evans nous est présenté comme un artiste. Son travail serait proche de la poésie, d’ailleurs il a traduit du français vers l’anglais Baudelaire et Cendrars, entre autres. Les premiers clichés encouragent cette vision partagée entre des autos-portraits du plus flou au plus nettes et des images du quotidien dont les perspectives sont toutes interrompues.

ee48a6aebe9f0adcb873ada1e7a40958Progressivement des thématiques s’imposent (la publicité et les devantures de commerce) qui vont être regroupées par les commissaires de l’exposition sous l’étiquette « vernaculaire ». Le mot peut surprendre puisqu’il a généralement trait au langage désignant une « langue parlée seulement à l’intérieur d’une communauté linguistique donnée ». J’ai poursuivi l’exposition en me disant que le concept s’éclaircirait de lui-même. Il est devenu évident que la photographie vernaculaire était la photographie de choses banales, jusqu’au moment où je suis tombé sur ceci :

« La culture vernaculaire américaine est au cœur de l’œuvre de Walker Evans. Il l’a documentée en s’inspirant des formes ou des procédures de la photographie vernaculaire. Pour lui, le vernaculaire est donc bien à la fois un sujet et une méthode. Il choisit cependant parfois des sujets qui ne relèvent pas simplement de la culture vernaculaire en générale, mais plus spécifiquement de la photographie vernaculaire elle-même : la devanture d’un studio de quartier, un présentoir à cartes postales, des portraits de famille accrochés au mur, et quelques photographes de rue, ambulants ou saisonniers. Il replie ainsi la méthode sur le sujet et produit des photographies qui sont autant de professions de foi exprimant sa conception de la photographie — des images — manifestes, en somme. »

Evans p 87 DAMAGED sign

J’ai dû manquer quelques choses. En rentrant chez moi, j’ai eu l’occasion de résoudre le triste mystère. La photographie vernaculaire n’est pas très répandue. Il semblerait que ce soit un concept récent développé notamment par Clément Chéroux, commissaire de cette rétrospective, dans un essai : « Vernaculaires, essai sur l’histoire de la photographie » (Le point du jour, 2013). Je découvre donc que le terme vernaculaire n’est que le nom vernaculaire pour la photographie amateur, la photographie d’objet du quotidien, en fait la photographie déconsidéré par une élite artistique.
Tout d’abord, je ne vois pas l’intérêt de sacraliser cette pratique « à côté » par un concept fumeux. Ensuite, je ne vois pas du tout en quoi Walker Evans s’inscrit dans cette analyse. Walker Evans est mort en 1975, il était devenu Professeur de photographie à Yale en 1965 et la première rétrospective de son œuvre fut exposé en 1971 au Museum of Modern Art à New York, pas la plus insignifiante des institutions.
En somme, Clément Chéroux a transposé son concept sur l’œuvre de Walker Evans, sans que cela nous aide à la comprendre. Le concept de vernaculaire devient d’ailleurs embrassant lorsque nous arrivons aux photographies les plus connues du photographe.

1191_xlAprès la crise de 1929, Franklin Roosevelt a mis en place une série de mesures et d’institution pour redresser l’économie. La Farm Security Administration est créée en 1935, elle a pour but de soutenir les fermiers, notamment en collectivisant leurs terres pour améliorer leur rendement. La FSA a également lancé un programme de photographie afin de documenter cette crise historique. Une dizaine de photographes sont engagés notamment Walker Evans, mais aussi Dorothea Lange et Gordon Parks. Les photographies prises dans le cadre de ce programme se trouvent à la Bibliothèque du Congrès Américain. Bien sûr, ces informations ne sont pas présentes dans cette rétrospective.

On trouve donc les portraits de trois familles de fermiers d’Alabama, celle-ci a également fait l’objet d’un livre de James Agee : « Let us now prise famous men : three tenants families » paru en 1941 chez Houghton Mifflin Harcourt (1972 chez Plon pour la version française). James Agee et Walker Evans ont vécu trois mois chez ses fermiers. Les photographies y sont assez saisissantes. Elles alternent entre des portraits solennels et plein de dignités et des photos plus chirurgicales de la chambre à coucher, du salon ou encore d’une tombe. On trouve également quelques clichés qui paraissent pris sur le vif et laissent entrevoir l’implication du photographe dans le quotidien de ces familles.

 La rétrospective reprend son cours. Les vitrines vernaculaires sont remplacées par les poubelles vernaculaires. Le travail de Walker Evans apparait comme une parenthèse dans sa carrière. Tous ces projets pour la FSA ou de commande sont présentés à égalité ne laissant transparaitre aucune évolution ou distinction. Pourtant, le travail documentaire pour une institution quasi communiste et la photographie d’un catalogue pour une exposition sur les arts africains me parait très différent.

En plus d’offrir une vision biaisée de l’œuvre de Walker Evans, cette rétrospective ne présente pas des clichés toujours pertinents. Le Centre Pompidou annonce avoir effectué de nouveaux tirages à partir de négatifs originaux or nous faisons face à un ensemble incohérent de formats et des séries tronquées. Seul « Labour anonymous » (Détroit, 1946) semble être présenté en entier. On ressort donc embarrassé de cette exposition avec la nécessité de combler les trous et de remettre les choses à leurs places.

walker-evans-photographe-de-la-grande-depression-ok-sr-photos-pas-vues,M444327

Walker Evans, Centre Pompidou, Du 26 Avril au 14 Aout 2017.
Commissaire : Clément Chéroux, Julie Jones

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s