Je ne suis pas votre nègre

IANYN_DP_A3_14.inddParlons peu, parlons bien, j’avais bien vu que I am not your negro avait été nominé aux oscars, mais j’avais mis de côté son visionnage pour me consacrer sur O.J. Simpson, objet d’une série (American crime story : The people versus O.J. Simpson, FX, 2016) et d’un documentaire de cinq heures (O.J. Simpson : Made in America, Ezra Edelman, 2016) dont je vous parlerais un jour prochain. Heureusement, une amie soucieuse de mon élévation intellectuelle me remit sur le droit chemin. 
Le documentaire de Raoul Peck est sorti, en France, d’abord sur le petit écran (Arte) avant de paraitre dans une cinquantaine de salles. 

Raoul Peck, né en 1953 à Haïti, et ses parents fuient la dictature de Duvalier (1957-1971) pour le Congo. Raoul Peck rejoint l’élite cosmopolite, il mène ses études tout comme sa carrière dans différents pays (États-Unis, Allemagne et France). Il deviendra ministre de la Culture d’Haïti de 1995 à 1998. Raoul Peck réalise des téléfilms pour Canal +, notamment l’École du pouvoir (2009) qui proposait une belle critique de l’ENA et de la politique. Je vous laisse découvrir les détails de sa biographie sur ce fameux projet d’encyclopédie universelle et multilingue.

I am not your negro se base un manuscrit non publié de James Baldwin (1924–1987) Remember this house. Il s’agit d’un texte regroupant ses souvenirs liés à trois militants majeurs de la lutte pour les noirs aux États-Unis : Medgar Evers, avocat pour la NAACP tué en 1963, Malcolm X tué en 1965 et Martin Luther King tué en 1968.

Ces trois figures vont rythmer le documentaire, mais ne sortiront pas de leurs rôles d’icônes. Ces trois personnages historiques représentent une forme spécifique de résistance à l’oppression des blancs. Medgars Evers incarne la voie légaliste, Malcolm X la lutte violente et Martin Luther King la stratégie médiatique et l’amour. I am not your negro propose donc de découvrir la variété de la pensée des militants noirs, rarement représentée au sein d’une même œuvre ou alors pour les mettre en opposition.

Le sujet du documentaire reste concentré sur James Baldwin. Remember this house a été ébauché à la fin de sa vie alors que l’écrivain a vu mourir ses amis et les symboles de la lutte. C’est la vision d’un homme fatigué ayant vu mourir tous ses amis et une bonne partie de ses espoirs qui nous est présentée. Le film esquisse deux mouvements, tout d’abord démontrer aux blancs que le « problème des noirs » est le leur, ensuite appelé les africains-américains à transcender les représentations qui leur ont été données jusqu’à présent. Ils n’incarneront jamais des John Wayne, mais ne peuvent pas rester dans le rôle des Indiens de toute évidence. Raoul Peck et James Baldwin démontrent bien l’entrelacement du destin des noirs et des blancs aux États-Unis. Plus les blancs s’exonèrent de leur oppression et plus la société américaine, dans son ensemble, s’éloigne de la démocratie.

Le réalisateur manipule les images pour mettre en scène le propos de Baldwin. Nous sommes loin du cinéma-vérité. Le réalisateur n’a aucun respect pour l’archive visuelle, ce qui ne la trahit pas forcément. Les images choisies n’expriment pas ce qu’elle montre, mais pour illustrer le manuscrit de Baldwin. Elles n’avaient pas cette visée, mais vont être finement détournées dans ce but. Raoul Peck va chercher aussi bien dans le passé que le présent en insérant des photos des émeutes de Ferguson, mais aussi des images du Président Barack Obama (aujourd’hui occupé à faire le tour des iles polynésiennes françaises et a appelé à voter pour Emmanuel Macron).

I am not your negro comporte son lot de désespoir puisque la situation décrite par Baldwin au milieu des années 80 se transpose aisément à nos jours. Pourtant, le visionnage du film n’inspire pas de l’abattement, au contraire. James Baldwin expose ses morts et ses désillusions, mais aussi sa résilience. Les images de Ferguson ne sont d’ailleurs pas tristes, elles montrent un groupe en lutte. L’évolution des relations entre les bancs et noirs n’évolue que dans le sens d’une retraduction actualisée de la domination, mais celle-ci est combattue. L’espoir véhiculé par I am not you negro ne se trouve pas dans une éventuelle prise de conscience et de réadaptation du comportement du blanc, mais dans la résistance des Africains-Américains.

Raoul Peck nous proposera également cette année un film où il sera question de domination : Le jeune Karl Marx (septembre 2017). Je suis toute de suite moins enchantée.

I am not your negro, Raoul Peck, 2017
Avec les voix de Samuel Lee Jackson (VO) et Joey Star (VF)

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