Super roman

SupernormalIl est devenu une chose commune et facile de se moquer des superhéros. Deadpool (Tim Miller, 2016) constitue le dernier et meilleur exemple en date. Le héros Marvel brise tous les codes nous montrons sa sexualité et brisant le quatrième mur à tout bout de champ. Il n’a rien inventé. En 1977, le journaliste Robert Mayer voyait paraitre son premier roman Superflok. 

Super Normal développe un concept aujourd’hui assez banal, imaginer la vie normale des surhommes lorsqu’ils ne portent pas leurs costumes moulants. David Brinkley est le dernier des superhéros vivants. Toutefois, il a déposé ses collants pour fonder une famille dans la banlieue de New York.
En fait, notre personnage effectue la mue inverse des superhéros au lieu de se transformer en surhomme, symbole du passage de l’adolescence à l’âge adulte, il vieillit et deviens moins puissant.
Robert Mayer ne se satisfait pas de nous montrer un héros en voie de décrépitude, il nous dépeint aussi un homme normal qui a un peu raté sa vie. David Brinkley mène une vie bourgeoise, mais pas riche. Il stagne dans sa carrière de journaliste puisqu’il doit être rentré tous les soirs pour faire la vaisselle. Il est moyen parmi les moyens.
Super Normal ne se limite pas à un roman introspectif sur le dépérissement. New York croule plus que jamais sous la criminalité à tel point que David Brinkley songe à renfiler ses collants. Robert Mayer le confronte à son inutilité. Les Américains l’ont oublié. Dans la résolution de l’intrigue, David Brinkley tiendra certes un rôle spectaculaire, mais les problèmes humains seront résolus par eux.

1026129Batman versus Superman (Zack Snyder, 2016) nous laissait entrevoir cette voie, mais n’osait l’emprunter. Superman n’est pas utile, il est même nuisible. Heureusement, la franchise a eu l’idée d’en faire un Texan benêt, qui n’aura jamais l’idée de se servir de son pouvoir pour dominer les foules.
Là où les parodies de superhéros demeurent gratuites, Robert Mayer en profite pour nous proposer une satire de la société américaine. Cela réclame une certaine connaissance de la culture du pays, mais l’édition française s’est dotée de 201 notes de bas de page, certaines abusives, pour éclairer le lecteur.

L’auteur met à mal le mythe de la toute-puissance, puisque notre héros ne parvient à bander que lorsqu’il ne porte pas son costume. Il doit prendre sa forme normal et considéré comme tel pour bander décemment. Robert Mayer fait également s’interroger son personnage sur le système carcéral. La prison est-elle la solution au système carcéral ? Le gardien de prison croisée est comparé à un militant d’extrême droite, ce qui pourrait constituer un début de réponse.
Enfin, les multinationales ne ressortent pas de ce roman indemne puisqu’elles sont associées à un poison gangrenant la société et nous ayant rendu moins puissants.

7850263956_3ec87be7e3Le récit de Mayer se révèle riche et plusieurs lectures permettront sans doute de mettre à jour de nouvelles références. Super Normal a inspiré beaucoup d’auteurs de comics par la suite et son œuvre demeure originale et drôle. Il bénéficie donc de deux postfaces l’une de Grant Morisson (Batman) et de Kurt Busiek (Astro city et les héros Marvel). Il n’est pas non plus interdit de faire le lien entre Super Normal et Watchmen d’Alan Moore paru en 1986, même si l’auteur s’est montré moins loquace sur le roman de Mayer.

Super Normal, Robert Mayer, Aux forges de Vulcains, 2017
Traduction : Francis Guévremont
21 €

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