Baba Yaga chez les Bolchéviques

91DdJps0qJLCatherynne M. Valente est une romancière et une poétesse américaine. Aux États-Unis, la liste de ses œuvres et des prix s’allonge pendant que les traductions françaises stagnent. Nous avons jusqu’à présent un roman Immortel et une série jeunesses Féérie dont le premier tome La fille qui navigua autour de Féérie dans un bateau construit de ses propres mains est parue aux éditions Balivernes en 2015. 

Il y a au moins deux autres textes de Catherynne M. Valente, que j’aimerai voir traverser l’atlantique : Palimpseste (nominé au Hugo et au Locus) et Radiance, recommandés par l’éminente Georgette Abdaloff.

Immortel nous comte l’histoire de Maria Morevda et celle-ci débute au lendemain de la révolution bolchévique. Le folklore et l’histoire russe se rencontrent dans ce roman. Notre jeune héroïne russe voit toutes ses sœurs quitter la demeure familiale pour celle de leurs époux-oiseaux. Chacun des prétendants se présente à une époque différente et symbolise une autorité différente.

Le récit ou les récits sont difficiles à résumer sans en révéler toute la substantifique moelle. Nous suivons Maria Morevda au fil de sa vie. Chacune des étapes fondamentales est racontée à travers le schéma narratif du conte : trois épreuves à travers lesquels le personnage apprend quelque chose lui permettant de poursuivre son chemin. La vie de Maria Morevda s’intrique finement avec l’histoire russe puisque tout débute alors qu’elle est enfant, tout comme le régime soviétique qui vit ses premières heures, jusqu’aux lendemains qui déchantent. Les promesses et les illusions de la jeunesse se flétrissent. On assiste à une forme de bureaucratisation de l’ordre magique. Les êtres magiques se réorganisent en comité et se nomment camarades.

La destinée des protagonistes de Valente se révèle rude et pourtant pas dénuée d’optimisme. Comme tout les contes, Immortel possède sa propre leçon de vie. Maria Morevda n’est pas un personnage unique, mais plutôt un canon. Elle incarne la jeune fille, la femme et la vieille dame que nous avons été et serons. Le roman déroule le cycle de la vie dans lequel notre héroïne embrasse les joies et se débat contre le malheur.

Si chacune des mutations de Maria est parfaitement incarnée, on notera que les transitions de l’une à l’autre déstabilisent. Il arrive que l’on ne reconnaisse pas le caractère de Maria d’un chapitre à l’autre, notamment au moment du passage de l’enfance à l’âge adulte.

L’interprétation des contes russes par Valente est plutôt réussie. Elle offre de belles images, mais aussi des références cocasses aux contes d’origines. La valeur positive ou négative de certains personnages s’inverse, les épreuves vécues par l’un sont surmontées par d’autres. Il n’est pas nécessaire de connaitre le comte de Maria Morevda. Sa lecture vous permettra de juger de la capacité de l’auteur à moduler les éléments du conte pour nourrir son propre récit.

Immortel, Catherynne M. Valente, Éclipse/Panini (2014)
Traducteur : Laurent Philibert Caillat
20 € (?)

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