Arthur : Roi prolétaire

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L’arrivée en masse de blockbusters plus débilitants les uns que les autres nous annonce également l’été. La débilité ayant quelques attraits, je me suis laissé tenter par Le Roi Arthur : La légende de l’épée de Guy Ricthie. Les bandes-annonces laissaient présager du pire et la filmographie du réalisateur ne m’avait jamais convaincue.

Le film démarre en pleine guerre entre Uther Pendragon (Eric Bana), roi de Camelot et Mordred (Rob Knighton). Cette séquence d’ouverture présente la note d’intention du réalisateur : épileptique s’abstenir. Uther et son épouse (Poppy Delevingne) sont tués. Arthur dérive dans une barque avant de trouver une mère adoptive pratiquant le plus vieux métier du monde. Vortigern (Jude Law), frère d’Uther et associé de Mordred, installe son règne de terreur. À partir de là, la suite se devine aisément.

Pourtant le film ne perd pas de son intérêt bien au contraire. Nous suivons pas à pas l’éducation du jeune Arthur dans les rues du Londinium. Quand, il faudra réunir les forces de la résistance pour attaquer Vortigern le savoir stratégique des seigneurs et leurs armées seront mis de côté au profil de la révolte et de la ruse populaires. La vindicte du peuple est déjà à l’œuvre.  Arthur se confond en Robin des bois. Dans les dernières scènes, Arthur apparait en maillot de corps astiquant une table au chiffon. Face aux seigneurs Vikings venus acheter des esclaves, le jeune Roi se présente comme le protecteur du peuple d’Angleterre et ne peut donc accepter la servitude d’aucun anglais. Le réalisateur pousse le vice jusqu’à un plan final non pas sur le héros, mais sur son épée, symbole de la résistance. Tout ceci pourrait constituer une belle galerie d’accessoires sociale, si Guy Ritchie n’en faisait pas la quête de son personnage principal. Pour maitriser l’épée Excalibur, Arthur doit assumer son identité non pas celle de futur roi, mais de rebus. Face à Vortigern, il comprend être à la fois son exact opposé et aussi sa création. En tant qu’orphelin des rues, Arthur a développé la force et l’intelligence qui vont lui permettre de vaincre son ennemi. Vortigern a créé cette situation ainsi, la force de l’oppresseur se retourne contre lui.

Mué par un désir insatiable de pouvoir Vortigern a trahi son frère, le Roi Uther. Avec Arthur, il est le seul personnage a bénéficié d’une psychologique succinct. Chaque crime le mène plus loin dans la folie. Vortigern trahit les siens et réduit aussi son peuple en l’esclavage. Il vit dans la crainte du retour du fils d’Uther et traque sans relâche tous les jeunes hommes de son âge. Ca peut rappeler La Belle au bois dormant, mais esthétiquement on pense plutôt aux flics fracassant votre porte non verrouillée à six heure du matin. Vortigern ne s’arrête pas puisqu’il décide de se couper de toute concurrence et d’exterminer les Mages, communauté avec laquelle le Royaume d’Angleterre avait toujours cohabité en paix. Il n’est pas interdit d’y voir une métaphore avec le Brexit. Enfin, Guy Ritchie fait utiliser à son dictateur le salut nazi et nomme sa police les culottes noires, une façon de ridiculiser les Chemises noires blindée (corps militaire de l’Italie fasciste). Si après tout ça, tu n’as pas compris, tu ne comprendras jamais.

Je vous rassure Guy Ritchie reste dans le domaine du film d’action. Ça ralentit, accélère et zoom dans tous les sens, ne vous permettant jamais de douter que vous êtes un spectateur devant un objet audiovisuel et non pas un spectateur rentrant dans une  histoire. Malgré sa mise en scène brutale, Le Roi Arthur reste un film tout public dans laquelle personne ne saigne. Il a le moment de la blessure et ensuite les taches de sang, mais jamais dans le même plan.

Les scènes se chevauchent, entremêlant le dialogue et l’action et laissant parfois douter du déroulement de certains passages. Sont-ils des hypothèses imaginaires ? Où se sont-ils vraiment produits ?

Le traitement du son, atténuant ou accentuant les cris des personnages, est impressionnant. La bande-son est parfaite et a sans doute été inspirée par celle de la série Vikings (Michael Hisrt, 2013).

Esthétiquement, les décors empruntent principalement au Seigneur des Anneaux (Minas Tirith et les éléphants géants), mais aussi au Hobbit (Esgaroth). Les décors sont bien sûr plus énormes que gigantesques. Guy Ritchie rassemble la cité antique romaine et la forteresse. On apprécie que le décor comporte là aussi un sens. Camelot, ville haute, incarne la ville de seigneurs et de l’élite tandis que Londinium incarne clairement celle des pauvres, ville basse. La première regroupe une garnison, la seconde se compose d’habitations.

Le Roi Arthur : La légende de l’épée n’est pas la suite ou le début d’une franchise, il n’est pas le reboot, remake ou la version live-action d’une œuvre précédente. Le Roi Arthur est un film où l’action et la technique sont mises au service d’un propos cohérent et du divertissement du spectateur. Pour l’instant, le film de Guy Ritchie remporte un bel échec commercial. Merci public d’avoir si bon gout.

Le Roi Arthur, Guy Ritchie, 2017

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