Nothingwood

266989J’hésitais entre Pirates des Caraïbes 5 et K.O. de Francis Gobert, je suis donc allée voir Nothingwood de Soni Kronlund. 

Sonia Kronlund anime l’émission Les Pieds sur terre sur France Culture depuis 2012. Elle a effectué plusieurs reportages en l’Afghanistan sur la guerre et les sévices faits aux femmes. Nothingwood l’a conduit à nouveau dans ce pays, mais pour en explorer une autre facette : son cinéma. Nothingwood nous présente le plus prolifique des réalisateurs : Salim Shaheen. 

Salim Shaheen affiche 110 films au compteur. Il en tourne sept lorsque nous commençons à le suivre guidé par Sonia Kronlund. Ses oeuvres sont difficiles à décrire. Ils parlent de la guerre et s’inspirent de la biographie fantasmée de leur réalisateur. Ils ont l’apparence de la série Z. Leur principale qualité est l’humour. Les personnages sont mis dans des situations absurdes, mis en scène de façon absurde.

Autour de ce personnage étrange se trouve un entourage hétéroclite et improbable pour la société afghane. Nous trouvons une femme au casting, mais aussi un travesti.

En suivant Shaheen sur ces différents lieux de tournages, nous découvrons un peu de l’Afghanistan : la pauvreté, le masculinisme et la corruption. Par tout où il se rend le réalisateur est accueille en héros et bénéficie de la protection des autorités. Un ancien taliban témoigne de la popularité des films Salim Shaheen en leur sein. Ils sont jugés patriotiques et instructifs.

Nothingwood montre différentes strates de jeu, du cinéma dans le cinéma. Il y a au premier plan les images de Salim Shaheen, nous les verrons peu, car honnêtement elles ne représentent pas d’intérêt en soi. Il y a ensuite le réalisateur qui joue à faire des films. Son corps bouge constamment , il se roule par terre et cri à tout bout de champ. Shaheen se donne et sue comme n’importe quel metteur en scène. Les célébrités mènent des vies à part et Shaheen ne déroge pas cette règle. Il entretient donc un entourage volage qui ne correspond pas à l’image du bon afghan. Cependant, chez lui, l’ordre règne. Il a deux femmes et six filles que nous ne verrons pas et huit fils qui défileront devant la caméra.

À ces deux niveaux de jeu se rajoute un troisième se déroulant entre les deux réalisateurs : Salim Shaheen et Sonia Kronlund. Shaheen endosse le rôle du guide protecteur. Il normalise sa présence. Cette fiction de la femme apeurée et de l’homme viril est présentable. Le spectateur face au film se rend bien compte qu’elle ne tient pas. Sonia Kronlund montre ce que Shaheen veut bien laisser voir quitte à contrebalancer l’image par une voix off.

Ce jeu permet à Sonia Kronlund de suivre son sujet, le même mécanisme se met en œuvre pour Shaheen. En négociant avec la réalité. Il se glisse dans un interstice où son cinéma peut exister.

Nothingwood, Sonia Kronlund, 2017

3 réflexions sur “Nothingwood

  1. Purée, même pas en rêve que ça passerait ici. Je suis jalouse de ce que tu peux voir. Je voudrais que le programmateur de la salle d’art et essai de mon ciné se réveille un peu et réalise que, non, « Chez nous », « Ce qui nous lie » ou encore « Their Finest » ne sont pas des films d’art et essais mais bien faits pour les 9 autres salles qui accueillent des films « comme il faut ». Je désespère d’avoir quelque chose d’autres que les blockbusters estivaux à me mettre sous la dent dans les mois à venir. Même « It comes at night » ne passera pas ici. Pourtant c’est loin d’être un petit film passant inaperçu. Je veux du cinéma (dit-elle en pleurant toutes les larmes de son corps)(encore plus depuis que les sites qui lui permettaient de voir les plus petits films pas forcément légalement ont été fermés et que c’en est dès lors fini pour elle du cinéma moins mainstream).

    J'aime

  2. Paris doit bien se doter de quelques attraits en plus de la bonne humeur de ses habitants.
    J’ai vu ces documentaires dans des grandes chaines de cinéma (UGC/MK2) qui maintiennent quelques salles de disponible pour les films hors cadres entre deux séances de Wonder Woman en VF, WW en VO, WW en VO et en 3D.
    Les salles indépendantes, qui devraient être spécialisé dans la diffusion de ces oeuvres, se laissent impressionner par le cinéma d’auteurs acclamé par Télérama/France Q. De plus, elles pratiquent des prix exorbitants ou en tout cas ne parviennent pas à concurrencer le prix des abonnements proposés par UGC/MK2. Même sur Paris avec un réseau de salles conséquents certains films et documentaires sont absents ou disparaissent au bout d’une ou deux semaines. Je pense à Retour à Forbarch de Régis Sauder. Les diffuseurs sont très influencés par les critiques de la presse. « Chez nous » n’est pas resté très longtemps en salle par exemple.

    Ensuite, les films et documentaires hors cadres sont considéré comme « élitistes » donc à destination des bobos-hyspters-parisien et donc ne sont pas diffusé au-delà du périphérique. Mes parents habitent en banlieue, 20km de Paris, et l’offre des 4/5 cinémas alentours est nullissime. Je vais partir en vacances et je sais que je n’irai pas au cinéma parce qu’il faudrait choisir entre blockbuster ou comédie française.
    C’est vrai que les pécores de La-plaine-sur-mer n’en ont rien à secouer des Rohyngas et du cinéma afghan contrairement aux parisiens si emphatique envers son prochain.

    Retour à Forbach je l’ai vu dans l’Utopia de Bordeaux décrit dans le guide touristique comme un cinéma très engagé à gauche. Parce que faire du commerce avec des films et des documentaires est devenue un acte militant.

    Bref, l’accès à la culture est un chemin de croix.
    J’aime bien nos échanges de pavés 🙂

    J'aime

    1. Je me suis une fois fait traiter de bobo parisienne. Ce qui m’a beaucoup fait rire, vu que je vis en Belgique. J’ai le bon état d’esprit apparemment ;-p.
      Les prix exorbitants arrivent ici aussi doucement. La séance est à 9€ maintenant. Mais ils ont trouvé le moyen de faire monter les prix. En plus de la 3D qu’il faut payer 1€ en plus (même si tu ne veux pas voir le film en 3D, on nous l’impose ici), il y a les nouvelles salles « atmos » (dont le son ne me plaît pas en plus pour être honnête, c’est sympa sur les trucs subtils mais sur la musique qui éclate, c’est très décevant) qui font elle aussi augmenter le prix de 1€. Et là aussi, pas le choix. 3 des 10 salles vont être atmos donc paf, augmentation discretos l’air de rien et facilement des films à 11€, ce que je trouve prohibitif (et l’UGC à 20 minutes de chez moi est à 11€50 les séances d’office et ne propose pas une offre assez différente de celle de mon ciné pour que je prenne un abonnement).
      Et en attendant, l’offre ne suit pas. Je meurs d’envie d’aller au cinéma en ce moment (c’est un besoin vital chez moi et là, je suis en période de manque intense) et je suis en train de m’avaler n’importe quoi pour dire d’avoir ma dose. Au moins, vous avez des plus petits films. Je m’en contenterais largement, les films plus pointus ne sont même pas accessibles en rêve ici. Avoir ne serait-ce que « They come at night » (donc)(oui, j’ai assez envie de le voir), le doc sur Lynch ou La fille de Brest, ça tiendrait déjà du miracle ici, alors Nothingwood ou autres documentaires bobo-hipsters-parisiens, n’y songeons même pas…
      Etre cinéphile à une époque où les magasins de location de films ont quasi disparus (et où la seule bibli louant des films ici est ouverte pendant mes horaires de travail donc pas possible pour moi), où les séances d’art et essais sont faites pour rassurer les personnes qui veulent des films sages et sociaux (oh, j’ai une conscience morale)(hier, je suis allée voir « Ce qui nous lie », que j’ai trouvé très moyen alors que, oui, j’aime la trilogie de l’Auberge espagnole et, oui, j’ai un faible pour les films de vignobles (vieux fantasme de gosse) et je ne comprenais pas ce que ce film faisait en art et essai. Mais le public n’était pas sur la même longueur d’onde que moi, j’écoutais les gens parler et j’ai entendu par exemple un vieux monsieur dire « eh bien, c’était une bonne surprise, je ne m’attendais pas à ce que ce film soit bon ». Ah. Bon. D’accord.), où l’achat sur internet est le seul moyen d’avoir légalement des films plus rares (mais de 1, je ne dépense pas 20-30€ pour un film que je n’ai pas vu et que je ne suis pas sûre d’aimer parce que je ne suis pas Crésus, de 2, il faut avoir une carte de crédit ou un compte Paypal pour acheter sur internet et je ne veux ni l’un ni l’autre), c’est juste impossible. Quelle solution me reste-t-il? (et Netflix ne compte pas, les séries sont sympa mais niveau film, pas beaucoup de petites perles rares dans ce qu’on a – il y a beaucoup plus de trucs intéressants sur Netflix USA mais ils ont verrouillé le changement de pays alors…)
      J’ai besoin d’un nouvel ExtraTorrent ou similaire pour survivre.

      Et, oui, passer simplement autre chose que les titres évidents est devenu militant. Surtout au vu du dénigrement du cinéma « intellectuel ». D’ailleurs, le paradoxe français m’amuse. Autant les Français sont hyper élitistes dans leur offre de littérature (parler de littérature et des livres achetés en bibli avec un bibliothécaire français est assez surréaliste pour la bibliothécaire belge que je suis qui va jusqu’à acheter des Harper Collins/Harlequins pour ses lecteurs parce que ça cartonne du tonnerre)(j’ai une collection de petits éditeurs pour faire le change mais elle est majoritairement lue… ben par moi)(et deux autres lecteurs pour certains), autant on en vient à l’inverse quand il s’agit de la sélection de films proposés. C’est amusant, cet écart de traitement (et ne parlons pas de la BD, là c’est encore plus mal vu)(chez nous, c’est normal de lire des BD, sauf pour certains profs de français mais ils sont vite dénigrés).

      J’aime bien écrire des pavés, du coup j’aime bien les échanges de pavés ;-p.

      J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s