Carlos Nein.


Le_canard_qui_aimait_les_poulesMa rencontre avec Carlos Nine résulte d’un parfait hasard ou presque. À force d’errer en librairie, je serais bien tombée dessus à un moment ou à un autre. Donc, je ne connaissais pas cet auteur que je me suis acharnée à appeler Carlos Nein pendant une semaine alors qu’il est Argentin… Né en 1944, Carlos Nine est décédé l’année dernière. Le
Monde lui a dédié un article retraçant sa carrière bien mieux que je ne le ferais. 

Carlos Nina a développé une œuvre penchant plus du côté de l’illustration que de la narration. Les aventures du Canard qui aimait les poules valent plus pour ses poses que pour son fond. Saubon court les jupons en vain. Chaque échec est l’occasion d’une humiliation et d’une cuite véritable hymne à la « loose jovial » mode de vie qui consiste à accepter joyeusement de ne pas être né du côté nanti de la barricade. Le Canard qui aimait les poules ne m’a pas renversé. Sa mise en couleurs faussement bâclée demande un temps d’adaptation avant de se laisser séduire.

81GpDKfoQ3LFantagas m’est tout de suite apparu plus aimable. Ces deux enquêtes policières, peintes à l’aquarelle et rehaussées au crayon, forment un ensemble homogène. Les teintes marron dominent, ce qui dit comme ça est peu ragoutant je le conçois, mais apporte une harmonie inquiétante. Les traits des personnages se fondent avec ceux du décor. Il faut dire que certains personnages constituent des éléments du décor.

Le premier volet de l’enquête reste relativement conventionnel. L’inspecteur Pernot, alcoolique et blasé, se lance sur les traces d’un dangereux psychopathe ayant commis d’odieux crimes. Les meurtres ne l’émeuvent pas. Le criminel qu’il recherche incarne son alter ego… Dans le second volume, tout dérape à commencer par les cases. Fantagas propose un découpage classique dont Siboney va se libérer. Les cases ne disparaissent pas. On en garde leurs traces brouillonnent comme si l’auteur avait oublié de les gommer. Les cases débordent et glissent dans les suivantes. Carlos Nine nous offre quelques doubles pages que j’afficherais bien au-dessus de mon canapé, de mon bureau, de mes toilettes, bref partout.

Couv_71162Fantagas est donc très beau, mais est-ce plus que cela ? Je ne sais pas. L’intérêt de l’histoire réside dans le jeu d’inversion qu’elle crée entre les deux volets. Les gentils deviennent méchants. Les immobiles deviennent des acteurs pensants. Nous sommes amenés à désapprendre et à redécouvrir le monde avec lequel on s’était familiarisé. Cependant, le texte est pesant à la fois indispensable pour comprendre ce que l’on voit et en même temps cantonné dans sa fonction descriptive. Fantagas se relie très bien dès lors qu’on peut se passer du texte. Tout repose donc sur le dessin, qui se révèle fascinant.

Le Canard qui aimait les poules a été publié en 1995 chez Albin Michel et a reçu le prix Alph-Art du meilleur album étranger en 2001. Il a été repris sous le titre Saubon, le petit canard aux éditions Les Rêveurs en 2009. Fantagas a d’abord été publié Delcourt en 1995. Le second tome parait en 2008 chez Les Rêveurs.

paisaje

Le Canard qui aimait les poules, Carlos Nine, Albin Michel, 2000
Traducteur : Jean-Michel Boschet
25€
Fantagas, Carlos Nine, Les Rêveurs, 2017
Traduction Gabriela Kaufman & Olivier Grojnowski (Tome 1) Thomas Dassance (Tome 2)
28€

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