Celle qui mange des chats.

298842Celle qui a tous les dons est un énième roman de zombies paru en 2014 aux éditions l’Atalante dont je m’étais épargné la lecture. Le film ne me paraissait pas plus glorieux.

Tout débute dans un laboratoire encadré par l’armée où des expérimentations sont menées sur des enfants spéciaux. Nous suivons une jeune fille Mélanie (Sennia Nanua). Appliquée et docile, elle a charmé sa professeure (Gemma Aterton). Le Dr Caroline Caldell (Glen Close) est également intrigué par le cas de cette enfant atypique dans son étrangeté. Nous assistons aux rituels imposés aux enfants à plusieurs reprises avant de se plonger dans cette Angleterre ravagée par l’infection Zombie. Le choc est violent comme pour Mélanie nous voyons la lumière extérieure pour la première fois. Colm McCarthy en profite pour expédier sa grande scène d’action. Heureusement, le budget n’en aurait pas supporté une seconde.

Un groupe de survivant, dont Mélanie, se lance sur les routes. Leur parcours n’est pas trépidant. Les zombies croisés sont des êtres amorphes. Leur traitement très artisanal consiste en quelques couches de fond de teint gris et la performance des figurants. Cela pose un problème : cela se voit. Cela crée aussi une situation intéressante : cela les rapproche de nous. Clairement, le zombie est utilisé comme moyen et non comme fin en soi. Le parcours du groupe en territoire ennemi leur permet d’apprendre et de relativiser la place et la destinée de chacun selon une recomposition surprenante.

Mike Carey, auteur du livre et scénariste du film (les deux auraient été écrits en même temps), nous montre comment aborder l’Autre. Il y a d’un côté du spectre la bienveillante professeure et de l’autre la scientifique nazie prête à tout pour éradiquer cette anomalie. La méthode est bien sûr nommée vaccin, ce qui lui donne une connotation positive et juste, mais la procédure se révèle plutôt douloureuse. Cette approche correspond à la vision américaine : tout péril pour l’humanité blanche doit être éradiqué, peu importe les conséquences. Au milieu de ces deux positions se trouvent deux militaires qui auront l’opportunité d’évoluer d’une position à l’autre. On salue l’audace des auteurs à jouer sur les stéréotypes de leurs personnages. Les rôles de la professeure pleine d’empathie et la scientifique évolueront le moins, puisqu’elles incarnent les deux choix possibles : la coopération ou la destruction. Les personnalités mouvantes reviennent donc aux militaires. Malheureusement pour eux, l’armée n’est pas un symbole sauvable.

Il nous reste à traiter le personnage de Mélanie, celle-ci est dans le groupe sans y appartenir puisque non humaine. Elle incarne au début du film l’enfant à protéger avant d’apprendre qui elle est et ce qu’elle peut faire. La résolution du film montrant comment elle usera de ses capacités. Le personnage est interprété par une afrodescendante ce qui ne laisse pas de doute sur le parallèle dresser par le réalisateur et l’auteur. Son interprétation se révèle suffisamment subtile pour évoquer l’animalité, mais pas la sauvegarde. Mélanie n’appartient pas à l’espèce humaine, elle n’en est pas moins un animal social au même titre que l’homme. Sa manière de bouger et ses actes violents choquent, car ils n’entrent pas dans les codes d’actions et d’interactions des humains, mais ils ne sont pas irrationnels. Le parcours de Mélanie consiste à apprivoiser son corps, ses besoins et communiquer avec ses pairs.

The Girl with all the gifts parvient à nous montrer les deux côtés de la barrière, d’une part l’humanité déclinante et de l’autre l’avènement de nouveaux êtres avec une conclusion beaucoup moins pessimiste que celle du Choc des civilisations (1996) promis par Samuel Huntington.

The Girl with all the gifts s’inspire de traitement que nous avions déjà rencontré notamment avec Land of the dead (Romero, 2005). Colm McCarthy et Mike Carey vont plus loin en mettant en scène la naissance d’une nouvelle espèce, loin de la vision psychologisante et pathétique de la série In the flesh (Dominic Mitchell, BBC Three, 2013-2014). En dépit du manque de moyen, le tout est très correctement filmé. Les cadres sont impeccables. Les décors ont été pris à Birmingham, mais aussi à Pripyat en Ukraine (Tchernobyl, tout ça, tout ça) et cela rend merveilleusement bien.

C’est comme ça que j’aime le film de genre lorsqu’il se met au service du traitement de ses personnages et d’un propos politique. Les auteurs traitent leurs sujets avec subtilité puisque les enjeux politiques ne sont jamais frontalement énoncés, laissant le spectateur additionner un plus un et accéder à ce discours sous-jacent s’il le souhaite ou non. Grâce leurs soit rendu.

Celle qui a tous les dons, Colma McCarthy, 2017

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