Les Derniers jours du Caire Confidentiel

Les_derniers_jours_d_une_villeAvec Les Derniers jours d’une ville et Le Caire Confidentiel, je pensais pouvoir réaffirmer la supériorité du documentaire sur la fiction. Erreur. En dépit de toutes ses promesses de poésie et d’exploration urbaine, Les Derniers jours d’une ville se révèle bien en deçà de ce que l’on pouvait espérer. En dépit d’un titre pompeux et d’un prix au Festival du film le plus faussement subversif (Sundance), The Nile Hilton Incident rebaptisé en français Le Caire confidentiel — qui aurait pu s’appeler Les putes ne gagnent jamais à la fin — s’élève au-dessus des pronostiques. 

Les Derniers jours d’une ville se déroule en 2008. Tamer El Saïd se met en scène en panne de créativité, sans doute lié à sa récente rupture. Son impossibilité de passer à autre chose est traduite par ses déambulations dans la ville à la recherche d’un appartement qu’il ne trouve pas. En parallèle, nous rencontrons trois de ses amis, cinéastes également. Chacun opère dans une ville différente : Bagdad, Beyrouth et Berlin. Tous ses personnages ont développé une fascination pour la ville et l’apitoiement. Ils se désolent de ne pas parvenir à accomplir leurs destinées d’artistes. Les deux Irakiens ont plutôt une bonne excuse. Cet ensemble d’images adopte beaucoup de poses et de discours. Les images de Tamer El Saïd sont aux mieux déstabilisantes aux pires moches. Il zoom et dézoome constamment, cherche son cadre, change de profondeur de champ à tout va. Sans savoir, s’il s’agit d’une véritable preuve d’amateurisme ou d’une recherche de poésie dans les tâtonnements de la caméra. On rajoutera que l’élégance du numérique dans cet exercice m’échappe complètement. Le lien avec le contexte politique est trop ténu pour être pertinent. Le film s’achève sur la disparition d’un des personnages, ce que j’ai perçu comme une ultime tentative de donner du sens à un récit qui en était complètement dénué. Cette maladresse est d’autant plus de mauvais gout lorsque l’on a vu Homeland : Irak année zéro. Quand la fiction joue avec la réalité peut-être devrait-il se montrer plus précautionneux ?

Le_Caire_confidentielDans Le Caire Confidentiel, Tarik Saleh ne manque pas de précaution. Son film se présente un polar classique. Ce choix parait le plus judicieux si l’on veut évoquer en filigrane le printemps arabe égyptien. Le film suit l’enquête sur la mort d’une chanteuse. Cet assassinat s’inspire de fait réel puisqu’en 2008 la chanteuse tunisienne Suzanne Tamin est retrouvée morte. Son amant, un magnat de l’immobilier et proche du pouvoir égyptien de l’époque, est reconnu coupable et condamné à quinze ans de prison. Nous ne verrons pas tant les méandres de la corruption que la lutte acharnée que va mener le héros contre sa hiérarchie. Arrive donc le premier problème du film, notre héroïque policier est corrompu comme tous ses collègues, mais cette fois il décide d’agir noblement. Le devoir moral de rendre justice l’anime quitte à se mettre en danger, quitte à mettre tout le monde en danger.

Le deuxième problème réside à la fois dans le rythme et dans le scénario. Tarik Saleh décide de nous montrer ce que l’unique témoin a vu entrainant l’évacuation du suspense. On passe le reste du récit à attendre que notre policier se mette à jour. Il effectuera quelques arabesques avant d’atteindre notre niveau de connaissance. Le réalisateur tente de glisser un rebondissement de dernière minute, mais celui-ci est expédié au détour d’une conversation à dix minutes de la fin.

Ces deux faiblesses mises à part, Le Caire confidentiel recèle quelques qualités. Tout d’abord, la mise en scène est parfaite. Le cadre colle à son personnage principal. Les plans en pied et resserrer s’alternent, démontrant à la fois sa petitesse dans ce monde trop complexe et sa qualité de héros. La ville est aussi bien rendue que possible au vu des circonstances. En effet, le tournage s’est principalement déroulé à Marrakech au Maroc, les autorités égyptiennes ayant refusé le tournage au Caire. Comme dans tout polar, l’humour noir est au rendez-vous et n’est pas un accessoire. À plusieurs reprises, le film opère des renversements. Les personnages intouchables d’hier deviennent les cibles d’aujourd’hui entrainant quelques situations cocasses. En s’obstinant à poursuivre l’enquête, notre policier passe d’importun à génie, sans doute un écho au revirement des Printemps arabes.
Le Caire Confidentiel n’est pas parfait, mais agréable et prometteur.

Les derniers jours d’une ville, Tamer El Saïd, 2017
Le Caire Confidentiel (The Nile Hilton Incident), Tarik Saleh, 2017

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