Jusqu’à la bête

XVM8b943216-9177-11e7-853d-ae34e51b5f74-200x276Cela faisait longtemps que je n’avais pas lu un auteur français et cela fait du bien. Jusqu’à la bête est le second roman de Timothée Demeillers, le premier (Prague, faubourg est) était paru en 2014 aux éditions Asphalte.

Avec Jusqu’à la bête, l’auteur tombe sur mes thématiques de prédilection : l’exploitation animale, le travail et la prison. Erwan est ouvrier dans un abattoir à Angers*. Il y travaillait depuis quinze ans quand l’évènement s’est produit.

Le récit remonte le temps jusqu’au dit évènement, l’occasion pour le lecteur de découvrir la chaine : le défilement des carcasses et de la souffrance humaine et animale. On croise ses collègues, sa famille et ses amours. Le portrait de la campagne française n’est pas glorieux, mais plein d’empathie. Demeillers dépeint un quotidien miséreux, mais surtout désespéré dans lequel la routine avale les hommes et les femmes. Les journées sont rythmées par les mêmes blagues, les mêmes émissions de radio commerciales et la cadence de la chaine : « clac, clac, clac ».

Il n’y a pas de surprises, on descend en enfer en compagnie d’Erwan. On peut penser à Défaites des maitres et des possesseurs (Vincent Message, Le Seuil, 2016), car nous sommes aussi face à un dispositif fictionnel. Le drame est annoncé à l’avance, on le devine progressivement tout en suivant le déroulé de la chute. Jusqu’à la bête aura un effet plus captivant, car moins intellectuel. Timothée Demeillers s’attache à développer un ton émotionnel et viscéral par le défilement des pensées de son narrateur. On se trouve également d’un côté moins exploré de l’exploitation animale celle des ouvriers. Dans la fiction ou la réalité (les révélations au grand public de L214), on identifie et l’on parle aisément de l’animal, de l’entreprise en général et du consommateur. Les ouvriers des abattoirs appartiennent à l’ombre. Pourtant, leur position n’est pas anodine à la fois par la nature du travail effectué (l’abattage), mais aussi, et bien sûr, par leurs conditions de travail. Henri Ford aurait d’ailleurs élaboré sa doctrine suite à l’observation du travail à la chaine dans les abattoirs de Chicago.

Pourtant Jusqu’à la bête ne s’inscrit pas dans la succession d’ouvrages venue dénoncer les méfaits de l’industrie agroalimentaire. Son roman nous parle de l’enfermement. Erwan travaille, une activité qui correspond à l’alpha et l’oméga de son existence contre sa volonté.

Étrangement, le sort final du narrateur n’afflige pas le lecteur tellement l’évènement parait compréhensible et peut-être même miraculeux.

Jusqu’à la bête, Timothée Démeillers, Asphalte, 2017
16€

*Il faut préciser que l’auteur a quelques soucis de géolocalisation. Pornic se trouve en Loire-Atlantique et non en Vendée. La ville d’Angers se trouve, elle, dans le département de Maine-et-Loire et non pas en Mayenne. Bref, sommes-nous en Bretagne ?

5 commentaires sur “Jusqu’à la bête

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  1. Ça fait du bien de lire du français, c’est vite dit, on voit que tu n’as pas tenté de lire le dernier roman auto-fictif à la mode (sans savoir que c’était de l’autofiction) ;-p.
    Je suis en train de monter une collection de livres « qui dérangent » et je me demandais si ce roman pouvait cadrer avec cette collection… C’est perturbant à lire? Vu le sujet, je suppose que oui.

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  2. Tu me poses une colle. Je ne l’ai pas trouvé perturbant à lire. On glisse dans la peau du narrateur qui certes commet un crime grave, mais tellement compréhensible.
    Grosso modo, le personnage principale se retourne de façon radicale contre sa hiérarchie… Si peu de gens passent à l’acte, je crois qu’ils sont nombreux à en avoir envie. C’est un peu un faux tabou pour moi.
    En lecture qui dérange il y a Hécate de Frédéric Jaccaud.

    Aimé par 1 personne

  3. J’ai eu un doute et j’ai vérifié, quand même… Et nulle part il n’est dit qu’Angers est en Mayenne. (La seule occurrence de la Mayenne, c’est le département d’origine d’une des vaches qui passe devant lui.)
    Après, qu’on fréquente une plage vendéenne quand on séjourne à Pornic, bah c’est pas non plus de l’ordre de l’impossible…
    Désolée de pinailler hein 😉

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