Une histoire drôle de la fin de l’humanité par Karel Čapek

41WqFY2ByfL._SX342_BO1,204,203,200_Avant les vacances d’été, je suis tombée sur R.U.R., une pièce de théâtre de Karel Čapek, dans laquelle l’auteur popularise le terme « robot ». Inventé par son frère, le mot « robot » découle du tchèque « robota » qui signifie corvée. Ça me semblait une lecture judicieuse. La vieille SF conservant parfois plus de fraicheur que des textes plus contemporains.

R.U.R. est une pièce de théâtre écrit en 1920. Elle rencontre le succès immédiatement de Paris à New York. Elle s’ouvre sur un long prologue expliquant la situation de l’époque. Un chercheur, Rossum, tente de recréer un homme, mais il échoue et n’obtient que des répliques simplettes, des robots. Son fils, plus pragmatique, transforme son échec en réussite commercial. Ses robots vont pouvoir remplacer les ouvriers humains déficitaires.

Quelques années plus tard, la famille Rossum est littéralement submergée par sa réussite. Son entreprise a produit plus de robots que d’humains. Ces derniers sont devenus d’indolents oisifs. Les robots prennent le pouvoir.
On notera la présence d’une femme dans cette histoire dont on ignore si le retard mental résulte d’ une intention de l’auteur ou sa vision de la femme.

Seize ans plus tard, Čapek présente la même histoire, mais cette fois, sous forme de satire. La guerre des salamandres commence, elle aussi, par une entreprise industrielle. Le capitaine Van Toch en compagnie du riche G. H. Bondy entreprennent d’utiliser les monstres marins pour exploiter les richesses côtières. Nous partons d’un contrat, presque équitable, entre les salamandres et les hommes. Cependant, toute entreprise capitaliste se doit de grossir et pour cela diversifier ses activités. En quelques années, les salamandres se propagent partout, font tout et acquièrent le savoir technique des hommes.

Le récit bénéficie d’un certain dynamisme dû à un effet patchworks. En effet, Čapek donne une impression documentaire en compulsant différentes formes de textes : articles de journaux, article scientifique, journal personnel, etc.

Dans les deux cas, nous suivons l’ascension d’un groupe à travers les yeux des assiégés. Dans La Guerre des Salamandres, l’exercice est délicat, car l’homme ne prend conscience de sa fin que lorsqu’il est trop tard. Dans R.U.R., Čapek met en vis-à-vis le créateur et sa création. Nous vivons les dernières heures des ingénieurs. La destruction de l’humanité est inéluctable. Pourtant, l’homme ne parait jamais y croire.

couv-La-guerre-des-salamandCe sont donc deux histoires d’auto-destructions. Dans la pièce de théâtre, l’homme paye sa prétention à prendre la place de Dieu, mais aussi à se libérer du travail. La Guerre des Salamandres met en avant des motifs plus absurdes. Les hommes ne semblent pas motivés par des principes ou un désir identifié, mais simplement pris dans une course en avant vers le capitalisme, parfaitement rendu dans la retranscription de l’Assemblée générale de l’entreprise de G. H. Bondy. Les actionnaires évoquent le problème des salamandres, trop nombreuses et sans utilité. Ils pressentent la dangerosité de cette situation, mais se font avaler par la promesse de nouveaux dividendes.

Čapek tourne en ridicule la démesure humaine et les dérives capitalistes, sans prendre le parti inverse ou prendre parti tout court. Opposé à tous les totalitarismes, Čapek écrit en 1925 « Pourquoi je ne suis pas communiste ». L’auteur a courageusement choisi le camp centriste défendant la paix à tout prix. R.U.R. comme La Guerre des salamandres démontrent une vision négative d’une éventuelle révolution prolétaire.

Aujourd’hui revenu dans la hype, Čapek passe pour un inventeur de génie dont le propos nous éclaire sur le développement technologique. Pourtant la lecture de ces deux œuvres me laisse dubitative quant à une réflexion de l’auteur sur l’usage de la technologie. Ces écrits ont toujours été liés à des thématiques de science-fiction, mais pour parler du présent. Le barda scientifique demeure restreint et purement illustratif. Les « robots » et les « salamandres » représentent les ouvriers exploités qui renverseront leurs maitres comme la dialectique hégélienne l’a promis. A ce moment-là, le propos « réactionnaire » de Čapek entre en jeu. Les robots et les salamandres n’apportent pas une destruction salvatrice d’une humanité corrompue. Ces deux entités viennent remplacer l’humanité actuelle par les mêmes vices. Le robot et la salamandre ne sont pas plus intelligents que les hommes ou plus compatissants, ils viennent prendre la place de dominant qui leur ait dû.

Si ces œuvres ne se lisent pas avec déplaisir, elles ne paraissent pas non plus indispensables. Karel Čapek m’apparait comme un auteur bon teint, qui dissimule sous la satire le manque de réflexion et d’ambition littéraire. La Guerre des Salamandres m’a semblé plusieurs fois s’adresser plus à un cercle littéraire qu’à un éventuel lecteur. L’auteur ne prend pas de risques dans son propos et désamorce l’intérêt du lecteur.

Les éditeurs ont exhumé du passé des auteurs brillants pour pallier à la médiocrité de la production actuelle. La réédition de Nous autres de Zamiatine aux éditions Actes Sud pour la modique somme d’un demi-rein est un bon exemple. Les pépites du passé sont peut-être maintenant épuisées. La médiocrité d’hier va pouvoir rejoindre celle d’aujourd’hui dans une valse mollassonne de platitude. Pas la peine de se tenir, vous ne tomberez pas de haut.

R.U.R. Karel Čapek, les Editions La Différences, 2013
Traducteur : Jan Rubes
La Guerre des Salamandres, Karel Capek, Editions Cambourakis, 2012
Traductrice : Claudia Angelot
11€

 

Un commentaire sur “Une histoire drôle de la fin de l’humanité par Karel Čapek

Ajouter un commentaire

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s

Propulsé par WordPress.com.

Retour en haut ↑

%d blogueurs aiment cette page :