Cinéma et politique (2) : Le manifeste de Michel Hazanavicius

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Nous avions croulé sous le déluge émotionnel de
120 battements par minute, démontrant que le cœur n’a pas de cerveau. Le Redoutable nous emmène sur une autre voix : une plaidoirie pour le divertissement.

Sur la base du roman d’Anne Wiazemski, compagne de Jean-Luc Godard, Michel Hazanavicius nous dresse un portrait du maitre de la Nouvelle Vague. Godard vient de réaliser La Chinoise, film maoïste, pendant lequel le réalisateur a rencontré sa nouvelle femme, actrice principale de vingt ans sa cadette. Le cliché est consternant par lui-même et cette consternation enchante Hazanavicius. Godard se transforme en personnage fantoche. Il devient le pantin de Louis Garrel, décidé à faire de sa performance la preuve de son absence de talent. Godard se trouve affublé des traits et de la voix d’un vieillard à trente-huit ans. Il est également le pantin du réalisateur décidé à en faire son porte-parole.

Hazanavicius nous montre Paris paralysé. Les manifestations reproduisent les images vues pendant le mouvement contre la Loi Travail : les fumigènes, les charges policières et les lancées de caillasses. L’image est contemporaine puisque le réalisateur a opté pour une esthétique de publicité monsieur propre. Les couleurs sont saturées. Les décorations intérieures pourront remplir le catalogue de Maison du monde ; les tenues de Stacy Martin celui d’une quelconque marque de prête à porter.

Avec les années 60, Godard a décidé de s’engager. Il veut révolutionner son cinéma, le rendre politique par sa forme et son fond. C’est un échec. La Chinoise déçoit. Le réalisateur parait dépassé par son époque et ses bouleversements. Les étudiants le vénèrent tout en le rejetant. L’humiliation et l’impotence de Godard s’enchainent sous forme de gags. On peut sourire tout en se sentant gêné.

Le réalisateur parait isolé, en panne d’inspiration, pourtant il réalise cinq films en 1968 dont on ne verra rien. On est embarrassé par la représentation d’Anne Wiazemski, qui semble aussi godiche que son époux est rustre.

Le Redoutable ne se contente pas des gags, c’est aussi une leçon de cinéma. Hazanavicius sème des indices de ce qu’est un bon film. Un étudiant déclare à Godard qu’il ferait mieux de produire des films qui intéressent plutôt qu’intéressants. Les oeuvres populaires ne sont pas honteuses. Il n’y a rien de mal à divertir, etc. Tous ces éléments dressent une opposition entre les bons films et les films politiques. La dernière scène montre Godard sur un plateau avec le Groupe Dziga Vertov, mais ça ne fonctionne pas. L’équipe est en désaccord et assène la leçon : soit tu donnes des ordres et on fait du cinéma soit tu fais de la politique. Le cinéma ne se mélange pas au politique. Bien sûr, Hazanavicius ne rejoint pas le postulat des situationnistes, autres victimes du Redoutable, qui déclaraient la mort de l’art. Hazanavicius préfère déclarer la mort du politique. L’ambition de créer un cinéma qui aurait quelque chose à dire est vaine. Cessez de vous embêter; réalisez des films rigolos comme Michel.

Le Redoutable, Michel Hazanavicius, 2017

4 réflexions sur “Cinéma et politique (2) : Le manifeste de Michel Hazanavicius

  1. Et aussi, j’ai beau ne pas aimer Godard (si si, c’est possible), le réalisateur méritait mieux que cet hommage contrôlé, léché, qui essaye de reproduire des figure de style lui rendant hommage mais qui en retire toutes les aspérités et les lisse au possible. C’est tellement propre sur soi que ça en devient écœurant… Je ne comprends vraiment pas l’enthousiasme pour cette entreprise de transformation d’un cinéma bordélique (pas dans le mauvais sens du terme, mais d’un cinéma qui existe pour casser les règles) en une chose bien ordonnée.
    En parlant de Garrel, il y a un passage intéressant sur lui dans le dernier livre de Christophe Honoré, dans lequel le réalisateur, sans citer de nom (mais on sait tous qui est cet ami de longue date avec lequel il a fait sept film et qui a quitté le bateau pour le dernier à sortir), nous apprend que Garrel a essayé de le convaincre de retirer une scène de sexe gay parce que « les gens ne veulent pas voir ça » (et autres explications qui sont assez nauséabondes). J’aimais bien l’acteur dans les films d’Honoré mais là, c’est fini pour moi (et je ne peux m’empêcher de me dire que les scènes de sexe de ce film-ci sont là pour plus que pour l’histoire du coup…).

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  2. L’amour du lisse me semble cohérent avec la vague actuelle. Bonello et son Nocturama en sont aussi un bon exemple. Je trouve le film très instructif en fait sur la façon dont les réalisateurs « côtés » veulent faire du cinéma. Prendre les techniques de Godard, de la Nouvelle Vague sans s’embarrasser du discours, de sa signification. Grave de Julia Ducourneau ne faisait pas autre chose : un film très bien réalisé pour une histoire divertissante, mais vaine.

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  3. Pas vu le Bonello Moins d’accord pour « Grave », l’histoire de base est une excuse à mes yeux, je l’ai perçu comme un film sale et éprouvant sur le désir sexuel féminin et le fait qu’il soit aussi fort et violent que chez les hommes mais qu’on éduque juste les femmes à ne pas y penser/goûter (= le végétarisme).

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