Le Multivers de Nina Allan

71-UjG17uFLOn n’avait jamais lu Nina Allan par ici. L’actrice britannique œuvrait dans le champ de la nouvelle, forme littéraire dont je me méfie. Ces textes s’emboitaient et se répondaient les uns aux autres, grâce à des éléments communs. Tout cela me semblait alambiqué et j’avais préféré passer mon tour. 
Quand les éditions Tristram ont proposé à la rentrée son premier roman, La course, c’était le moment ou jamais. 

La Course paru originellement en 2014 est un fix-up inracontable. On peut dire que tout commence lorsque la fille d’un entraineur de smartdogs disparait.

L’histoire se découpe en quatre parties plus une, rajoutée pour l’édition américaine. Chaque chapitre donne la voie à un personnage et pourrait passer pour des récits de vie déconnectés. Très vite, tout cela se complique. La narration brouille les pistes. L’intrigue principale n’est peut-être pas celle que l’on croit.

L’univers dans lequel démarre La Course laisse place à un autre. L’Angleterre décrite est à la fois familière et inconnue. Dans le langage freudien, on parlerait d’étrange étrangeté. Certaines villes sont reconnaissables pourtant le monde n’est pas façonné comme le nôtre. Des changements ont eu lieu dont on saura peu de chose, car ce n’est pas le sujet. Il en va de même avec les protagonistes. Certains d’entre eux partagent tellement de traits communs qu’ils se confondent.

La disparition de la gamine, tout en restant prégnante, n’ne constitue pas le mystère le plus épineux. Les univers et les personnages sont les pièces d’un puzzle. Cependant, le dessin se reconstitue difficilement puisque l’on ignore à quelle distance de notre réalité se trouve l’histoire. De plus, certaines parties pourraient s’avérer créer de toutes pièces par les personnages.

Tout aussi alambiqué que se présente cet univers, sa lecture reste aisée. Nina Allan accélère et rembobine son récit. Plongée dans un récit, elle nous jette un évènement en pleine figure et reviens en arrière pour nous en expliquer sa teneur. Cela donne un effet dynamique et trépidant. Les pages se tournent toutes seules tellement nous sommes portées par les suspensions et de digressions dans ces parcours de jeunes femmes.

En effet, tous les personnages principaux sont des femmes. Leurs histoires commencent à l’adolescence, à l’éveil de leurs sexualités. Chacune grandit dans des milieux précaires et dominés par les hommes de leurs familles. Chacune tente de se soustraire de leurs emprises. Nina Allan ne crée pas pour autant des héroïnes féministes. Ce sont plutôt des modèles d’impuretés. Ces femmes vont quitter leurs familles, leurs villes de naissent tout en restant marquées. Cela contribue à donner une impression d’inachevée à la fin de l’œuvre.

Dans la version originale, publiée en 2014 en Angleterre, La Course se termine sur le point de vue d’un homme. Extérieur aux destins de nos personnages, il offre une mise en perspectives. À la demande de son éditeur, Nina Allan a rajouté une cinquième partie qui vient bousculer l’équilibre de la narration. Cet ultime chapitre nous apporte en effet quelques réponses, mais surtout de nouvelles hypothèses à une intrigue déjà bien fournie. J’ai eu l’impression de voir l’autrice relancer les dés, une forme de conclusion que certains apprécieront plus que moi.

Pourtant, La Course nous poursuit après sa lecture. La narration est captivante et fait passer la complexité du récit pour un sympathique accessoire avec lequel on est libre de jouer. Nina Allan m’a même fait oublier que je voulais lire un bon gros roman de science-fiction avec des smartdogs à gogo et du transhumanisme.

La Course, Nina Allan, Tristram, 2017
Traducteur : Bernard Sigaud
23,90€

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