Les Seuls de Carola Dibbell

CV_OnlyOnesMa rencontre avec Carola Dibbell est un grand hasard. Certes, les publications du Nouvel Attila ne me sont pas étrangères, même si elles ne m’ont toujours pas convaincue (Marx et la poupée, Maryam Madjidi, 2017). Si je n’avais pas eu un coup de pouce de Georgette in the rocking chair, je ne me serais sans doute jamais lancée. Carola Dibbell est une journaliste, spécialisée dans la critique musicale. Elle signe avec The Only ones son premier roman publié. 

 

La terre est décimée par les épidémies à répétition qui ont rendu l’existence de l’humanité précaire. Moira a la chance d’être immunisée contre toutes formes de maladies et donc issue d’une expérimentation. Pour survivre, elle vend des parties d’elle-même. L’histoire débute lorsqu’elle trouve un plan pour vendre des ovules, mais cela ne se passe pas comme prévu.

La première partie du roman présente les expériences pour aboutir à un enfant ; la seconde a l’éducation de cette enfant. C’est beaucoup vous dire, toutefois il le faut pour en parler. De plus, le roman de Dibbell ne se caractérise pas par ses ressorts scénaristiques trépidants. Il s’agit plutôt d’éprouver une hypothèse par la littérature et de voir où cela nous amène. En l’occurrence, que se passerait-il si un être génétiquement modifié était cloné ?

Si la trame est linéaire et sans originalité, la langue ne l’est pas. Moira n’a reçu aucune éducation et sa maitrise du langage est succincte. Elle est en grande partie analphabète. Ses mots et son vocabulaire sont restreints quand ils ne sont pas erronés. Cela reste lisible et permet surtout de questionner le clonage de façon simple. Carola Dibbell met en avant l’expérience de ses personnages, leurs vies et leurs sentiments. Cette déconstruction de la langue permet de rebattre les cartes et d’explorer le transhumanisme avec un esprit un peu plus frais; sachant qu’on n’aboutira à aucune certitude. L’autrice penche sans doute plus du côté des pro que des contre, mais ne sombre jamais dans le dogmatisme et laisse son lecteur libre de son opinion.

Le style d’écriture et le questionnement éthique autour du clonage s’imbriquent parfaitement. On est d’autant plus impressionné que cela donne un rythme de lecture agréable. Les fautes de Moira ne vous font pas trébucher, mais plutôt rebondir. Les erreurs de syntaxes sont celles que vous avez faites enfants, celles que vous faites quand vous êtes bourrés.

819Lbx7nJQLL’univers futuriste crée dans The Only Ones parait eux premiers abords cousus de fil blanc. On s’y repère assez mal, mais il s’étoffe au fil de la lecture. La chose est cohérente. Plus Moira est en capacité de se mouvoir, plus nous explorons. Nous rencontrons d’autres survivants, des institutions et un petit peu du mode de vie dans cette ère rongée par les pandémies. Carola Dibbell nous guide dans un New York dépourvu de métro. Les promenades de Moira et sa fille sont envoutantes. L’autrice nous fait croire à l’errance commune entre ses personnages et ses lecteurs dans une ville surréaliste.

Comme dans La Course, les protagonistes principaux de The Only Ones sont des femmes. Les personnages masculins se cantonnent au second plan. Les romans de Nina Allan et Carola Dibbell se font échos puisqu’ils questionnent la construction d’identité de femmes vivantes dans des milieux dangereux. Les deux autrices s’interrogent cependant sur des moments différents de la vie. Nina Allan se penche sur la fin de l’enfance et l’arrivée dans l’âge adulte ; Carola Dibbell se concentre sur la maternité et la transmission. The Only ones montre le sentiment désespéré d’enfanter, mais aussi les angoisses liées à la construction de l’identité de l’enfant.

Moira souhaite que sa fille soit elle, ainsi elle serait immunisée. Cette situation serait rassurante, mais aussi terrible, car elle devrait voir son enfant reproduire une vie pas forcément des plus heureuse. Elle a malgré tout le désir de quelque chose de mieux et de différent. Et puis, il y a la plongée dans l’inconnue quand l’enfant se révèle véritablement différent : qui est-il ?

Les premières pages de The Only Ones peuvent laisser perplexes tant il ne s’y passe pas grand-chose. L’univers minimaliste de Carola Dibbell évoque La route de Conard McCarthy (2009). Au lieu de dévoyer un décor post-apocalyptique au profit d’une morale chrétienne à deux sous, The Only ones présente une histoire interrogeant les enjeux du clonage et du transhumanisme. Bref, un roman plaisant et peu abrutissant.

The Only Ones, Carola Dibbell, Le Nouvel Attila, 2017
Traducteur : Theophile Sertiron
23€

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