Biblique Runner 2048

5090f623f5f532886a8d70b58a8e699b--sean-young-ridley-scottBon, je n’ai jamais compris Blade Runner. Je m’y suis reprise à trois fois pour voir le film en entier. Systématiquement, je m’endormais. Je saisis la révolution visuelle que représente ce film, mais les trous du scénario me font décrocher. Chaque scène de Blade Runner se produit parce qu’elle le doit, mais jamais parce qu’elle a été amenée par la réalisation, comme si Ridley Scott avait supprimé toutes les transitions. Je me suis quand même imposé de le voir avant de regarder sa suite. On pourrait penser que je suis masochiste, en fait non, je suis juste profondément naïve et optimiste. À chaque fois, je me dis que ça va marcher. 
Le visionnage de Blade Runner 2049 m’a permis de relativiser mon ressenti sur le premier opus.

Blade Runner dépeint un monde désespéré dans lequel le sens de l’existence est incertain. Tout y est brouillon et chaotique. Cela se traduit par un récit décousu, mais aussi par le traitement photographique. Aucune image de Blade Runner ne se donne aux spectateurs. L’ambiance polar nourrit l’idée que toutes choses possèdent un sens caché, ce qui a sans doute permis d’alimenter des décennies de théories sur la nature réelle de Deckard.

br2049-2-1Blade Runner 2049 s’impose comme une rupture par sa continuité. En tant que suite, le film de Villeneuve ne peut apporter que des réponses claires et limpides, là où l’originale se moquait de rendre son propos intelligible. En 1982, nous quittions Deckard et Rachel se dirigeant vers un avenir inconnu. En 2017, les choses nous savons ce qu’ils sont devenus : histoire d’amour, enfant, séparation.
Blade Runner 2049 se concentre sur la quête de l’enfant miracle. Passé l’installation de l’intrigue, on renoue avec une ambiance lancinante. Notre inspecteur, K (Ryan Gosling), se désintéresse du but de sa mission et se laisse aller à quelques réflexions sur l’identité, le sens de l’existence et d’autres questions qui font bobo à sa tête de répliquant.

Le film aurait pu se poursuivre tranquillement jusqu’à sa fin annoncée. On en aurait pris plein les yeux pour une histoire relativement veine. Enfin, pas complètement. Visuellement, Blade Runner 2049 n’égale même pas son prédecesseur. Denis Villeneuve offre du spectacle pour tous. Pour ça, tout doit être clair : l’image, les décors et les dialogues.

blade-runnerD’abord, l’ambiance noire est remplacée par une tonalité de jaune de couché de soleil. Les spots sont partout et diffusent une lumière homogène dans tout le cadre. Les contre-jours lissent comme un cul de bébé. Le tournage en numérique supprime le grain de l’image et achève de polisser une image déjà bien mignonne. Villeneuve aime le grand-angle et n’hésite pas à reculer pour nous offrir des panoramiques sur ses décors. Entrainant deux choses, premièrement on retire tous doutes aux spectateurs quant à ce qu’ils voient : le lieu est identifié, la situation du personnage aussi ; deuxièmement, cela supprime l’effet d’écrasement ; Deckard était un flic désabusé, errant dans une ville dont on ne se saisissait pas les limites. Dans Blade Runner 2049, le pourtour des décors apparait. K quitte son commissariat au design épuré pour se rendre dans une décharge. D’ailleurs, il est intéressant de voir l’évolution de la représentation de la police entre les deux films. Le premier montrait la brutalité de la police par son langage, ses locaux sales et peu lumineux. Dans le second, les locaux du commissariat ont muté : blanc et épuré. K est accueilli par un entretien automatique, démontrant l’attachement à la procédure et le reniement de la subjectivité humaine. Le flic corrompu a été remplacé par la machine.

Enfin, les dialogues s’apparentent à des commentaires rendant le final encore plus poussif.

Revenons-en à notre conclusion. Jusqu’à présent, les choses se présentaient plus bien. Ce n’était pas aussi innovant, aussi risqué, mais je me laissais agréablement bercée par les doutes existentiels de Ryan-K-Gosling, jusqu’à l’apparition d’Harrison Fordet la volonté du réalisateur de surprendre son spectateur. La dernière heure enchaine les incohérences à un point où cela devient difficile de suivre. On passe d’un film contemplatif à un film d’action matiné de l’habituel délire biblique du vieux Ridley.

597734Si vous êtes un familier de la filmographie de Ridley Scott, producteur de Blade Runner 2049, vous aurez noté l’apparition régulière de cette thématique. Dans Prometheus 1 & 2, Ridley nous emmène à la rencontre des créateurs de l’homme, qui sont eux-mêmes devenus des créateurs de vies (via les clones aka David). Dans Blade Runner 2049, les choses sont encore plus compliquées puisque nous avons un clone femelle, Rachel, et un humain (?) mâle, Deckard, donnant vie à un être à la nature indéterminée, appelons-le Jésus. Ce dernier est convoité par beaucoup de gens, d’une part Wallace (fabricant de répliquant), qui s’est mis en tête que 9 mois de gestation et quelques années de maturations étaient un processus plus rentable que le clonage, de l’autre les répliquants qui pensent avoir trouvé leur leader lumineux. Wallace est fou, on lui pardonne. Par contre, ce personnage sorti d’un trou noir du scénario qui nous explique calmement que la preuve de l’humanité réside dans la capacité de se reproduire me donne envie de crier : Frigide Bardot que fais-tu là ?

Bref, je suis sortie du film. Je pourrais poursuivre pendant des heures sur les incohérences de cette suite, mais ce serait lui offrir trop de considérations.

Blade Runner, Ridley Scott, 1982
Blade Runner 2049, Denis Villeneuve, 2017

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s