I shot the Kindle

9200000091250249Le Libraire de Wigtown est une histoire simple. C’est un journal, mais pas intime, d’un libraire d’occasion.

Shaun Bythell a repris la bouquinerie de Wigtown au début des années 2000. Ce journal nous conte jour après jour les aléas de son métier. Chaque journée commence par le nombre de commandes en ligne, se poursuit avec les anecdotes du jour et se termine par le chiffre d’affaires.

La grande source de désespoir de Shaun Bythell réside dans ses clients pour qui le prix d’un livre est toujours trop cher — je suis bien d’accord avec eux — et qui tiennent en haute estime l’humour de répétition.
Le grand ennemi de Shaun Bythell n’est autre qu’Amazon. On s’en serait douté. L’auteur apporte quelques précisions sur l’emprise du site de vente en ligne. On découvre également que pendant près de 100 ans le Royaume-Uni a appliqué un prix unique au livre, impulsé par les éditeurs et non l’État comme en France.

L’humour de ce libraire nous porte à travers un bilan doux-amer de sa profession. En effet, il a vu son chiffre d’affaires baisser tout en devenant de plus en plus réputé. Son fond d’occasion est le plus important d’Écosse. Wigtown a été labellisée « ville du livre » et tous les ans il s’y tient un festival qui accueille chaque année plus de monde.

Le Libraire de Wigtown est une lecture douce-amer. Nous sommes bien loin du conte fantasmé. Cette profession reste pittoresque, mais lourde à porter. L’entousiasme décroit de part la répétition des situations et surtout la mutation en cours. Le livre ne se meurt pas, mais une partie de ses acteurs si.

Le Libraire de Wigtown, Shaun Bythell, autrement, 2018.
Séverinne Weiss
21€

Apocriphe

41+ek2-vlOL._SX305_BO1,204,203,200_Shaun Bythell nous parle du point de vue des libraires et du Royaume-Uni, mais nous pouvons le voir en France. Les auteurs se sont particulièrement mobilisés ces derniers mois. Les droits sur les ventes ne font pas vivre alors les auteurs sont parties en quêtes de nouvelles sources de revenus comme les conférences lors des salons. L’auteur doit-il devenir conférencier pour survivre ? Que se passe-t-il si un auteur ne souhaite pas disserter sur la figure du zombie, la place des forêts dans la fantasy ou ressasser le nombre de femmes écrivaines reconnues ou non ?

Certains métiers du livre disparaîssent, l’éditeur au sens classique du terme[1], les correcteurs deviennent dispensables. C’est sans aucun doute une perte qui pousse à regretter le système de péréquation (accepter que chaque livre ne soit pas un best-seller, mais que le succès des uns contre-balancent l’insuccès des autres).
En revanche, auteur n’a jamais été un métier. Cette activité n’a jamais permis à quiconque de vivre sereinement. L’exploitation et la misère ont toujours été de mises[2]. C’est donc un système de rémunaration qu’il faut inventer ou peut-être seulement peaufiner. Plutôt que la reconversion des auteurs en conférenciers, je regarde du côté des intermittents du spectacle[3]. Cela peut heurter l’égo artistique que de recevoir une allocation, mais c’est la garantie de ne pas mourrir de faim, ne pas se voir refuser systématiquement un prêt, un bail ou encore se payer le vrai luxe de ne pas aller se compromettre dans des projets douteux ! Dans le domaine de la science-fiction, il y en a eu comme le receuil Rêver 2074, une utopie du luxe à la française[4]. A moins que chacun de ses auteurs n’aient été convaincue du souci de l’industrie du luxe pour ses travailleurs.

Beaucoup aiment évoquer l’impossibilité d’adapter ce système à des arts aussi nobles que le dessin ou l’écriture. Peut-être faut-il descendre de son piédestal et augmenter les exigences politiques ? Ce qui fonctionne, partiellement (tout n’est pas rose aux pays de l’intermittent du psectacle), pour le comédien, le régisseur, le musicien peut bien s’appliquer à Samantha Bailly ?

9782713222887FSD’autres proposent de salariés les artistes. Je suis moins convaincue par cette approche car le salariat me semble montrer ses limites. Toutes fois, il s’agit dans les deux cas de lutter pour faire du travail artistique/artisanal une activité économique pérenne.

Je rajouterai que le droit d’auteur n’est pas un salaire, mais un revenu. Le salaire est ce que l’on reçoit en échange d’une activité effectuée. Le droit d’auteur est un pourcentage des ventes du fruit de la dîte activité. Cela me permet de dire que les auteurs ne sont jamais payés pour l’effort fournie. Les éditeurs se contente de distribuer des avances sur droit (dont le tarif est fixé de façon arbitraire) et de ne pas exiger le remboursement quand les ventes ne sont pas atteintes. Dès lors, je ne vois vraiement pas ce qu’il y a redouter au versement d’une allocation qui pourrait être, elle, fixer selon un critère très simple comme le coût de la vie. Je parle du point de vue des auteurs, hein, les patrons je vois très bien ce qu’ils peuvent redouter !

J’en ai finis d’exposer mon humble opinion et je vous laisse explorer le sujet de votre côté si le cœur vous en dit.

 

[1]L’édition sans éditeur, André Schiffrin, La Fabrique, 1999

[2]Une autre histoire de l’édition française, Jean-Yves Mollier, La Fabrique, 2015

[3]Les intermittents du spectacle : enjeux d’un siècle de lutte, Matthieu Grégoire, La Dispute, 2013 / Les intermittents du spectacle. Sociologie du travail flexible, Editions EHESS, 2011

[4]Rêver 2074, une utopie du luxe à la française avec les auteurs suivants : Samantha Bailly, Jean-Claude Dunyach, Anne Fakhouri, Xavier Mauméjean, Olivier Paquet, Alain Rey, Roque Rivas, Joëlle Wintrebert.

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