Martine au bordel

CVT_Rouille_5086Soyons honnêtes, c’est par mauvais esprit que j’ai entamé cette lecture. Étrangement, les livres en provenance de la booktubosphère me laissent sceptique. J’ai manqué être détrompée !

Je vous épargnerai le résumé en quatrième de couverture qui présente un récit sans queue ni tête. Pourant, les choses sont plutôt claires. Violante est une prostituée amnésique. Elle enquête sur ses origines avec l’aide de sa seule amie, Satine, jusqu’au jour où cette dernière est retrouvée morte.

Les mésaventures de Violante nous happent rapidement. Les fils du récit se déploient et se rejoignent. C’est sans doute le problème principal. L’intrigue s’expose avec trop de clarté pour laisser planer le suspense. On notera également que l’enquête bénéficie beaucoup du hasard. En effet, Violante n’est pas l’inspecteur Columbo. La plupart des informations qui vont faire avancer les investigations lui parviennent par le biais d’autres personnes qui se retrouvent sur son chemin comme par enchantement.

Il faut dire que la demoiselle est bien occupée – d’abord à se prostituer, ensuite à gémir, pleurer, essayer de frapper des gens sans y arriver et enfin taper des poings sur le poitrail ferme de messieurs.

Du côté de l’écriture, rien de choquant non plus. L’autrice s’est appliquée pour aller au-delà du simple sujet-verbe-complément, mais justement, les efforts sont trop visibles. Cela se ressent surtout dans le vocabulaire. Floriane Soulas s’est obstinée à ne jamais utiliser le mot le plus commun, du coup, on tique ou plutôt on se « rencogne » dans les coussins quand on n’est pas occupé à « fouailler » des corps, et dans les dialogues on « adjure » plus que nécessaire. Les poncifs littéraires s’enchaînent très vite, quitte à s’emmêler et à ne plus vouloir rien dire. On lève un couvre-feu au moment de l’instaurer, suivi des usuels : corps frêles, des voix comme des couperets, des cœurs battant la chamade, les volontés se bandent et les débutants sont bernés.

Les dialogues sont généralement atteint du du syndrome Legolas. Ils pointent les évidences : « c’est forcément quelqu’un qui est lié à tout ça », déclare Violante après avoir été agressée. On espère bien, parce que sinon cette intervention ne sert à rien outre ralentir le rythme du récit.

Ceci dit, il s’agit d’un premier roman. Des efforts trop voyants et des dialogues maladroits ne sont pas rédhibitoires.

Je suis beaucoup plus gênée par la tentative de Floriane Soulas de réconcilier romance et drame social. D’un côté, nous avons donc des prostituées, exploitées en long en large et en travers, et des enfants qui meurtent de faim. De l’autre côté des personnages, qui par leurs discours et leurs actions, appartiennent à la romance. Violante est sans ambigüité et toujours animée de bons sentiments, y compris vis-à-vis de sa rivale. En même temps, tout un chacun est invité à se sacrifier pour elle, ce qui est fort pratique. La meilleure amie de Violante lui déclare « tu vaux mieux que nous toutes réunies », une phrase bien étrange au regard des véritables origines sociales de notre héroïne. A moins, bien sûr, de considérer que l’autrice n’ait voulu dénoncer l’aliénation du lupen-proletariat, persuadé par la bourgeoisie que leurs vies ont moins de valeur. Difficile de retenir cette hypothèse dans la mesure où ce passage serait là seule trace d’une telle intention chez l’autrice. Par conséquent, c’est avec beaucoup de scepticisme que nous regardons Violante s’allier à son proxénète et l’un de ses nervis pour résoudre son enquête. On est donc fort surpris de voir des gens aussi attentionnés vis-à-vis d’une personne qui n’est ni plus ni moins qu’une esclave à leurs yeux. La romance crée de tels personnages : peu importe leurs actions, rien n’entache leur cœur pur. La bolchévique en moi ne peut bien sûr pas adhérer à cette idéologie. Au pays de Martine, la justice sociale n’existe pas, car tout le monde est trop plein de bonnes intentions, même les proxénètes.

Rouille, Florianne Soulas, Scrineo, 2018.
16,90€.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Propulsé par WordPress.com.

Retour en haut ↑

%d blogueurs aiment cette page :