Les Rois de la loose joviale

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Les livres sur le punk, ou les mouvements de gauche souffrent des mêmes défauts. Écrits soit par des personnes qui regrettent de ne pas y avoir participé et véhiculent un fantasme assez adolescent, soit par des personnes qui y ont participé et ravivent un souvenir fantasmé, là aussi.
Il y a bien sûr des chemins de traverse, comme les aventures comiques des Punks contre l’apocalypse zombie,de Karim Berrouka, dont les punks sont moins le sujet que les dites aventures comiques.

« Dans les concerts, on chopait plus des mandales que des princesses »

Les Rois du Rock nous raconte donc cette jeunesse dépravée des années 80. Contrairement à ce qu’indique le titre, ces gens n’étaient pas glorieux. Et contrairement à certaines attentes, pas si politiques. Le bordel règne, accompagné de son insouciance et d’un peu d’ignorance.
Les micronouvelles de Pelletier parlent de l’esthétique punk, du temps où elle dérangeait vraiment et n’était pas l’enveloppe marketing de rebelles en cartons.

« On rigole pas avec l’honneur après onze mousses »

L’engagement politique est venu plus tard pour Thierry Pelletier, avec la mort de Malik Oussekine lors des manifestations contre la Loi Devaquet, en 1986. Les morts, il y en a pas mal parmi les Rois du Rock. Pelletier ne fournit pas un témoignage nostalgique, et ne nous épargne pas le devenir de ces compagnons. Le récit « Rien qu’un français » sort complètement du trip passéiste de la belle époque.

« Trois jours plus tard, c’était plié, toilette mortuaire minimale, pas de levée de corps, cric crac fissa dans la boite. En France, c’est encore le tarif pour les malades HIV, on sait jamais… »

71uNcGZdXKLLa Petite Maison dans la Zermi est un récit au présent. Toujours sur la base de micronouvelles, Pelletier raconte le quotidien dans un centre d’hébergement. Il porte un regard à la fois amusé sur les comportements pas toujours très cohérents de ces adeptes de Saint-Rémy, un peu triste, et parfois énervé. Il y a des gens abimés par la vie, mais aussi par eux-mêmes. Et une autre dimension, celle de leur traitement. Les travailleurs sociaux sont là pour les encourager à la réinsertion, sans moyen et sans grande conviction, mais aussi sans alternative. Il y a quelque chose d’inacceptable pour le « système » de se voir rejeter. Pelletier raconte une excursion à la mer, et cette journée est un échec. Ces clochards, SDF, junkies et autres rebus ne veulent pas profiter de l’air frais. C’est un rejet de l’illusion bon marché offert par l’institution. Ce rejet n’est peut-être pas tant guidé par leur conscience politique aiguisée que le ridicule de la situation.

« Nous trainons péniblement notre bande de freaks, au milieu d’une marée de familles sans histoire, tout au long d’un après-midi maussade, avant de rapatrier le barnum au grand soulagement de tous. »

Le discours politique vient de l’auteur, Pelletier, qui a une douloureuse conscience de son rôle de manager de la misère ou de « kapo bienveillant » selon ses propres termes. Les anecdotes drolatiques et les moments dramatiques se mêlent pour retranscrire une ambiance ni bon enfant, ni larmoyante. Le ton est plutôt à l’amertume. La tristesse de la disparition d’un mode de vie, le constat de la difficile conciliation du punk et de la sobriété.

Il est difficile de présenter les livres qu’on a aimés, car on n’apprécie pas seulement une œuvre pour la perfection de sa réalisation, mais parce qu’elle nous a touchés. Le sujet nous a parlé, on s’est senti concerné. Je ne pourrais pas vous dire pourquoi ces lectures ont bouleversé mon petit être, je ne peux que présenter les nombreuses qualités de ces deux petits ouvrages en espérant qu’elle vous touche aussi, même s’il faut admettre que si vous vous situez plutôt du côté des braves résidents parisiens importunés par les beuglements d’ivrognes en pleine nuit, ces ouvrages ne vous concernent pas.

Les Rois du Rock, Thierry Pelletier, Libertalia, 2013
8€
La Petite Maison dans la zermi, Thierry Pelletier, Libertalia, 2007
10€

 

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