Voyage à l’intérieur de l’Afrique

Les-trois-voyages-de-Mungo-Park-au-MarocComment parler du récit de voyage de Mungo Park ? Publié en 1799, Voyage à l’intérieur de l’Afrique est un compte-rendu adressé à l’African Association. Il est lisible et compréhensible de tous puisque l’objectif de ce voyage est de découvrir l’Afrique, ordre de mission on ne peut plus vague. Aucun prérequis sur l’Afrique, sa géographie ou ses cultures ne sont donc pas nécessaires.

Mungo Park n’est pas vraiment un explorateur. A priori, il ne rêvait pas de terre inexplorée dans ses rêves adolescents. Son voyage est une opportunité qu’il saisit. Écossais, il est le septième d’une famille de fermier autant dire un poids mort. Il se lance dans des études de médecine et c’est par relation qu’il entre en contact avec l’African Association. Cette organisation d’hommes blancs respectables le charge de trouver et suivre le cours du Niger ainsi que de rapporter le plus d’information possible sur l’Afrique avec un grand A.

Je ne peux pas vraiment juger de la qualité de ce texte en tant que récit de voyage, car ce genre m’est complètement inconnu. Je peux vous dire cependant que les pérégrinations de Mungo Park me paraissent bien plane. De plus, il rentre au bercail sain et sauf ce qui doit le placer plutôt bas sur l’échelle du bon récit de voyage dans lequel il me semble que les hommes doivent mourir ou au moins être punis de leur hubris par mère Nature.

Il reste la nature historique de ce récit. Mungo Park est l’un des rares hommes blancs de l’époque à s’être aventuré à l’intérieur du continent noir et en revenir. Il ne réalisera cet exploit qu’une seule fois. Son second périple se solde par sa mort et celle de toute sa suite en 1805. Malheureusement, ses notes n’ont pas été retrouvées, elle aurait fait un récit de voyage digne de ce nom !

Mungo_Parks_Route_1795-97_and_1805-06Son premier périple dure trois ans. À chacune de ses rencontres, Park note les us et coutumes locaux : la langue, le commerce, les cérémonies et les relations avec les royaumes voisins. Il recoupe ses informations avec différentes sources quand il ne peut pas en être témoin. Park juge les Rois maures et nègres querelleurs, mais à bien y regarder je n’y ai rien de vu plus chaotique que ne pouvait l’être, disons, l’Écosse quelques années plus tôt. Excusez-moi, mais j’ai lu Outlander ! Le lecteur en quête d’exotisme sera déçu. Rendez-vous compte, Parks a réussi à trouver de la bière locale.

Enfin, il y a le racisme de l’auteur et son rapport à l’esclavage. Park annonce la couleur dès l’introduction de son chapitre sur la traite des humains.

« Nulle société à quelques degrés de civilisation qu’on la suppose ne peut se passer d’une subordination quelconque, et d’une certaine inégalité, mais toutes les fois que ces différences sont portées au point qu’une partie de la société dispose arbitrairement et des services et des personnes d’une autre portion, on peut donner à cet ordre de choses le nom de servitude. »

Le racisme de l’auteur est constant et ne faillira pas une seule fois en dépit de ses rencontres. Il peut trouver de nombreuses qualités à ses interlocuteurs. Il peut être admiratif et redevable d’eux, son point de vue reste celui d’un éleveur jugeant le caractère d’une de ses bêtes. C’est toutefois grâce à ses éloges et sa bienveillance (importune) que son histoire devient un document historique pertinent.

220px-Mungo_Park_portrait_bwLa lecture de Mungo Park détruit l’image de l’Afrique mythique véhiculée pendant longtemps par des auteurs afro-américains engagés tel que W.E.B. Dubois ou encore plus récemment bell hooks ; imaginant une vie idyllique avant la mise aux fers. En 1795, l’homme blanc cantonne sa présence aux côtes du continent. À l’intérieur, l’Afrique est souveraine et le commerce des hommes monnaie courante. L’auteur estime le nombre d’esclaves aux trois quarts de la population. Ils sont nés esclaves ou le sont devenus par prise de guerre. Ce fait ne retire rien à la cruauté de la traite des noirs, peu importe que le blanc ait été le premier maitre ou un receleur quelconque du commerce triangulaire.

Il n’y a pas d’Eden et c’est bien cela que décris Mungo Park. Les pays qu’ils traversent sont bouleversés de conflits et d’injustice tristement similaire à ceux des Européens. Les Rois se pillent pour s’accaparer les richesses du pays voisin. Il y a des riches et des pauvres, des personnes avec des droits et d’autres qui en sont dénués. L’histoire de l’humanité a-t-elle été autre chose jusqu’à présent ?

S’il n’y a pas d’Eden, il n’y a pas d’enfer non plus. Le continent noir est multiple. Ses peuples et ses cultures s’encroisent. Parks témoigne de la vie quotidienne d’un bout du continent noir nous transmettant un point de vue rare.

Voyage à l’intérieur de l’Afrique, Mungo Park, La découverte (1996)
Traduction: J. Castéra
13,50

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