J’entends le loup, le renard et la belette…

b26864Le Gambit du Renard relève de la science-fiction militaire et militariste. On ne le soulignerait pas si ce sous-genre ne se caractérisait pas par une idéologie nauséabonde. Ce n’était pourtant pas son seul défaut. Le roman est porté par un style déplorable ainsi qu’une traduction expédiée. 

Yoon Ha Lee livre un roman qui se serait contenté d’être une novella. La Gambit du Renard est quasi un huis clos. L’essentiel de la trame se déroule sur un vaisseau d’où opère le Capitaine Cherris, chargée de mater une insurrection démocrate. Pour accomplir sa mission, on lui a téléchargé la conscience d’un traître au régime dans le cervelet. Ce sera l’occasion pour notre héroïne d’une profonde remise en question de ses valeurs, de ses inspirations et de ses aspirations. Presque. 

Yoon Ha Lee nous projette sans façon dans son univers, fait de calcul et de stratégie militaire. On met quelques pages à replacer les institutions, les forces à l’œuvre et les personnages. Une peine bien inutile puisque l’intrigue ne consiste qu’en un long combat entre l’armée des gentils et celle des méchants. 

L’auteur se croit intelligent en opérant un tour de passe-passe entre les dits gentils et méchants, mais comme les deux camps sont incarnés par des ordres militaires faisant peu de cas des victimes, difficile d’adhérer à l’un ou à l’autre. Le tout peut être facilement anticipé par le lecteur grâce au titre de l’ouvrage, au nom donné au traître et au fait qu’il y est un traître tout simplement. Le Général X s’est retourné contre ses propres hommes et son commandement sans que l’on sache pourquoi, ce qui sera l’occasion de grandes interrogations qui devraient titiller le sens moral de préadolescents attardés, mais pas beaucoup plus de monde. 

Le style ne s’embarrasse de rien, pas même du lecteur. Nous sommes donc gratifiés de longs développements mathématiques, mais aussi de considérations sur la Théorie des jeux (John Forbes Nash, John Von Neumann, Emile Borel) option relations internationales. Une merveilleuse théorie qui mise tout sur l’individu rationnel, fort pratique et plaisant pour une entreprise militaire en dépit de son survol des questions socioculturelles et de son postulat de départ qui rêve le joueur en démiurge alors qu’il n’est qu’un bidasse. L’originalité de Yoon Ha Lee est de faire de son soldat une femme. 

Plusieurs éléments ancrent le roman dans une conception progressiste du genre. Les opérations de changement/réattribution de sexe (elles ne sont pas forcément volontaires, car effectuées pour les besoins d’une mission) sont monnaie courante. La sexualité est libérée, même pour les femmes. Cependant, le lecteur réactionnaire ne sera pas déstabilisé puisque l’héroïne nous affirme ne pas souhaiter changer de sexe, quand bien même cela serait un ordre, et n’a pas de sexualité, trop occupée à regarder des séries télé entre deux bombardements. 

Je recommande la lecture du Gambit du Renard à tout bidasse souhaitant se rassurer qu’il est bien le grand héros de l’histoire, qu’il se bat bien contre les méchantes armées de l’ennemi méchant et pour la gentille armée des gentils qui veulent le bien. 

Le Gambit du Renard, Yoon Ha Lee, Denoël/Lune d’encre, 2018
Traduction : Sébastien Raizer
23€

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