Muse d’une fin ratée

71wqnb3zMDLNous avions quitté Lazlo et ses amis dans une situation délicate, mais fort prévisible. Nous les retrouvons cette année sous une couverture quelconque. 

Je m’arrête quelques lignes pour souligner ma fascination pour ces personnes qui pourraient faire le choix de la simplicité (réutiliser la couverture originale comme pour le Tome 1), mais qui ont préféré prendre une initiative (opter pour une couverture similaire à l’originale, mais en moins bien). Merci à eux. 

Le Faiseur de Rêve avait réduit mes attentes au néant en sombrant progressivement dans la médiocrité. La Muse des cauchemars devait clôturer cette histoire et c’était déjà trop demander. 

La première moitié de l’ouvrage s’atermoie sur les conséquences du final du premier opus. Il faut reconnaître que ce n’était pas dénué de classe, mais laissait les personnages dans une situation complexe. 

La mort d’un des protagonistes principaux ne pouvait ouvrir que sur une bataille sanglante. Or ce conflit, prévisible, n’aurait pas occupé le lecteur durant cinq cents pages. Il fallait trouver autre chose et les trois cents premières pages semblent être le tâtonnement de Laini Taylor vers une alternative. Concrètement, il ne se passe rien. Les personnages se lamentent, la romance domine comme un crin de poney dans la soupe et tout cela se répète. 

Aux alentours de la page trois cent, l’autrice trouve une issue et les cartes sont rebattues. Le jeu n’est cependant pas très fin puisqu’il apparaît que les aventures de Lazlo et Saraï n’étaient qu’une petite partie d’un plus grand récit, voire énorme. Or il ne reste que deux cents pages pour nous le présenter et boucler l’affaire. Les nouveaux personnages et univers n’auront pas le temps de s’installer, on se contente d’enregistrer les informations et de tourner les pages jusqu’à cette fin heureuse, qui aurait pu arriver en conclusion du premier tome. 

Voilà pour le problème majeur de structuration de ce diptyque, passons à la suite. 

Le Faiseur de rêve proposait ses propres intrigues et mystères, parmi lesquels on retiendra surtout la tension entre Lazlo, issu des couches inférieures de la société, mais à qui tout semble réussir et doté d’une gentillesse inconsidérée, à Thyon, petit prince prétentieux maltraité moralement et physiquement par son papa. Cette relation n’aboutira à rien puisqu’ils passeront le second tome séparés. Thyon deviendra un gars bien à la force de la volonté de l’autrice, mais certainement pas des péripéties qu’il ne rencontrera pas. 

Dans l’optique d’une fin heureuse et apaisée, Laini Taylor transforme tous ses antagonistes en êtres torturés qui ont simplement besoin de faire la paix avec eux-mêmes. Le procédé est un peu répétitif et conduit tous les méchants à se ressembler, mais pourquoi pas ? Ça nous évite au moins une logique manichéenne, à une exception près : Skathis, le faux dieu. Grand architecte de la destinée de tous nos personnages – il est le père de la moitié d’entre eux et a violé l’autre moitié – Skathis n’a aucune excuse pour ses crimes et ni même de motivation. Il était juste vraiment très méchant. 

Après l’impasse de la conclusion du Faiseur de Rêve, Laini Taylor a ouvert toutes les pistes possibles pour fournir malgré tout une fin surprenante, allant chercher du côté de la science-fiction. On n’est plus très loin de Stargate SG-1. Il y a encore de bonnes trouvailles, mais cela reste brouillon. 

Les enjeux résolus dans le second tome ne sont pas ceux du premier, comme deux histoires qui auraient fusionné suite à un accident de voiture. Certains bouts s’encastrent, d’autres se brisent et d’autres encore pendouillent comme des âmes en peine. 

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La Muse des cauchemars, Laili Taylor, Lumen, 2019, 16€
Traduction : Sarah Dali

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